Google Livres : c'est quoi le problème ?

Par Idir HOCINI, le 17 septembre 2009 à 08h48 , mis à jour le 17 septembre 2009 à 09h25

Google a signé un accord avec les éditeurs américains pour vendre certains livres numérisés sur internet. Les Européens craignent pour leurs droits d'auteur.

Livres sur un présentoir de librairieLivres sur un présentoir de librairie © TF1/LCI

Où s'arrêtera Google ? Après avoir numérisé la planète sur Google Earth, le géant de l'internet tente de renouveler le même exploit avec les livres. Tous les livres. Dix millions d'ouvrages sont déjà consultables sur le site Google Livres et la firme américaine s'est fixé pour objectif d'en scanner 15 millions d'ici la fin 2010. A terme, ce sont toutes les publications du monde entier que Google imagine numériser dans une gigantesque bibliothèque d'Alexandrie virtuelle.

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Plus d'infos

 
Pour alimenter ce pharaonique projet, le moteur de recherche multiplie les accords avec les bibliothèques sur tous les continents. Vingt-neuf d'entre elles, dont la bibliothèque municipale de Lyon, ont déjà confié à Google la numérisation de leurs rayonnages. Chacune des parties  y trouve son compte : pour ces établissements universitaires ou publics, numériser leurs fonds est une entreprise très coûteuse et la richissime société en assume tous les frais sans broncher.
 
A  une condition : qu'elle soit la seule à pouvoir indexer sur le web les livres ainsi digitalisés, ce qui revient à en contrôler l'accès. Les publicités diffusées sur les pages de Google Livres et la vente en ligne de certains ouvrages assureront in fine, la rentabilité, plutôt prometteuse, du projet. 
 
80 millions d'euros pour les auteurs américains 
 
Mais à mesure que s'étendent vers l'infini les rayons de la bibliothèque consciencieusement scannée par Google, les critiques s'intensifient. Pour certains universitaires et figures du monde de l'édition, tout ce savoir numérisé entre les mains du moteur de recherche qui concentre déjà deux tiers des requêtes faites sur la toile, c'est trop. Google Livres existe depuis cinq ans. L'énormité du fonds qu'il propose sur le web et l'avance prise sur ses concurrents, mettent Google dans une situation de quasi-monopole. D'autant que la firme américaine ne se contentera pas de diffuser des œuvres libres de droits.
 
Après s'être longtemps opposés au Goliath du net, les éditeurs américains ont finalement, comme les bibliothèques, passé un accord : pour exploiter des ouvrages épuisés mais toujours sous copyright,  Google versera à leurs auteurs 63% des revenus générés par leur utilisation. D'après la firme américaine, il s'agit de donner une seconde vie à des millions de livres protégés mais ne circulant plus dans le commerce, soit environ les deux tiers des livres publiés dans le monde. La société prévoit ainsi de verser 80 millions d'euros d'avance aux ayant-droits. Un engagement qui ne vaut que pour les Etats-Unis, et c'est ce qui inquiète l'Europe. 
 
Une violation des droits d'auteur ?
 
En France, le Syndicat national des éditeurs a écrit au juge américain qui doit statuer sur la validité d'un tel accord le 7 octobre prochain, pour exprimer ses craintes. Selon le SNE, si le contrat est effectivement validé, il "s'appliquera à l'ensemble des auteurs et éditeurs, y compris les auteurs et éditeurs non américains". Pour le syndicat, cet accord constitue une violation des règles internationales sur les droits d'auteur. Les éditeurs français craignent que des livres épuisés aux Etats-Unis, mais toujours commercialisés en Europe, se retrouvent sur Google Livres, sans que les auteurs et éditeurs du Vieux Continent ne puissent toucher la moindre compensation, les subsides prévus par l'accord ne concernant que les professionnels américains.
 
Imaginez : Oui-Oui fait un beau gâteau, cartonne dans les rayons "jeunesse" des librairies françaises. Seulement aux Etats-Unis, l'éditeur américain ne le vend plus. Il n'est plus en circulation. Selon les termes de l'accord tant décrié, les pages du livre pourraient donc se retrouver en théorie sur Google Livres, à portée de clic des internautes européens, alors que l'ouvrage est peut-être toujours en vente au coin de leur rue.
 
C'est ce genre de scénario que craignent certaines éditions européennes. Afin de les rassurer sur ses intentions, Google leur a fait une ultime concession : les livres publiés et toujours commercialisés en Europe ne pourront être vendus aux Etats-Unis sous leur forme électronique sans l'autorisation expresse des ayant-droits.  Pas sûr que ce soit suffisant.

Par Idir HOCINI le 17 septembre 2009 à 08:48
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6 Commentaires

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  • Noémie, le 18/09/2009 à 09h16

    Il devrait en être de ces livres comme des brevets : le droit d'exclusivité devrait n'être que temporaire, dix ans par exemple. Ensuite d'autres sites pourraient pouvoir les utiliser à leur tour... sinon, c'est vraiment laisser un monopole se mettre en place...

  • Champaloux, le 18/09/2009 à 00h07

    Dans l'absolu l'idée est plus que séduisante : le partage de la connaissance au niveau mondial , l'accès à tous les auteurs du monde entier pour n'importe qui ! dans la réalité : - on ne parle que de fric , une fois de plus et très peu d'échange de cultures ! - on peut etre sceptique sur la liberté d'accès à cette méga bibliothèque mondiale dans les pays ou règne la censure , comme la CHINE ou la COREE du NORD pour les légitimes histoires de droits d'auteurs , c'est quand meme assez simple à résoudre : on ne scanne pas les livres parus depuis moins de 50 ans par exemple , ou bien on traite avec l'auteur !

  • Chris, le 17/09/2009 à 15h04

    Le problème? Mais c'est le contrôle total de l'information. C'est même écrit dans leur énoncé de mission. C'est clair. C'est l'application pure et simple du dicton qui dit: qui possède l'information, possède le pouvoir. Et cela ne va pas s'arrêter aux livres. Les individus, tous les individus, sont visés. Et tous les gros joueurs, savent que la main mise des marchés passe par cela. Google a une longueur d'avance. Microsoft essaie de revenir. Ce n'est pas en vendant des logiciels ou de la quincaillerie (hardware) que l'on peut dominer le monde. Ce n'est pas une mince affaire. Elle aura des conséquences sur nos vies professionnelles et personnelles. Pour eux, nous sommes tous des consommateurs.

  • Knight, le 17/09/2009 à 12h53

    Google a parfaitement compris la demande du public : pouvoir enfin nous tous le peuple accéder à tout le savoir aujourd'hui endormi et monopolisé par une élite richissime, peu partageuse et jalouse de son "expertise". C'est la force extraordinaire de cette entreprise : toujours proposer quelque chose de nouveau et nous faire réver (quel bonheur de voyager gratuitement dans tous les lieux les plus mythiques grâce à Google Map, quel bonheur de redécouvrir ce livre rare et "épuisé" grâce à Google Book). Que nous propose comme alternative intelligente et construuctive les détracteurs de Google ? Pour le moment, nous n'avons l'impression de voir monter aux créneaux uniquement les défenseurs de petits intérêts bien mesquins ou d'une aristocratie du savoir bien conservatrice.

  • Brelandas, le 17/09/2009 à 12h15

    Il faudrait trouver un système pour verrouiller efficacement les droits d'auteurs et ne pas laisser s'installer un système tentaculaire qui a terme sera forcément monopolaire.

  • Steve, le 17/09/2009 à 10h16

    Après les disques, la France traîne maintenant des pieds pour les livres ! Il faudrait peut-être évoluer !

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