© D.R.Deux semaines après la censure de la loi Hadopi par le Conseil constitutionnel, on pouvait s'attendre à une ambiance "gueule de bois" à la Sacem (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique). Officiellement, c'est avec "un mélange d'espoir et d'inquiétude" que la société qui a pour mission essentielle de collecter les droits d'auteur et de les redistribuer avait accueilli la nouvelle le 10 juin dernier mais vu les efforts de la Sacem pour faire passer la loi, la déclaration relevait de l'euphémisme. Voire de la langue de bois... Entre la fronde des petits commerçants contre la taxe qu'ils doivent acquitter pour diffuser de la musique dans leur boutique, et la dénonciation du train de vie de ses dirigeants, la Sacem est attaquée sur tous les fronts.
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Lundi 22 juin, la Sacem présentait ses comptes devant les journalistes lors d'une conférence de presse. Encore une fois ils ne sont pas brillants : le montant des droits perçus en 2008 (Société des auteurs, compositeurs et éditeurs de musique) a connu une légère baisse de 0,4% pour représenter 755,8 millions d'euros. C'est la crise et le piratage qui sont invoqués par la Sacem pour l'expliquer mais la société a mis de l'eau dans son vin et les propos "anti-pirates" sont très mesurés, voire inexistants.
Les FAI dans le collimateur
En marge de la présentation, on rappelle donc à Bernard Miyet les déclarations tonitruantes de son président du conseil d'administration, tenus en novembre dernier sur LCI.fr. Si "la coupure d'Internet devient absolument exclue ou de l'ordre du fantasme absolu alors, en tant que président du conseil d'administration de la Sacem, je donnerais consigne au président du directoire, Bernard Miyet, de lancer des procédures par milliers! Et s'il le faut par dizaines de milliers !", s'enflammait le chef d'orchestre Laurent Petitgirard interrogé sur la probabilité d'un échec de la loi Hadopi devant les députés. "Laurent est un artiste, il a dit les choses avec passion", tempère aujourd'hui Bernard Miyet qui n'a donc pas reçu de telles consignes. "Nous ne sommes pas dans une logique de répression. Nous attendons de voir comment les choses vont évoluer", poursuit le président du directoire de la Sacem.
Plus étonnant encore, la société semble avoir déjà changé son fusil d'épaule en préparant l'après-Hadopi. Bernard Miyet reconnaît que la décision du Conseil constitutionnel a surpris tous les acteurs du dossier qui sont "tombés de haut" mais relativise en estimant que toute la société s'était emparée du sujet et que les sages sont finalement allés dans le sens de l'opinion. Et s'il rejette encore le modèle d'une "licence globale" qui porterait ce nom et serait du ressort de l'Etat, Bernard Miyet juge 'inéluctable" l'émergence d'un nouveau mode de commercialisation de la musique. Après avoir tenté de faire payer directement les internautes en sanctionnant les pirates, sa priorité est maintenant d'inventer un système pour mettre à contribution les fournisseurs d'accès à Internet (FAI) qui "profitent" du piratage. En clair, en "louant" leurs tuyaux à leurs abonnés, ils profitent de tout ce qui y passe, légal ou non. Cette stratégie a un double-avantage. Les revenus astronomiques des FAI ne laissent pas insensible une filière musicale en difficulté et ce combat aurait le bon goût de ne plus opposer les artistes et leur public.
| Sarkozy n'en démord pas |
Le président de la république a affirmé devant le Congrès qu'il "irait jusqu'au bout" dans la loi Hadopi sur le téléchargement illégal, dont le Conseil constitutionnel a censuré la partie essentielle. "Il n'y pas de liberté sans règles (...) Comment peut-on accepter que les règles qui s'imposent à toute la société ne s'imposent pas sur Internet?", a déclaré le chef de l'Etat. "En défendant le droit d'auteur, je ne défends pas seulement la création artistique. Je défends aussi l'idée que je me fais d'une société de liberté où la liberté de chacun est fondée sur le respect du droit des autres", a-t-il renchéri. "C'est aussi l'avenir de notre culture que je défends, c'est l'avenir de la création. Voilà pourquoi j'irai jusqu'au bout", a-t-il également dit. Le Conseil constitutionnel a supprimé la faculté de sanctionner les "piratages" confiée à une autorité administrative par la loi dite Hadopi, considérant que l'accès à internet faisait désormais partie du droit d'expression et de communication garanti par la Déclarations des droits de l'homme et du citoyen de 1789. Le gouvernement a promulgué la partie du texte qui n'a pas été censurée et prépare un projet de loi complémentaire sur le volet sanction. |
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