Twitter © DR LCI.fr (James HERTELEER d'après Twitter)Elle n'a pas une semaine mais sur Twitter, personne ne l'a ratée. La "Carte Subjective de la Twittosphere Francophone" ne compte qu'une centaine de noms et ressemble à une banale carte de métro mais pourtant tout le monde souhaiterait en être. C'est pour ainsi dire l'aristocratie de Twitter, les mandarins du Web 2.0. Ce service qui cartonne sur Internet permet à ses utilisateurs d'envoyer des messages de 140 caractères au maximum à toutes les personnes abonnées à leurs flux, sur téléphone portable ou ordinateur, c'est une sorte de SMS public et boosté aux amphétamines. Comme dans un blog, on peut aussi y ajouter des liens vers des photos ou des pages Web ce qui lui vaut également l'appellation exotique de "micro-blogging". Chacun y a une adresse (@sonnom) sur laquelle on peut lire ses dernières infos, les "twits". Encore plus pratique, on peut s'abonner aux infos de tous ceux qui nous intéressent et les recevoir sur sa page. Et la presse prête à ce nouveau mode de communication sur lequel ont déjà été rédigés deux milliards de messages toutes les vertus : Twitter organise l'opposition iranienne avec Obama, Twitter fait gagner des millions à Dell, Twitter va couler Google... Et maintenant Twitter passe son bac avant Twitter à Saint-Tropez, cet été. On croirait la liste des albums de Tintin.
L'auteur de la carte dont toute monde parle s'appelle Henry Michel (@HenryMichel sur Twitter) et comme beaucoup des utilisateurs les plus actifs du service, c'est un blogueur, un des meilleurs du Web français. En plus d'une humilité certaine, ce qui n'est pas fréquent dans la blogosphère, il sait avancer avec prudence. "C'est une carte subjective, donc absolument pas exhaustive. Ce n'est pas un état des lieux, ni un répertoire : ce sont les twitteurs que j'aime suivre", avertissait-il sur son blog en présentant sa carte, histoire de ne pas se brouiller avec les influenceurs de seconde zone. Trois jours plus tard, il en présentait déjà une deuxième mouture pour corriger le tir : des twitteuses n'avaient pas apprécié de se voir "rangées" dans la catégorie "fille".
Une humiliation à laquelle avait échappé Aude Baron (@AudeBaron), journaliste au Post et très active sur Twitter. En découvrant son nom sur la carte, elle a été plutôt fière de faire partie des happy few du micro-blogging à la française. "Ca fait plaisir pour l'ego mais c'est à relativiser. Tour le monde en parle, peut être, mais surtout ceux qui sont cités dedans ! ", tempère-t-elle. Peut-on y voir une aristocratie du Web? "Ca me dérange si c'est pour dire que l'on est au dessus des autres. Twitter est un outil génial mais c'est vrai qu'il est encore réservé à un petit monde, des journalistes, geeks, professionnels du web...". En général, ils sont même un peu de tout ça. Aux côtés des nombreux blogueurs "importants" (@Korben, @PresseCitron, @Versac,@FredCavazza, @rodrigo, @StephZibi...) qui se sont logiquement mis au Twit, on trouve donc des journalistes techno et Internet comme nos confrères de LCI Cédric Ingrand (@Cingrand) et l'équipe de "LCI est à vous" (@Zetitiparisien, @BenGallerey) ainsi qu'une poignée de rédacteurs-blogueurs du site Ecrans de Libé, des Inrocks, de Marianne ou encore les transfuges de 20minutes.fr passés chez Slate, Johan Hufnagel et Vincent Glad... Et, dans ce milieu, Twitter commence à transcender les générations. Même Etienne Mougeotte, le patron du Figaro, s'y est mis (un temps).
Twitt' heure au Post
La sauce Twitter a pris dans les médias, comme au moment de l'émergence des blogs (dont le succès ne s'est pas démenti), de l'univers virtuel Second Life (qui depuis a fait Pschiiiiiit), ou du réseau social Facebook... Depuis quelques semaines, quelques mois pour les plus pointus, les rédacteurs en chef de la place de Paris commandent à leurs troupes des articles "sous le prisme Twitter". Que dit-on des européennes sur Twitter ? Du crash de l'avion d'Air France? De la mort de David Carradine? Le filon est inépuisable : télé, radio et sites Web y ont consacré des centaines de sujets et articles cette semaine.
Aude Baron voit avant tout dans Twitter une "première source d'info brute, une multitude de pistes qu'il faut bien sûr vérifier...". Et plus que tout autre média, le Post y croit. Le site d'information qui se voit comme le "laboratoire d'idées" du Monde interactif est désormais officiellement accro à Twitter. Lundi, il a lancé Twitt'heure, un mini-flash en vidéo de 30 secondes. Diffusé toutes les heures de 12 à 18 heures, il mobilise à plein temps deux personnes. Face caméra, les journalistes de la rédaction y développent tour à tour une information glanée sur le service social, de la présentation du premier dirigeable écolo au monde au salon du Bourget à la prochaine émission de la chanteuse Lio en passant par les images postées par des manifestants iraniens. Mardi 18 juin, on y apprend aussi que "si beaucoup de médias en parlent, Twitter est encore un outil flou pour les français. [Ils] ne représenteraient que 0.90% des comptes soit 126.000 utilisateurs".
Twitts et re-twitts
Sur Twitter, tout ce petit monde se renifle, s'informe et débat de derniers buzzs, s'envoie du "LOL" et se taquine gentiment. Car Twittter est une terre d'humour et comme dans Ridicule, le film de Patrice Leconte, on vient y faire de l'esprit pour briller dans la société du Web. C'est d'ailleurs souvent cruel et lié à l'actualité. Très drôle ou de mauvais goût, c'est selon. Le twit qui a beaucoup plu cette semaine : @aede qui remarque qu'une des associations qui s'est porté partie civile dans l'affaire des bébés congelés s'appelle "l'enfant bleu"...
"Tout est dans la réactivité", explique Benjamin Le Gren (@benjaminLG), chargé de la diffusion des contenus chez Wat.tv. "Le premier qui débusque une info et sait la présenter avec le sens de la formule a toutes les chances de voir son twit se répandre". Le succès se mesure alors au RT, ou " retwitts". Dès qu'un message est apprécié, il est republié - en citant son auteur c'est la moindre des corrections - et se répand de réseau en réseau. Car sur Twitter, il y a ceux qui suivent et ce qui sont suivis. Le nombre de personnes que vous suivez (Following) est inscrit dans votre compte juste à côté de ce qui vous suivent (Followers). Et comme on collectionne les amis sur Facebook, ici, ce sont les Followers qui comptent. Aude Baron en a 684, Henri Michel 2344, alors que Cedric Ingrand flirte avec les 4000. Et si vous souhaitez devenir une vedette du twit, c'est comme avec les deux nombres sur les étiquettes des jeans Levi's, c'est toujours mauvais signe si le premier est plus gros que le second.
Ceux qui maitrisent le mieux l'outil innovent. Sous la fausse identité de Jean-René Craypion (@JeanReneCraypio), consultant Web 2.0 totalement à la ramasse, Henri Michel se livre à un one man show à la sauce Twitter totalement hilarant, à mi-chemin entre le personnage de David Brent de la série The Office et feu les messages à caractère informatif de Canal. "A quand un de vos concerts à emporter avec la sympathique équipe des Enfoirés ?", demande-t-il à l'équipe de la blogotheque (@blogotheque), blog branché s'il en est, quand il ne se vante pas d'être "en chat live avec le maire de Chollet".
Telenovela en circuit fermé ?
Mais il n'y a pas que du "LOL" sut Twitter, on y débat beaucoup. En 140 signes. La plupart des discussions intéresseront exclusivement les technophiles - Quelle est la meilleure application pour Twitter sur son iPhone ? Le mini-PC le plus puissant? - mais les élections iraniennes ont toute leur place sur le service, c'est d'ailleurs le sujet numéro 1 ces jours-ci après la polémique sur les "forçats du Web", un article du monde sur les conditions de travail des journalistes Internet. Chacun y "vend" aussi les derniers contenus qu'il produits ou diffuse sur le Web : un article, une vidéo, un billet de blog bien senti... La limite, c'est que ces discussions comptent, surtout en France, plus de spectateurs que d'acteurs et que ces derniers ne se renouvellent pas beaucoup. Certains y verront une sorte de telenovela en circuit fermé entre utilisateurs compulsifs : @benjaminLG recommande une vidéo que va re-twitter @vincentglad après voir demandé à @audebaron "où sont les Twit'heure du jour?".
Aux Etats-Unis, ce sont les people qui ont assuré le virage grand public du service. L'acteur Ashton Kutcher a ainsi mis en scène sa course avec le Twit officiel de la chaine d'infos CNN (@cnnbrk CNN Breaking News) pour être le premier à compter un million de followers. C'est lui qui a gagné. Pourtant, pas un people dans la Twittosphère francophone, alors qu'aux Etats-Unis, Demi Moore s'y montre édentée et Lenny Kravitz sans caleçon et que ça intéresse des milliers de fans. L'explication est à chercher du côté de la loi. La France est un des pays les plus protecteurs au monde de ses people qui tirent de juteux revenus de leurs procès contre les magazines à scandales. Et comment expliquer à un juge qu'une intrusion dans votre intimité vous a causé un dommage irréparable quand vous twittez la moindre info sur votre vie privée à des milliers de fan ? A moins que nos people à nous soient tout simplement complètement largués sur Internet...
Sans ces paillettes locales, Twitter parviendra-t-il à décoller? Pas sûr. Malgré un taux de croissance approchant les 700% sur un an et contrairement à Facebook, Twitter peine à convaincre ses nouveaux utilisateurs. Après quelques gazouillis sur le réseau, beaucoup s'y ennuient ferme et n'y retournent souvent jamais soit parce qu'ils n'y comprennent rien, soit parce qu'ils n'y trouvent pas d'utilité. Le mois dernier, la Harvard Business School a suivi quelque 300.000 personnes choisies au hasard sur Twitter, il en ressort que seulement 10% des utilisateurs sont à l'origine de plus de 90% du contenu. Et qu'un utilisateur sur deux twitte seulement tous les 3 mois ! Leur conclusion : plutôt qu'un réseau social, un outil de communication, Twitter ressemble d'avantage à une source d'information, de diffusion, comme Wikipedia, voire à une chaîne de télé... Plus amusant, les étudiants de Havard ont observé que les garçons avaient tendance à suivre plutôt des filles sur Twitter, et vice et versa... Et vous appelez ça une révolution ?
Olivier Levard
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