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Innovation, presse, Obama : les réponses de Google

Olivier Levard par
le 17 décembre 2009 à 10h42
Temps de lecture
5min
Marissa Mayer, Vice-présidente de Google chargée du moteur de recherche

Marissa Mayer, Vice-présidente de Google chargée du moteur de recherche / Crédits : DR / google / TF1 News

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High-TechMarissa Mayer, numéro 3 de Google commente pour TF1 News l'avenir de la recherche sur le Web et les polémiques autour de Google News ou Michele Obama.

Elle n'aime pas qu'on le lui rappelle mais derrière sa chevelure blonde impeccable et un rire de collégienne se cache une des femmes les plus puissantes de la planète. Marissa Mayer, la numéro 3 de Google, était en visite à Paris pour présenter les nouvelles fonctionnalités du moteur de recherche et s'exprimer au Web'09. Pour LCI Radio et TF1 News, elle commente l'avenir de la recherche sur Internet et répond aux polémiques autour de Google News ou Michele Obama.


TF1 News : Vous avez une trentaine d'années et vous faites partie des tout premiers dirigeants de la première entreprise du Web. Avant toute chose, comment avez-vous décroché un tel poste?

Marissa Mayer, vice-présidente de Google chargée du moteur de recherche : Il faut d'abord prendre en compte le fait que Google est une entreprise très jeune. Dans le monde d'Internet, les choses évoluent si vite que les personnes qui ont le plus de compétences dans un domaine particulier sont très jeunes car elles ont grandi avec cette technologie. Certaines personnes qui sortent tout juste de l'école sont plus compétentes, savent mieux sentir les tendances, que des anciens, y compris moi-même ! Ensuite, le travail chez Google est si intensif que j'ai parfois travaillé 80, 100, voire même 120 heures par semaine, quitte à me passer de sommeil ou de douche ! De cette manière, j'ai pu acquérir 20 ou 25 ans d'expérience en seulement 10 ans. Cela aide...

TF1 News : Vous vous occupez plus particulièrement du cœur de Google : son moteur de recherche. Comment ce service va-t-il évoluer ?

M. M. : Lorsque nous parlons de l'avenir de la recherche, nous pensons à quatre choses : les modalités, les médias, la langue et la personnalisation. "Les modalités" renvoient à la méthode utilisée pour faire une recherche : par la voix, en parlant comme on pense, en utilisant des mots-clés, ou même en utilisant une image comme dans le nouveau Goggles... Chacune de ces fonctionnalités pose un nombre important de problèmes techniques mais c'est ce qui permet de faire grandir, progresser la recherche sur le Web. Moi qui suis obsédée par ce sujet, je me rends compte que je ne fais chaque jour que 20% des requêtes qui me passent par la tête, parce que je ne suis pas toujours devant un ordinateur. Par exemple, au moment où je vous parle, je ne peux pas en savoir plus sur vous en tapant votre nom dans Google. Dans le futur, grâce aux portables et à de nouveaux terminaux, on pourra ainsi faire grandir le marché de la recherche.

TF1 News : Les médias...

M. M. : C'est le deuxième morceau : à quoi doit ressembler une réponse sur le Web ? Internet a beaucoup changé en dix ans. Nous sommes passés du texte statique, à des vidéos, des livres, des articles, des blogs, des tweets... Le challenge, c'est de présenter au mieux toutes ces informations pour en faire la meilleure réponse possible à la requête de l'internaute sur notre moteur de recherche.

TF1 News : La langue...

M. M. : Nous investissons massivement dans la traduction. Pourquoi? Eh bien, également pour avoir la meilleure réponse à votre question quelle que soit l'endroit du monde où elle se pose et la langue dans laquelle la meilleure réponse est rédigée. Si une page n'existe qu'en allemand ou en français, elle doit pouvoir être consultée dans la langue maternelle de n'importe quel internaute. Cela peut faire exploser le pouvoir du Web surtout dans les pays dont la langue est peu parlée à travers le monde.

TF1 News : La personnalisation...

M. M. : C'est la dernière étape, le fait de rendre les réponses sociales, personnelles. Nous avons énormément avancé là-dessus pour prendre en compte le lieu où se trouvent une personne, qui sont ses amis, ou simplement intégrer son historique de recherche pour améliorer encore nos résultats.

TF1 News : Concrètement, qu'est ce que l'intégration de Facebook, MySpace ou Twitter change pour les internautes ? Cela met leurs amis dans Google ?

M. M. : Nous venons de lancer le meilleur outil de recherche sur ce Web en temps réel. Vous n'avez plus à aller sur un site dédié, c'est intégré à la recherche traditionnelle. Même sans Facebook et MySpace, c'est déjà celui qui intègre le plus de sources. S'il y a un contenu qui vient d'apparaitre sur le Web et qui peut vous intéresser, il sera dans les résultats. Par exemple, je me suis rendu compte que si vous cherchez une information sur les conditions de ski, c'est sur Twitter que vous trouverez les meilleurs résultats. Même si vous ne connaissez pas les gens qui s'y expriment, ils sont sur les lieux et leurs commentaires sur la qualité des pistes est bien plus pertinent que le bulletin météo officiel.

TF1 News : En l'intégrant à vos résultats, vous allez donner un sacré coup de pouce à Facebook. Vous ne le considérez pas comme un concurrent? Il lorgne pourtant sur vos recettes publicitaires...

M. M. : Nous pensons qu'il est très important de faire des partenariats, y compris pour guider les gens vers certains sites et les aider à se renforcer. Facebook est une entreprise très impressionnante que ce soit par son parcours ou les compétences de ceux qui le développent. Google et Facebook peuvent donc être complémentaires.

TF1 News : Pourquoi n'avez vous pas favorisé Orkut, votre propre réseau social, qui cartonne dans certains pays?

M. M. : Nous pourrions le faire... Mais, s'agissant des réseaux sociaux, c'est souvent le gagnant qui remporte toute la mise, en tout cas le gagnant du moment. Et pour le moment c'est Facebook... Nous avons d'ailleurs de la chance qu'Orkut rencontre un tel succès en Inde ou au Brésil. Cela veut dire que c'est le réseau social qui était le plus adapté à ces pays. Mais ce succès est difficile à étendre car les gens souhaitent rejoindre le réseau social où sont déjà tous leurs amis. Si les vôtres sont sur Face book, vous n'allez pas vous inscrire à Orkut.

TF1 News : Google Suggest, une des fonctionnalités de votre moteur de recherche propose les mots "gay", "juif" ou "escroc" lorsque l'on tape les noms de personnalités ou d'entreprises. Pourquoi ne filtrez-vous pas des résultats diffamatoires ou qui portent atteinte à la vie privée?

M. M. : Nous avons pris le parti de ne pas censurer les informations. Nous voulons être fidèles à ce qui se passe sur le Web et à ce que recherchent nos utilisateurs puisque Google Suggest est basé sur les requêtes qu'ont tapées les autres internautes. Nous ne souhaitons pas entrer dans le débat de ce qui est diffamatoire ou ne l'est pas. Il est plus facile de faire un algorithme simple, en prévenant que ce sont des suggestions "naturelles", que d'y introduire un filtre.

TF1 News : Vous avez pourtant filtré un résultat de Google Images où l'on voyait Michele Obama caricaturée en guenon... C'est le privilège des puissants?

M. M. : J'ai suivi cette affaire de près. Ce qui s'est passé, c'est que le site où se trouvait cette image était un site qui contenait des virus. Quand vous cliquiez dessus, Google vous envoyait donc un avertissement pour vous éviter d'endommager votre ordinateur. Vous ne pouviez d'ailleurs pas y accéder directement, il fallait copier le lien dans la barre de navigation. C'est seulement parce qu'il y avait ce virus que nous avons ensuite retiré ce résultat. Mais il est revenu via des sources, sans danger cette fois et nous n'avons pas réagi davantage. Nous rappelons toutefois que nous n'approuvons pas nécessairement les résultats affichés par notre moteur. Ils sont ce qu'ils sont.

TF1 News : Google est au cœur de nombreuses polémiques. Le patron de presse Rupert Murdoch vous accuse de son côté de couler la presse avec votre service Google News...

M. M. : Je crois au contraire que nous facilitons le journalisme. Nous envoyons chaque mois, uniquement via Google News, plus d'un milliard de clics vers les sites d'actualités. En 2008, nous leurs avons aussi envoyé un chèque de 5 milliards de dollars (plus de 3 milliards d'euros) via notre plate-forme publicitaire AdSense. Nous aidons donc les propriétaires de ces sites à les monétiser, à valoriser leurs contenus.

TF1 News : Pourquoi Rupert Murdoch menace-t-il alors de retirer ses journaux des résultats de Google?

M. M. : C'est difficile à dire car je ne lui ai pas parlé directement ! Je peux simplement vous dire que nous cherchons à être les plus complets possible et donc que nous espérons intégrer tous ses contenus à nos recherches. Ceci étant dit, nous respectons le copyright et s'il souhaite que nous cessions de le référencer, nous le ferons...

TF1 News : Que pensez-vous des déclarations de Nicolas Sarkozy qui accuse Google, à mots couverts, de chercher à piller le patrimoine littéraire français ?

M. M. : Je me suis directement occupée de Google Books pendant des années et je pense que ce service est très mal compris. Le but de Google Books, c'est de mettre en ligne de l'information imprimée. Contrairement aux pages Web qui apparaissent presque instantanément, les livres mettent des années à être indexés mais ils représentent une richesse importante qui manque aujourd'hui à Internet. C'est pour cette raison que nous avons pris l'initiative de les scanner car cela peut améliorer la recherche. L'avantage de ce travail, c'est justement la conservation du patrimoine.

TF1 News : C'est un patrimoine en danger ?

M. M. : Les livres meurent. Je me souviens que, petite fille, j'ai retrouvé un vieux livre de mon arrière grand-père. C'était son manuel de grammaire anglaise de CM1 publié en 1876. Il avait 100 ans et les pages étaient très abimées... Cela m'a posé de nombreuses questions : où étaient ses livres de CE2, de CM2, de mathématiques ? Ils étaient absents et ils avaient peut être disparu totalement du monde... Chaque jour, la dernière version d'un livre peut disparaître dans un incendie, une inondation ou finir simplement à la poubelle. Google Books est donc un énorme avantage pour la conservation de la culture. L'objectif est simplement de préserver la littérature et de permettre aux gens d'y avoir accès. En travaillant avec les bibliothèques, nous nous sommes rendu compte que certains ouvrages sont déjà trop dégradés pour être digitalisés.

TF1 News : Que répondez-vous alors à Nicolas Sarkozy qui craint apparemment que ce soit un acteur privé qui mène ce travail de numérisation ?

M. M. : Je lui réponds que, jusqu'ici, nous sommes simplement la société qui a le plus avancé sur le sujet. Ceci étant dit, il n'y a rien qui empêche d'autres acteurs de faire ce travail de conservation ! Je les encourage à le faire.

TF1 News : Êtes-vous prêts à travailler en partenariat avec le gouvernement français?

M. M. : Oui, bien sûr !

Propos recueillis par Olivier Levard

L'annonce de Sarkozy

Lundi, dans le cadre du grand emprunt, Nicolas Sarkozy a annoncé 750 millions d'euros d'investissements pour la numérisation des contenus des musées, bibliothèques et du patrimoine cinématographique, via "un grand partenariat public-privé". Une semaine plus tôt, il avait taclé Google. "Il n'est pas question de nous laisser déposséder de notre patrimoine au bénéfice d'un grand opérateur aussi sympathique soit-il, aussi important soit-il, aussi américain soit-il", avait lancéle président français lors d'une table ronde, près de Strasbourg sans aller jusqu'à nommer Google. "La France, c'est une histoire, c'est une culture, oserais-je le mot, c'est une identité", avait-il poursuivi en faisant allusion à l'actuel débat sur l'identité nationale. "Il n'est pas question que ce que des générations et des générations ont produit en langue française nous nous en laissions déposséder simplement parce qu'on ne serait pas capable de mobiliser l'argent nécessaire pour faire nous-mêmes un travail de numérisation", avait-il encore ajouté. Par ailleurs, le ministre de la Culture, Frédéric Mitterrand, avait reçu le vice-président de Google, David Drummond, auquel il a fait part "de la préoccupation de la France devant les projets de l'entreprise américaine en matière de numérisation de livres".

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