L'heure est grave, alors on change. Les deux co-PDG de Research in Motion, pionnier canadien déchu des téléphones multifonctions avec le BlackBerry, ont annoncé dimanche qu'ils cédaient la main, comme le demandaient des investisseurs depuis de longs mois, sans toutefois s'effacer totalement. Jim Balsillie et Mike Lazaridis, tous deux âgés de 50 ans, démissionnent de leurs fonctions avec effet immédiat. Ils sont remplacés au poste de directeur général par Thorsten Heins, 54 ans, qui était depuis août 2011 un des deux directeurs d'exploitation de l'entreprise de Waterloo (Ontario, sud-est du Canada). Il avait travaillé au conglomérat allemand Siemens avant de rejoindre RIM en décembre 2007.
"Dans toute réussite d'entreprise développée par les fondateurs, il vient un moment où on entre dans une nouvelle phase de croissance et où il est temps que les fondateurs passent le relais à une nouvelle direction", a déclaré Mike Lazaridis, cité dans un communiqué. La présidence du conseil d'administration est assumée par Barbara Stymiest, 55 ans, administratrice depuis 2007, qui a notamment présidé le groupe TSX, propriétaire de la Bourse de Toronto, et a occupé de hautes fonctions à la Banque Royale du Canada.
Pas question de vendre
Ce remaniement intervient après une série de revers pour le fabricant du BlackBerry, avec notamment une méga-panne, un retard du lancement du BlackBerry 10, et l'échec commercial de la tablette PlayBook. Il ne s'agit pas cependant d'un divorce total: Mike Lazaridis devient vice-président du conseil d'administration du groupe. "Il travaillera en étroite collaboration avec M. Heins pour offrir des conseils stratégiques, assurer une transition en douceur et continuer à promouvoir la marque BlackBerry dans le monde", a précisé l'entreprise. M. Balsillie quant à lui devient simple administrateur.
RIM a perdu quelque 73% de sa valeur à la Bourse de New York depuis un an, mais M. Balsillie a assuré au Wall Street Journal que "ce n'est pas en réaction à cela" que la décision de se retirer avait été prise. Avant la publication des derniers résultats trimestriels de RIM à la mi-décembre, le fonds d'investissement Jaguar, qui dit représenter avec des actionnaires alliés "un peu moins de 10%" du capital de RIM, avait critiqué la direction bicéphale de RIM et appelé à son remplacement, voire à l'enclenchement d'un processus de vente. "Il n'y a pas d'intention de mettre l'entreprise en vente", a assuré une source du Wall Street Journal dimanche soir.
Cité dans le communiqué, M. Heins a estimé que RIM avait des atouts à jouer, saluant le bon accueil réservé au nouveau système d'exploitation BlackBerry 7, et évoqué l'intérêt "encourageant" suscité par les nouvelles déclinaisons pour tablettes et téléphones, PlayBook 2.0 et BlackBerry 10, lors du salon mondial de l'électronique (CES) au début du mois. De son côté M. Lazardis a indiqué qu'il allait renforcer encore son investissement financier dans le groupe. "J'ai tellement confiance dans l'avenir de RIM que j'ai l'intention d'acheter pour 50 millions de dollars supplémentaires d'actions du groupe, si possible, sur le marché ouvert", a-t-il dit.






