Pascal Nègre : "Grâce à Hadopi, le disque a arrêté de chuter"

Par , le 23 novembre 2010 à 16h42 , mis à jour le 24 novembre 2010 à 17h37

Dossier : Hadopi, lutte contre le piratage

Interview - Le patron d'Universal se confie dans un livre. Hadopi, Deezer, offres légales : il commente la lutte contre le piratage pour TF1 news.

Pascal Nègre, président directeur général d'Universal Music FrancePascal Nègre, président directeur général d'Universal Music France © TF1 News / Steve Marques

Pascal Nègre et les pirates... Les relations houleuses entre le PDG d'Universal et les internautes pourraient faire l'objet d'une thèse. Pour raconter les coulisses de son métier de producteur, il sort un livre, Sans contrefaçon, dans lequel il revient très largement sur le piratage, Hadopi, l'offre légale... TF1 News l'a rencontré.

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TF1 News : Vous racontez comment l'arrivée du CD a sauvé l'industrie du disque dans les années 80. Peut-on dire qu'elle est encore en danger aujourd'hui ?

Pascal Nègre, président directeur général d'Universal Music France : Lorsque j'ai commencé mon métier, le disque vivait quatre révolutions : l'arrivée du CD, les radios libres, la publicité télé, et la baisse de la TVA. Aujourd'hui, avec les supports dématérialisés et  le buzz internet pour parler de nos artistes, je vis de nouveau une révolution. La différence, c'est qu'à l'époque il n'y avait pas de piraterie. Le problème, c'est que lorsque l'industrie du disque a expliqué que tout n'était pas génial dans Internet, on nous a traités d'hommes préhistoriques ! Maintenant, même les geeks admettent que tout n'est pas rose sur le web et qu'il peut y avoir des problèmes. Je pense au débat sur Facebook et la vie privée, à la neutralité du net, au droit à l'oubli... Plutôt que des brontosaures, on a peut-être été des pionniers. La manière dont on s'est adapté pourrait inspirer d'autres industries.

TF1 News : A l'époque, vous combattiez Deezer.  Maintenant, vous présentez ce service d'abonnement musical comme un eldorado....

P. N. : Quand Deezer est sorti, j'ai simplement  dit que je ne croyais pas au modèle de la gratuité de la musique financée par la pub. Ni pour Deezer, ni surtout pas pour nous. Ce que je disais, c'est que si l'on peut écouter gratuitement toute la musique que l'on veut avec simplement une publicité tous les quarts d'heure, l'industrie est morte ! En revanche, je croyais à l'abonnement payant. D'ailleurs le concurrent de Deeezer, Spotify, a proposé une offre payante dès le début ! Et c'est ce que Deezer a fini par faire, un an plus tard. Je suis toujours convaincu qu'une grande partie de l'avenir de la musique va passer par l'abonnement. C'est pour ça que les offres proposées par Deezer,  Spotify, Orange ou Bouygues sont très importantes. A la fin de l'année, il y aura 600.000 français qui payent un abonnement musical. C'est 1% de la population.

exergue "Télécharger pour télécharger, c'est juste débile"

TF1 News : Vous ne leur avez pas facilité la tâche...

P. N. : Pardon ? Deezer  a eu accès à tous nos catalogues !  C'est d'ailleurs ainsi qu'ils sont passés de rien du tout à une marque connue.

TF1 News : Mais à quel prix ?

P. N. : A un tarif qui avait un sens. Le fait que ça puisse coûter de l'argent de lancer sa marque, c'est normal.

TF1 News : Mais à un tarif qui ne permettait pas de faire des abonnements comme aujourd'hui ...  N'est-ce pas la grande faute de l'industrie du disque ?

P. N. : Ce que vous ne comprenez pas, c'est que ça n'est pas nous ! D'abord, nous n'avons pas inventé, le CD, la cassette, le vinyle, le MP3... Ensuite, la vente de musique, Virgin Megastore, la  Fnac, ça n'est pas moi. Une maison de disques à besoin de partenaires techniques et de distributeurs. Ce qui s'est  passé au moment de  la flambée de piraterie,  c'est que le premier partenaire sérieux a été iTunes car Apple vendait aussi l'iPod. La limite, c'est que les gens se disaient qu'il fallait à tout prix le remplir quitte à pirater 10.000 titres ! Télécharger pour télécharger, c'est juste débile mais c'était le seul modèle à l'époque. Et le numérique n'a pas non plus 50 ans : pour les abonnements sur  téléphones portables, il ne faut pas oublier que la 3G n'existait pas encore !

Pascal Nègre, président directeur général d'Universal Music France
Pascal Nègre face à Olivier Levard de TF1 News
TF1 News : Un  autre site, Jiwa, a fermé en expliquant qu'il était étouffé par les droits exigés par l'industrie...

P. N. : Jiwa a déposé le bilan en disant qu'on demandait des droits impossibles mais il ne faisait pas 25.000 euros de chiffre d'affaires par mois. Ils n'ont jamais payé un catalogue ! Avant de payer les droits, ils n'arrivaient même pas à payer leurs salariés.

TF1 News : Vous voulez dire qu'ils étaient simplement mauvais?

P. N. : C'est vous qui le dites...

TF1 News : L'industrie est tout de même un peu archaïque. Apple, le leader de l'offre légale, ne propose toujours pas de système d'abonnement sur sa plateforme iTunes...

P. N. : Je ne suis pas le patron d'Apple ! En France, on a tout de même une richesse d'offres et de plateformes démente. Aux Etats-Unis et en Allemagne, il n'y a qu'iTunes alors qu'Apple ne représente que 40% du marché français. Quand je vois le rapport Zellnick dire qu'on est les derniers des ringards et qu'il n'y a pas d'offre légale, laissez-moi rire... Il y a plus de 9 millions de titres sur les plateformes : une vie ne suffit pas à les écouter !

TF1 News : Le rapport s'en prend aussi à la concentration - Universal a 40% de parts de marché - pour expliquer le piratage...

P. N. : C'est terrifiant de penser cela... En fait, ce qui est génial dans ce métier, c'est que c'est le talent qui compte. Peu importe la maison de disque...

TF1 News : Vous comprenez ce discours : "Moi, je pirate Réné la taupe, mais j'achète la musique de ceux que j'aime vraiment comme Tété et je vais le voir en concert..." ?

P. N. : D'abord, Je pense que chacun à son "mauvais goût", c'est comme avec la déco. Ensuite, il faut savoir que les succès financent les échecs. Plus vous avez de succès, plus il y a de moyens pour repérer les les nouveaux artistes. Les "coups" comme René la taupe, ça marche parce que c'est rigolo mais ca finance aussi le reste de l'industrie...

TF1 News : Vous accusez l'Etat d'avoir sacrifié l'industrie de la musique à celle d'Internet au début des années 2000. Mais qu'aurait-il dû faire?

P. N. : Réagir plus vite ! Faire Hadopi plus tôt. A l'époque, la loi DADVSI (NDLR : Droit d'auteur et droits voisins dans la société de l'information)  a mis quatre ans à adopter une directive européenne qui nous protégeait enfin...

exergue "J'ai toujours trouvé que Hadopi était pédagogique"

TF1 News : Hadopi a donc vraiment changé les choses? Etait-ce la bonne méthode?

P. N. : Je constate que cela fait un an que Hadopi a été adoptée et que le marché du disque a arrêté de chuter alors qu'il était en baisse de 10 à 15 % chaque année. J'ai toujours trouvé que Hadopi était pédagogique car on rappelle simplement à tout le monde ce que l'on n'a pas le droit de faire. Certains attendront de recevoir leur mail ou leur lettre recommandée pour s'arrêter de pirater et une minorité - quelques pour cent - persisteront.

TF1 News : Pour que cela marche, il faut faire partir des mails en quantité... Trouvez -vous que l'Hadopi a réussi ses débuts?

P. N. : Je peux vous dire que les ayants-droits fournissent 50.000 adresses par jour. Après, l'Hadopi traite ce qu'elle veut traiter... En quelques mois, j'observe en tout cas qu'il commence à se passer des choses. L'arrivée de la "carte musique" arrive aussi au bon moment car elle va mettre le pied à l'étrier à une génération qui ne payait pas pour ses artistes. Et cela redonne de la valeur à la musique....

Et découvrez ici la partie de l'interview de Pascal Nègre consacrée au métier de producteur.

 Sans contrefaçon de Pascal Nègre

 

Sans contrefaçon

de Pascal Nègre
 

Fayard Document
 

19 euros

 

 

 

 

 

 

 

Pascal Nègre invité de la French Connection de Cédric Ingrand :

Par Olivier Levard le 23 novembre 2010 à 16:42
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23 Commentaires

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  • djmrspock, le 01/12/2010 à 20h33

    Bon n'oublions pas la réalité cher pascal,les vinyls étaient vendus 60 frs quand les CD et la musique numérique sont apparus. Les cd à l'époque furent proposés à 150 frs. A coup moindre de fabrication vous avez doublé vos prix au nom de la nouveauté et vous vous en êtes mis plein les poches au nom des artistes. Manque de bol le numérique çà a permis via internet de télécharger gratuitement la musique. Ce qui vous avez permis d'exploser les bénéfices se retournait contre vous. Mais bon la loi hadopi n'arrêtera pas le piratage. Votre bon discours de 1er de la classe, amoureux des artistes et de l'art ne me fera jamais oublier et vous le dites vous même que vous êtes toujours plus de parasites à manger sur le dos des artistes, responsable marketing, chargés de communication, combien de personnes fait vivre un artiste? 1euros pour lui, le reste pour des parasites qui pensent que le talent réside au fond d'une étude de marché. Joe Dassin aux inrockuptibles!LOL

  • titinou17, le 25/11/2010 à 10h46

    Tu plaisante on va interdire aussi les cdrw les dvdrw et les cassettes audio vieges (si il en reste encore et aussi les cassettes video vierges) et surtout faire attention si vous fredonner un air sans avoir payer les droits d'auteur adopi vous coince.......on croit rever

  • dom145, le 24/11/2010 à 18h39

    Bravo pour votre astuce !!!

  • neogeo87, le 24/11/2010 à 18h20

    Il est vraiment sur une autre planète celui-là ! Hallucinant !

  • nezdegoret, le 24/11/2010 à 18h15

    Tant qu'il y a des gogos pour acheter!!

  • nezdegoret, le 24/11/2010 à 18h14

    Il se prend pour le tout puissant ou j'ai rien compris!!!!

  • hifrane, le 24/11/2010 à 17h45

    Et ils viennent encore d'elargir la taxe copie privée avec les disques NAS.... Pourtant avec HADOPI, plus de piratage qu'il dit, donc la taxe devrait disparaitre Cherchez l'erreur ...

  • poilagrater, le 24/11/2010 à 17h34

    La phrase de l'année voir de la décennie !

  • resyl77, le 24/11/2010 à 15h51

    Quaterflash : classique et efficace, ca marche aussi avec toutes les videos disponibles sur le net ou presque, et là pas de redevance tv ni de taxe sur les supports.... ceci dit moi je n'ai de toute facon pas de tv.....

  • tyka442, le 24/11/2010 à 15h11

    "La manière dont on s'est adapté pourrait inspirer d'autres industries" C'est une blague ???????????????

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