Zuckerberg va-t-il couler Facebook?

Par , le 25 mai 2010 à 17h57 , mis à jour le 26 mai 2010 à 14h21

Dossier : Facebook et les réseaux sociaux

Le patron du site américain fait son mea culpa et promet des options de confidentialité "plus simples et plus faciles d'usage". Mais il cristallise les critiques contre son réseau social...

Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook en juillet 2009Mark Zuckerberg, fondateur de Facebook en juillet 2009 © Reuters

Le jeune patron de Facebook avait-il encore le choix ? Mark Zuckerberg, vient de faire son mea culpa alors que le réseau social qu'il a fondé s'apprête à modifier une fois encore les options de confidentialité de ses utilisateurs. "Je sais que nous avons fait un paquet d'erreurs, mais mon espoir après tout ça c'est que notre service sera meilleur, et que les gens comprendront que nos intentions sont bien placées, et que nous réagissons aux réactions des gens pour qui nous travaillons", a-t-il écrit dans un courriel adressé dimanche à un bloggeur influent de la Silicon Valley, Robert Scoble, à l'issue d'une grogne de plus en plus embarrassante. Lundi, le boss de Facebook récidivait en publiant une tribune pleine de bonnes intentions dans le Washington Post.

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Ces propos embarrassés interviennent alors que Facebook a annoncé samedi de prochains changements visant à proposer des options de confidentialités "plus simples et plus faciles d'usage" - ces énièmes changements devant être officialisés dès cette semaine. "Nous avons écouté toutes les réactions et avons essayé de les distiller pour trouver les bonnes choses à améliorer. Je préfèrerais montrer un produit amélioré plutôt que de juste parler de ce que nous pourrions faire", a ajouté le patron de 26 ans, en promettant toutefois, dans des propos sibyllins, que l'équipe de Facebook sera "prête à parler de certaines nouvelles choses qui ont été construites cette semaine".
 
NKM : "Cela ne suffit pas"
 
Ces nouvelles déclarations ne calmeront personne. Cent fois, Facebook a prétendu prendre enfin conscience d'une nécessaire meilleure protection des données de ses membres et cent fois le réseau a fait en sorte de faciliter un peu plus l'accès à leur vie privée... "Cela ne suffit pas de donner aux internautes de nouveaux outils pour protéger leurs propres données personnelles", a déjà fustigé Nathalie Kosciusko-Morizet sur Canal+. "Il faut faire ce que nous recommandons au niveau européen et au niveau français, qui est d'avoir par défaut des profils d'utilisateurs qui soient extrêmement protecteurs du point de vue de la vie privée", a insisté la secrétaire d'Etat. Dans cette optique, l'Union européenne avait envoyé à la mi-mai un courrier à Facebook pour lui demander de mettre en place "un profil par défaut protecteur des utilisateurs", a rappelé celle qui tente la conciliation en travaillant à une charte, notamment avec des représentants des grands réseaux sociaux.
 
Depuis l'introduction le mois dernier d'un nouveau réglage par défaut permettant aux utilisateurs de faire savoir les pages internet qu'ils apprécient (NDLR : le système du "Like"), s'est développée une nouvelle fronde contre Facebook. Des groupes se multiplient au sein du site, pour appeler à le quitter pour de bon, et des membres de Facebook lancent une grande journée mondiale pour quitter le réseau social le 31 mai, lundi prochain.
 
"Sombres crétins"
 
Zuckerberg, adulé sur Facebook par plus de 500.000 fans sur sa page personnelle où il affiche désirer faire du monde "un endroit plus ouvert", cristallise surtout les critiques des défenseurs de la vie privée. Il leur avait déclaré la guerre au début de l'année en les ringardisant ostensiblement. "Les gens sont plus à l'aise avec l'idée de partager davantage d'informations mais aussi avec celle de le faire avec plus de personnes. La norme sociale a évolué avec le temps", avait-il répondu à ceux qui étaient choqués par les récentes pratiques de Facebook. Une fin de non-recevoir.
 
Depuis, la pression est montée d'un cran et tous les coups sont permis pour laisser dans l'œil du cyclone le patron de Facebook, devenu le principal épouvantail de sa propre entreprise. Le site Business Insider a exhumé la semaine dernière des extraits d'un chat embarrassant pour Mark Zuckerberg. Dans cet échange avec un ami remontant aux premiers jours de Facebook, quand il avait 19 ans, il y qualifiait de "sombres crétins" (la traduction est "light" : "dumb fucks" en VO) ceux qui lui faisaient confiance en mettant leur données personnelles en ligne. Dans la foulée, Facebook a dû réagir dans un message outré. "La vie privée et la sécurité des données de nos membres sont d'une importance cruciale pour nous. Nous n'en débattrons pas sur la base de sources anonymes ou d'allégations datées qui tentent de définir la position de Mark ou de Facebook sur la vie privée", bottait le réseau social.
 
Zuck machine
 
Elément nouveau : Zuckerberg serait confronté à une autre fronde, cette fois interne à son entreprise. Selon le Wall Street Journal, des employées de Facebook, en désaccord avec lui sur le fond, poussent leur patron à prendre enfin le problème de la vie privée à bras le corps alors que l'image du réseau social ne cesse de se dégrader. Jusqu'ici, ils ont toujours été désavoués par leur boss mais la roue pourrait tourner. Dans un entretien à paraître au Etats-Unis dans un livre, la patronne opérationnelle de Facebook, laisse aussi filtrer une divergence de vue avec Zuckerberg. "Mark croit profondément en la transparence et à la vision d'une société et d'un monde ouverts et il veut pousser les gens en ce sens. Je pense qu'il comprend que le moyen d'y arriver est de donner aux gens davantage de contrôle et de confiance. Il veut vous rendre plus transparent et serait ravi de vous aider à y parvenir. Pour lui, ce ne sont que des moyens pour cette fin. Je n'en suis pas aussi sûre", confie Sheryl Sandberg.
 
Porté par le succès de son incroyable machine à engranger des nouveaux membres, Zuckerberg n'a jamais fait cas de ces polémiques qui ne l'empêchent pas, bien au contraire, d'engranger toujours davantage de publicité. Pour la première fois de sa jeune histoire, Facebook publie plus d'encarts publicitaires que tout autre site internet américain. Mais la croissance de Facebook semble pour la première fois marquer le pas. Le site d'informations spécialisées SearchEngineLand a calculé que le réseau social avait assisté à un ralentissement des nouvelles inscriptions sur le site. Dans le même temps, les médias s'enthousiasment pour le lancement de réseaux sociaux alternatifs plus respectueux de la vie privée de leurs membres, comme l'américain Diaspora ou le français Movim, et le concurrent historique MySpace en profite pour donner des gages. A court-terme, il n'y a pas péril en la demeure mais le grand bestiaire des entreprises est plein de cadavres de géants qui n'ont pas su s'adapter. Si le respect de la vie privée devient une valeur non négociable de l'Internet moderne, Mark Zuckerberg serait bien inspiré de prendre un cours de rattrapage. Ou d'assister à l'après-Facebook. Aux premières loges.

Olivier Levard

Par Olivier Levard le 25 mai 2010 à 17:57
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14 Commentaires

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  • maxpatrice, le 26/05/2010 à 21h40

    Vous devriez voir le documentaire qui à été fait sur TF1 sur les actes écrits d'enfants ou d'ados face à des camarades. Sachez qu'un enfant de 13 ou14 ans s'est suicidé suite à de tels actes de ses camarades!! Paix son ame à se pauvre petit!!!!!

  • fatiiiiima, le 26/05/2010 à 18h59

    C'est ce qu'il paraît ...

  • nossim, le 26/05/2010 à 18h34

    Ce que vous dites est faux c'est justement le problème facebook change les choses sans rien dire et met les gens devant le fait accompli

  • baal_, le 26/05/2010 à 13h07

    A en croire les gens, personne ne met quoi que ce soit de sensible sur facebook. Y a pas de problème alors !

  • roucoucou17, le 26/05/2010 à 10h56

    Toutarefaire bien vrai et maintenant on peut ecouter nos portables involontairments fouiller dans nos ordi et nous filmer alors qu on ne le sait pas.

  • sk8ergiirl, le 26/05/2010 à 10h05

    Ca permet de partager les photos des soirées où on ne connait pas tout le monde et qu'on aimerait bien avoir quand-même... Mais si je veux pas qu'une photo soit en ligne, je la mets pas... Quand on met quelque chose en ligne, faut se demander quelle serait la réaction de ses parents s'ils le voyaient, si ça va, c'est bon, pas de problème... Faut pas mettre des trucs secrets dessus... Pas non plus dévoiler sa vie privée comme ceux qui updatent leur status toutes les minutes pour dire ce qu'ils font...

  • fredavignon84, le 26/05/2010 à 09h04

    La dernière modification de ce genre ne changeait rien si on ne modifiait pas manuellement son compte!! Alors ce qu'il faudrait faire c'est surtout rendre tous les contenus confidentiels par défaut et non attendre que les gens demandent leur confidentialité. A cette condition, je commencerais à croire à la bonne volonté de Facebook.

  • donfman, le 26/05/2010 à 08h42

    On ne vous oblige pas à mettre votre vie sur facebook il ne faut pas oublié que vous êtes seul maître et responsable des informations que vous partagez !!!

  • toutarefaire31, le 26/05/2010 à 08h23

    Personnellement mon mari et moi avons un compte facebook, cela nous permet de partager des photos familiales entre autres, nos comptes sont "privées", quiconque veut aller voir mes infos et bien il ne verra rien du tout puisque seuls nos amis peuvent les voir. De + avoir un compte facebook ne veut pas dire déballer sa vie privée obligatoirement, "ma vie privée est privée" tout comme vous... Arrêtez donc tous de généraliser ! Sinon sur le piratage de vos infos... supprimez alors vos cartes de paiements, votre ordinateur, votre mobile... et ne sortez plus de chez vous !

  • doki83, le 26/05/2010 à 08h12

    Une fois pour toute : Chacun fait de Facebook ce qu'il le souhaite ! Si on souhaite afficher sa vie privée c'est possible, tout autant qu'avoir un profil fermé et protégé et uniquement accessible aux amis. Ce n'est pas parce qu'on est sur Facebook qu'on est obligatoirement mégalo ou narcissique.

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