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L'affaire d'Outreau

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Les acquittés d'Outreau, en 2005

Déclenchée en 2001, l'affaire de pédophilie d'Outreau a abouti à 13 acquittements, laissant des stigmates tant sur la parole des enfants, la justice -qui a depuis introduit des réformes-, que sur les acquittés

Février 2001, Boulogne-sur-Mer : à la suite de signalements des services sociaux, une information judiciaire est ouverte pour des faits de pédophilie. Au final, 18 personnes se retrouvent mises en cause pour leur participation supposée à des orgies pédophiles, impliquant une vingtaine d'enfants de la banlieue populaire d'Outreau. Tous les suspects, à une exception près, sont placés en détention préventive. Certains, innocentés par la suite, resteront jusqu'à trois ans en prison. Les enfants, quant à eux, sont placés.

Outre les descriptions des enfants, les accusations de pédophilie sont propagées par une certaine Myriam Delay. Parmi les accusés figurent des personnalités bien connues localement : le prêtre ouvrier Dominique Wiel, l'huissier Alain Marécaux, la boulangère ambulante Roselyne Godard ou le chauffeur de taxi Pierre Martel. Instruite par le jeune juge Fabrice Burgaud, l'affaire va connaître un emballement quand, en janvier 2002, un des accusés, Daniel Legrand en rajoute dans l'horreur en parlant d'une "fillette belge" tuée au cours d'une orgie. Il aurait fait cet aveu fantaisiste pour faire considérer l'ensemble des accusations de Myriam Delay comme invraisemblables. Mais, dans le contexte de la terrible affaire Dutroux de l'autre côté de la frontière belge, ces "révélations" ont été prises très au sérieux. 

Deux procès, 13 acquittements

Avant même le premier procès, l'affaire fait une première victime avec la mort en prison le 9 juin 2002 du ferrailleur de 33 ans François Mourmand. D'abord considéré comme un suicide, l'enquête conclura à une intoxication médicamenteuse accidentelle. 

Le premier procès se déroule à Boulogne entre mai et juillet 2004. D'aveux en rétractations et expertises contradictoires, il aboutit à un verdict de dix condamnations et sept acquittements. 15 enfants sont reconnus victimes. Parmi les condamnés, seuls Myriam Delay, son conjoint M. Badaoui et un couple voisin de palier acceptent leurs condamnations pour viols et agressions sexuelles sur mineur de moins de 15 ans et proxénétisme.  

Le 7 novembre 2005 s'ouvre à Paris le procès en appel des six autres condamnés qui sont finalement tous acquittés le 1er  décembre. Du côté des enfants, 12 sont finalement reconnus comme victimes, après la rétractation de trois d'entre eux.

Une commission d'enquête parlementaire

Du jamais vu : le président Jacques Chirac présente alors ses "regrets et excuses" aux acquittés, qui seront tous indemnisés. Les leçons du fiasco sont tirées par une commission d'enquête parlementaire de janvier à avril 2006 et dont tous les débats sont retransmis à la télévision. Cela aboutira à des réformes marquantes de la procédure pénale : enregistrement des interrogatoires et auditions, présence obligatoire d'un avocat, création de pôles de l'instruction de trois juges, limitation de la détention provisoire et renforcement du caractère contradictoire de l'instruction. 

Au niveau des personnes, le Conseil supérieur de la magistrature a considéré que le juge Burgaud - qui avait focalisé le ressentiment des accusés - ne méritait qu'une "réprimande avec inscription au dossier", soit la sanction la plus basse possible. Le procureur de Boulogne, Gérald Lesigne, a été blanchi. Mais la ministre de la Justice, Rachida Dati, l'a déplacé au nom des "traumatismes" qui n'ont pas été effacés par les indemnités accordées aux innocents. 

Une page difficile à tourner

Dix ans après le déclenchement de l'affaire, le spectre d'Outreau plane toujours. En mai 2011, Chérif Delay, le fils de Myrian Badaoui-Delay, une des quatre condamnées pour pédophilie, publie sa vérité (Outreau : un des enfants victime témoigne...et accuse) et maintient ses accusations au risque de choquer et de faire ressurgir des blessures. "Tout ce que j'ai dit devant les assises de Saint-Omer, je l'avais dit pendant mon premier interrogatoire et je le maintiens aujourd'hui (...). Mes violeurs, je peux difficilement dire combien ils étaient. Mais j'en ai identifié avec certitude sept en plus de Delay (son père adoptif) et de ma mère. Soit neuf au total", accuse-t-il dans ce livre.

Deux ans plus tôt, la psychologue et expert auprès des tribunaux Marie-Christine gryson-Dejehensart, qui a reçu les enfants d'Outreau, avait également publié un livre-brulôt intitulé "Outreau, la vérité abusée. 12 enfants reconnus victimes", dans lequel elle affirmait qu'un jour, devenus majeurs, ces enfants libèreront leur parole et que l'on reparlerait d'Outreau (lire : Outreau : une psychologue sort de sa réserve).

Autre soubresaut, judiciaire cette fois, les époux Lavier, acquittés lors du deuxième procès, sont convoqués en janvier 2012 devant le tribunal correctionnel pour "violences habituelles sur mineurs" et "corruption de mineurs", sur deux de leurs enfants, aujourd'hui âgés de 11 et 12 ans. L'audience, initialement prévue en juillet 2011, a été reportée suite au dépôt d'une Question prioritaire de constitutionnalité.

Un film pour septembre 2011

A la rentrée 2011 sort sur les écrans "Présumé coupable", de Vincent Garenq. Le film centre son intrigue sur l'un des condamnés, grâcié depuis, l'huissier de justice Alain Marécaux. Il est incarné par Philippe Torreton.

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