Nouvelles technologies : les 14-25 ans bien moins naïfs que leurs aînés

Par , le 15 novembre 2011 à 06h00 , mis à jour le 15 novembre 2011 à 10h43

Dossiers : Jeux vidéo, Facebook et les réseaux sociaux, Google et les moteurs de recherche, Les Français et le nouveau monde numérique

EXCLUSIF - Totalement accros aux nouvelles technologies, les 14-25 ans s'avèrent néanmoins très lucides sur les risques encourus. La moitié d'entre eux admet par exemple que cela a un impact direct sur la capacité de concentration, selon un baromètre TNS Sofres pour Inria dévoilé par TF1 News.

marcus numérique

Postez-vous quelques instants à la sortie d'un collège ou installez-vous à côté de jeunes à la terrasse d'un café ou dans le métro. Vous ne tarderez pas à tirer les mêmes conclusions que le baromètre "les Français et le numérique" réalisé par la TNS Sofres pour Inria : les 14-25 ans sont totalement accros à leurs martphone !

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79% disent ne pas pouvoir se passer de leur mobile et 78% de leur ordinateur. "C'est à chaque fois 20 à 30 points au-dessus du reste de la population sondée", note Pierre Jougla, le directeur de l'étude. Un sur trois avoue également sa "dépendance" aux jeux vidéos (contre 10% en moyenne dans la population), ainsi qu'à Facebook ou Twitter.

Mais en doutait-on vraiment ? "Le numérique est à ces jeunes ce que la télévision a été pour ceux qui ont aujourd'hui 40 ou 50 ans", confirme la sociologue Josiane Jouët, professeur à l'Institut France Presse à Paris II. Pas étonnant dès lors que les générations nées après 1985 n'aient guère d'appréhension à l'égard de ce nouveau monde numérique.

exergue "Ils connaissent
les règles du jeu.
Ils savent que
si on joue,
on peut perdre"

Seuls 17% des14-17 ans et 26% des 18-24 ans se disent "inquiets", quand la moyenne se trouve plutôt à 37% et grimpe même à 43% chez les 35-49 ans. "Les plus jeunes sont en confiance avec ces technologies car ils se les sont appropriées de façon ludique, instinctive, d'abord à travers les jeux vidéo, puis avec les réseaux sociaux et les sites dédiés aux jeunes, analyse Josiane Jouët. 40% d'entre eux disent qu'il faut aller encore plus loin, contre 1/3 des Français en général."

"Les plus jeunes sont dans une vraie maîtrise de la technique, poursuit Catherine Lejealle, sociologue et professeur à l'ESC Management School. Ils savent l'utiliser, ils savent la contourner s'il le faut. Contrairement à leurs aînés, les moins de 25 ans sont dans une logique très pragmatique, purement utilitaire, poursuit-elle. Ils connaissent les règles du jeu. Ils savent que si on joue, on peut perdre. Par exemple, en recevant un avertissement Hadopi parce qu'on aura fait des téléchargements illégaux. IIs connaissent le risque mais pensent qu'ils ne se feront pas prendre."

Cette génération est aussi sans illusion sur la fiabilité d'Internet... et ils l'acceptent. "Ces jeunes sont de la génération podcast et paintshop. Il n'y a pas cette naïveté qu'ont les aînés face au système", explique Catherine Lejealle. Et d'illustrer ses propos par une enquête menée en 2003 après la publication de photos d'Emmanuelle Béart posant nue en Une du magazine Elle. "Les plus de 55 ans la trouvaient superbe et la photo était forcément vraie. Pour les 35-55 ans, l'actrice était forcément passée par la chirurgie pour garder des seins aussi beaux. Pour les moins de 30 ans, en revanche, c'est la photo qui était forcément retouchée!", analyse Catherine Lejealle.

exergue "Aujourd'hui,
les jeunes ne peuvent plus être
en cours trois heures d'affilées
en immersion"

43% des moins de 25 ans pensent que le numérique a une conséquence négative sur la "crédibilité de l'information", contre  seulement 36% de la population générale. "Les jeunes sont fans du fun, commente Josiane Jouët. Ils aiment surfer sur YouTube et s'envoyer des liens vers des sites humoristiques ou satiriques, donc ils savent très bien que cela peu mener à des espaces d'information poubelle".

Lucides, très lucides, les jeunes sont également plus nombreux (68%) que le reste de la population (65%) à estimer que le numérique a une conséquence négative "sur la vie privée". "Même s'ils en sont grands consommateurs, ils savent que certains réseaux sociaux peuvent faire de l'argent en revendant leurs données personnelles", constate Catherine Lejealle. C'est sans doute pour cela que si 84% des 14-25 ans se disent "bien informés" sur les nouvelles technologies, ils sont quand même 76% (contre 66% en moyenne) à déclarer "vouloir plus d'informations sur la vie privée et l'utilisation des données". 

Enfin, dernier enseignement étonnant de ce baromètre, note Pierre Jougla : "un jeune sur deux déclare que le numérique a des conséquences négatives sur sa capacité à se concentrer, alors que l'on est à 35% dans la population générale. Cela montre que cette pratique intensive et naturelle, loin de les endormir leur pose question", note-t-il.

Ce constat, Catherine Lejealle le fait aussi : "J'enseigne depuis 20 ans et, aujourd'hui, les jeunes ne peuvent plus être en cours trois heures d'affilées en immersion. Il faut tout le temps les stimuler car ils sont dans une fragmentation de l'attention. C'est comme à la maison, quand ils regardent la télévision, ils ont toujours en même temps au moins leur mobile ou leur tablette. C'est à la fois une capacité et un vrai problème".

"Ce qui est intéressant avec ce sondage TNS Sofres, poursuit-elle, c'est que les jeunes nous disent : "on le sait, on a bien compris". Tout comme ils disent savoir faire la différence entre les infos d'un journaliste et le buzz. Est-ce que cela va changer quelque chose dans leurs pratiques? s'interroge-t-elle. Mine de rien, ils vivent dans un monde très anxiogène : 'si tu fais l'amour, attention au sida, si tu manges, attention de ne pas être gros, si tu conduis, attention à l'alcool, attention à la planète, attention, attention'….Alors tant qu'eux ou un de leur proche ne se fera pas prendre, ils croiront en leur bonne étoile". 
Paroles de jeunes

MARIUS, 16 ans, élève en Terminale ES à Paris 
J'ai un téléphone depuis que je vais seul en cours, ça doit faire quatre ou cinq ans. Je fais tout avec mon Blackberry : téléphone, SMS,  Facebook, le GPS etc... Quand c'est ennuyant je m'en sers parfois en cours. L'ordi, c'est plus pour ma passion, le montage vidéo et je mets toutes mes créations sur mon blog. Ça me sert aussi à télécharger de la musique de temps en temps. Je sais que c'est illégal mais je ne connais personne qui se soit fait prendre et, comme on dit, "pas vu, pas pris". Les dangers je les connais, il y a souvent des pubs et on en parle entre nous, mais je me sens à l'aise avec ces outils, je ne vois pas pourquoi je me bloquerais. Ce que j'attends ? Des technologies encore plus rapides, plus petites pour être en contact permanent et gratuitement avec tout le monde !

WHITNEY 18 ans, jeune bachelière à Issy-les-Moulineaux
Vivre sans téléphone portable ? C'est impossible ! J'en ai un depuis la 6e. Au début, c'était surtout pour prévenir ma mère en cas de retard ou de problème. Aujourd'hui je fais tout avec mon Androïd : appels, photos, vidéos, internet, MP3. J'ai aussi des 'applis' pour la météo et les transports, c'est pratique. D'ailleurs, j'écris plus que je téléphone ; peut-être 200 SMS par jour. La plupart du temps ça ne vole pas très haut mais cela permet d'être en contact permanent avec mes amis. C'est devenu une habitude (...) J'ai ma page Facebook, mais c'est plutôt pour envoyer des photos à ma famille. En même temps, c'est vrai que j'ai quand même 300 amis. Je fais attention à ne pas mettre de photos bizarres ou de commentaires déplacés car je sais que d'autres pourraient s'en servir contre moi. Ce que je déteste le plus ? Tomber en panne de batterie !" L'ordi ? Je m'en sers surtout pour voir les films et écouter la musique, que je télécharge. Ma mère me dit de ne pas le faire, que c'est illégal, mais autour de moi tout le monde le fait et puis, je me dis qu'il n'y a pas de raison que ça tombe sur moi. 

QUENTIN, 24 ans, ingénieur à Toulouse
La vie sans numérique : ce serait un peu chiant, non ? Chez moi, j'ai un ordinateur pour travailler et pour télécharger des films en direct download plutôt qu'en peer to peer parce qu'Hadopi surveille moins. Je sais que c'est illégal mais avec des DVD à 30 euros, je ne verrais jamais rien sinon. Et puis tout le monde le fait autour de moi. En vacances, je consulte mes mails avec mon netbook. Avec mes amis, on n'est pas trop Facebook, même si on a nos pages. Mon téléphone est un vieux LG tactile qui reste toujours branché et chargé. Quand j'étais en cours, il était toujours en silencieux, je consultais les messages mais je ne répondais pas pour des questions d'attention. 

Par Alexandra Guillet le 15 novembre 2011 à 06:00
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26 Commentaires

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  • ben-76, le 18/11/2011 à 14h45

    Contrairement aux idées reçues, les jeunes sont beaucoup moins naïfs qu'on croit. J'irai même jusqu'à dire qu'ils sont souvent moins que leurs propres parents. Néanmoins, ça ne dispense pas les parents d'une certaine vigilance car les dangers d'Internet sont bien réels, même s'ils sont parfois exagérés par les médias.

  • sophie70000, le 17/11/2011 à 08h18

    Je n'ai que 31 ans mais faut bien se l'avouer, j'arrive pas à me souvenir comment je faisais avant d'avoir mon 1er portable !!!! Ah si, rappellez vous, y avait les téléphones à pièces et ensuite les cartes à puces...... wouah le délire !!!! ;-D

  • F@bien07, le 16/11/2011 à 03h32

    J'ai 44 ans et je suis accro a mon smartphone. La tele c'est fini. L'ere de la com c'est l'internet via le smartphone. On s'adapte, on reagit tout en etant conscient des risques. Il faut savoir aussi se limiter. Chat, facebook, courriels jeux et films tout y passe. Je suis en Coree et c'est tout le pays qui vit comme ca. Et je m' en porte tres bien. Il faut savoir vivre avec son temps ^^

  • smegman, le 16/11/2011 à 02h02

    Quel rapport entre usage du portable et tabagisme ?

  • lucien31, le 16/11/2011 à 01h02

    A savuka. Pas de fautes dans votre commentaire ? Inexact (mais tout le monde en fait), après les points .... On met une majuscule (.....et), non ......Et aujourd'hui, là oui, à 11 ans dans la littérature on écrit à onze ans...vous voyez. Je fais également des fautes comme beaucoup, mais le plus intéressant reste ce sui ressort du commentaire, on se fout des fautes. Sans rancune programmeur. De mon côté c'est en 1975 que j'ai commencé l'informatique au sein de l'Armée en temps qu'ancien militaire et les PC n'existaient pas en France chez les particuliers.

  • kennyline14, le 16/11/2011 à 00h02

    Meza_50: avez-vous un Facebook ou un Twitter et si oui avez-vous des "djeuns" dans vos contacts? Mes jeunes cousins sont hallucinants, ils font des fautes à chaque mot et écrivent comme ils parlent. Bon ça déjà quand j'étais petite ça existait, mais c'est encore pire, ils écrivent en langage sms et leurs phrases sont parfois totalement incompréhensibles!! Ca me déprime, moi qui suis une littéraire... ^^

  • mcg35, le 15/11/2011 à 21h33

    En tant qu'enseignante (17-23 ans), je confirme la dfficulté à se concentrer longtemps (Pause obligatoire au bout de 3/4 d'heure). L'orthographe est parasitée par l'écriture texto pour environ 65%. La prudence? ... Etant donnés les dangers potentiels d'internet, je ne les trouve pas particulièrement prudents, je les trouvve même parfois bien audacieux ...

  • saneman, le 15/11/2011 à 20h31

    On considère que certains sont encore des " jeunes" à 30 ans et plus, alors ....j'aimerais savoir quand ils seront "adultes" !

  • didierbretagne, le 15/11/2011 à 19h48

    Conclusions ?

  • sk8ergiirl, le 15/11/2011 à 16h55

    Soit 12-17ans, soit 13-19ans, soit 13-21ans suivant les définitions...

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