Facebook : ils réclament un bouton d'alerte en France

Par , le 16 août 2010 à 15h34 , mis à jour le 17 août 2010 à 10h39

Dossier : Facebook et les réseaux sociaux

Interview - La directrice de l'association E-enfance évoque "l'énorme responsabilité" du réseau social qui refuse de généraliser un bouton d'alerte pour protéger le plus jeunes.

Montage James Herteleer pour TF1 News d'après Facebook/CEOPMontage James Herteleer pour TF1 News d'après Facebook/CEOP © Montage James Herteleer pour TF1 News d'après Facebook/CEOP

Visiblement, ça marche, en tout cas pour donner l'alerte. Les signalements de comportements suspects envers les enfants ont été multipliés par plus de sept depuis l'installation au Royaume-Uni d'un bouton dédié sur le réseau social qui apparaît automatiquement sur la page des jeunes Britanniques de 13 à 18 ans. 211 jeunes utilisateurs ont signalé un comportement suspect depuis le lancement de l'application le 12 juillet, contre 28 le mois précédent. Les utilisateurs de Facebook ont déjà téléchargé l'application plus de 55.000 fois.

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De quoi remotiver les associations françaises qui se battent pour que l'initiative soit enfin lancée de ce côté de la Manche. Justine Atlan, directrice de l'association E-enfance reconnue d'utilité publique, évoque "l'énorme responsabilité" du réseau social qui refuse de généraliser ce bouton d'alerte et propose des pistes pour décliner l'expérience en France.
 
TF1 News : Vous demandez l'instauration en France d'un "bouton d'alerte" sur Facebook. Pour quelle raison ?
 
Justine Atlan, directrice de l'association E-enfance : Parce que c'est là que sont majoritairement les adolescents : Facebook a dépassé tous les autres réseaux sociaux et le site a désormais une sorte de monopole sur leurs relations avec leurs amis. C'est aussi là qu'ils peuvent faire de mauvaises rencontres. Il faudrait donc qu'ils puissent déclencher une alerte directement au cours de leur navigation en cliquant sur un fameux "bouton rouge". Ce lien leur permettrait de signaler un adulte qui les harcèle pour que la police récupère le pseudo ou l'adresse qui lui permettra de faire son travail.

exergue "Facebook a une responsabilité énorme (...), ses équipes sont injoignables
TF1 News : Au Royaume-Uni, l'expérience est, semble-t-il, un succès. Qu'est ce qui bloque en France?
 
J. A. : Les industriels d'Internet n'y sont pas du tout favorables et Facebook n'est pas l'acteur le plus facile à décider... Jusqu'à récemment, le réseau social n'avait même pas de représentant en Europe. Il y en a maintenant un au Royaume-Uni mais le vrai centre de décision reste en Californie. Le plus souvent, les équipes de Facebook y restent injoignables et, quand vous faites des signalements, les retours sont très longs même s'il y a eu quelques progrès. Aujourd'hui, Facebook a une responsabilité énorme de par son omniprésence. Vu leur pouvoir économique, ils ne peuvent plus dire : "on est une petite boîte sur Internet". Je ne souhaite pas qu'il y ait des faits divers aussi terribles qu'en Angleterre pour qu'ils bougent enfin et mettent en place ce bouton (NDLR : le viol et le meurtre d'une adolescente ayant fait une mauvaise rencontre sur Facebook avait choqué l'opinion publique). Sur d'autres sujets, des pays comme le Canada ont dû les menacer d'interdiction pour avancer.

TF1 News : Protéger les membres les plus jeunes pourrait être un argument commercial. Pourquoi traînent-ils les pieds?
 
J. A. : Il faudrait leur demander ! Je crois que c'est un état d'esprit général, le souhait de conserver un espace de communication où il n'y pas la présence de danger tangible, visible, de la police. Mais la réalité d'Internet, c'est que les adolescents et les enfants restent des proies. Il faut qu'ils aient un moyen de se sentir protégés. L'exemple a maintenant été montré en Angleterre, un pays qui a toujours été en avance en imposant par exemple un filtrage des sites pédopornographiques sur Internet. C'est la preuve que ça marche et que ça répond à un besoin. Mais il pourrait y avoir des améliorations : l'idéal serait que Facebook accepte d'instaurer ce bouton par défaut, que ce soit un choix de l'enlever et non de l'installer comme c'est le cas actuellement.
 
TF1 News : Comment amener Facebook à changer de position?
 
J. A. : Nous pouvons mobiliser les jeunes en leur demandant ce qu'ils pensent de cette idée de bouton. Nous songeons très sérieusement à créer ensuite un groupe qui le réclame, comme au Royaume-Uni. C'est comme cela qu'on mobilise et que l'on se fait écouter sur Internet, en montrant que l'on représente une communauté et que cela peut s'autoréguler de l'intérieur.
 
TF1 News : Comment faire pour ne pas être noyé sous les signalements de plaisantins?
 
J. A. : Nous pourrions nous appuyer sur la ligne d'appel Net-Ecoute (0.820.200.000), un service que nous avons lancé en décembre 2008 dans le cadre d'un programme européen pour que les jeunes puissent rapporter leurs mauvaises rencontres sur ordinateur ou mobile. Nous proposons de le décliner sur tout le Web : Facebook, YouTube, la messagerie MSN... Nous pourrions ensuite "faire le filtre" et transmettre à la police les signalements qui nous paraissent vraiment inquiétants. Tout n'est pas qualifiable au niveau légal, et ce filtrage permettrait de ne pas embouteiller les services car Internet s'est développé à une vitesse exponentielle et les moyens de la police n'ont pas suivi. Des ministères en France pourraient aussi mettre des moyens pour appuyer le dispositif, ils seraient soutenus par l'Europe.
 
TF1 News : Les réseaux sociaux expliquent que les forums ou les messageries comme MSN sont bien plus dangereux car les internautes s'y promènent sous pseudo... 
 
J. A. : Pour MSN Messenger, il faut relativiser car il y a quand même une identification possible et Microsoft a fait des efforts. S'agissant des sites de chats et des forums d'ados, c'est en revanche tout à fait vrai car on ne s'y inscrit pas et qu'on ne choisit pas avec qui l'on parle. C'est là que l'on retrouve le plus de prédateurs. Faites le test vous-même : si vous vous connectez à n'importe quelle heure de la journée avec un pseudo qui laisse entendre que vous êtes une jeune fille de 13 ans, dans les minutes qui suivent, quelqu'un vous demandera si vous avez de la poitrine ou quelque chose à montrer ! Des sites comme Ado.fr ou Blablaland.fr ne font pas assez d'efforts sur la modération, qu'elle soit automatique, basée sur la reconnaissance de mots, ou humaine, en payant de vrais modérateurs qui surveillent ce qu'il s'y passe.

exergue "Les signalements relèvent le plus souvent du harcèlement entre ados"
TF1 News : Un autre réseau social, les Skyblogs, cartonne chez les jeunes. Sont-ils plus sérieux?
 
J. A. : Oui ! L'avantage des Skyblogs, c'est qu'ils sont français, qu'ils subissent donc la loi française et sont signataires de la charte européenne des réseaux sociaux. Le site a fait beaucoup d'efforts : la modération y est meilleure qu'ailleurs car ils ont mis des moyens humains et financiers.  Nous avions un nombre de signalements effrayant et, aujourd'hui, les problèmes ont diminué. Sans doute aussi à cause du succès de  Facebook qui leur fait de l'ombre...
 
TF1 News : On parle souvent de "bouton anti-pédophile" mais les premiers ennemis des ados sont souvent d'autres ados...
 
J. A. : Massivement, les signalements que l'on nous fait relèvent le plus souvent du harcèlement entre ados. Ils créent par exemples de faux profils Facebook pour inonder d'injures quelqu'un ou font circuler de photos dénudées d'une jeune fille sur leurs mobiles, ce qui peut avoir des dégâts psychologiques graves pour une collégienne qui construit son identité sexuelle. C'est traumatisant et destructeur. Ces comportements pourraient aussi être rapportés par le fameux bouton, comme tout comportement illégal, qui porte atteinte à une personne. Quel que soit l'âge de l'auteur.
Par Olivier Levard le 16 août 2010 à 15:34
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1 Commentaires

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  • levioloniste06, le 16/08/2010 à 19h28

    Le probleme en France c'est que pas mal de français ont une bonne mentalité à appuyer sur ce bouton pour rien..

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