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Par Olivier Levard, le 12 novembre 2009 à 17h35, mis à jour le le 13 novembre 2009 à 09:17
Invités par Nathalie Kosciusko-Morizet à débattre du "droit à l'oubli numérique", les géants du Web ont tenté de rendre des comptes sur le respect de la vie privée. Sans forcément convaincre...
Un internet café (Reuters)"Cela tombe bien, Facebook vient d'être hacké, 300 des comptes de ses membres ont été piratés, mettant ainsi en danger leurs données personnelles". Nul doute que le plus gros réseau social du Web - qui revendique 300 millions de membres à travers le Web - a du apprécier ce message de bienvenue de Nathalie Kosciusko-Morizet. La secrétaire d'Etat à l'économie numérique avait invité jeudi matin les géants du Web à venir débattre avec une poignée d'avocats, de journalistes et d'hommes politiques du "droit à l'oubli numérique" devant les étudiants de Sciences Po.
En clair, ce droit mal connu, renvoie à toutes les données que vous laissez sur Internet lorsque vous y surfez (identifiants, commentaires, photos, historique de navigation...) et à l'utilisation commerciale et/ou abusive que peuvent en faire les professionnels du web et tous ceux qui parviendraient à mettre la main dessus.
Le sujet est à la mode, la salle est d'ailleurs comble, et les géants du web commencent à sentir la pression monter sur Internet et dans les médias. Chacun a donc saisi l'occasion pour venir "vendre" ses progrès en matière de transparence et de respect de la vie privée de ses utilisateurs tout en préservant ses intérêts.
Publicité ultra-ciblée
"Il faut trouver un équilibre entre le danger et l'utilité des données", est venu argumenter Peter Fleischer, responsable de la protection des données personnelles chez Google. Selon lui, avec le nouvel outil Google Dashboard qui permet à un internaute de savoir tout ce que Google sait de lui via ses différents services, le moteur de recherche joue la "transparence totale". "Chacun doit être en mesure de prendre ses propres décisions, explique-t-il, personne ne doit décider pour vous s'il faut conserver ou détruire vos donnés personnelles".
Si Google joue la transparence, le moteur trace fermement une limite. Pas question de filtrer le résultat d'une recherche sur votre nom (Thomas Dupont), si les résultats vers lesquels pointent Google ne vous plaisent pas (les dérapages de Thomas Dupont, Thomas Dupont sous la douche...). Pas question non plus de mettre un terme au système publicitaire de Gmail (la service de mails de Google) qui scanne vos mails pour vous adresser des messages en fonction de vos centres d'intérêts. Peter Fleischer prévient même : "A l'avenir, la publicité sera moins nombreuse mais beaucoup, beaucoup plus ciblée...".
"Un simple bouton"
Rois de la publicité ciblée grâce aux nombreuses informations qu'ils collectent sur leurs membres, les réseaux sociaux sont particulièrement dans le collimateur des pouvoirs publics. Richard Allan, responsable européen de Facebook est venu expliquer que dorénavant ses membres pouvaient "simplement en pressant sur un bouton" supprimer, par exemple, une photo qui ne leur plait plus.
Il s'est aussi engagé à rendre plus visible la fonctionnalité qui permet aux déçus de Facebook de quitter le réseau social et faire ainsi disparaître toutes les données qu'ils y ont essaimées. Il y a du travail car on a souvent le sentiment qu'il faut avoir fait Sciences Po pour protéger correctement sa vie privée sur Facebook... "Les fonctionnalités existent mais combien d'utilisateurs les utilisent ?", demande quelqu'un. Facebook ne répondra pas.
La charte ou la loi
"Tout ces sites américains qui s'adressent à des Européens ne sont pas soumis aux droits européen et français", fait justement remarquer l'avocate Valérie Sédallian. Reflexe très européen, beaucoup de regards se tournent maintenant vers les pouvoirs publics de ce coté-ci de l'Atlantique. Les choses bougent en France : des sénateurs viennent de produire une proposition de loi pour mieux garantir la vie privée sur les Web.
NKM préfère de son côté plancher sur une charte d'engagement que signeraient les grands acteurs du Web. Faute d'autodiscipline, il faudra sévir. Mais la France seule ne fait pas le poids face à Google et consorts : pour faire bouger les choses, il faudra miser sur l'Europe. Et convaincre nos partenaires qu'oublier a du bon...
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