TF1 News : Impliqué tout au long de votre carrière dans la vie culturelle et sociale de Monaco, vous faites partie d'une vieille famille monégasque. Quelle est, d'après votre expérience, la nature du lien qui lie le souverain à ses sujets? Est-il, ainsi, important pour les Monégasques d'assister aux mariages princiers en Principauté?
René Croesi, ancien directeur artistique et administratif de l'Orchestre philarmonique de Monte-Carlo et ancien conseiller communal de Monaco : Pour les vieux Monégasques que nous sommes, des liens très forts se sont tissés avec leurs souverains. Ma grand-mère, par exemple, me racontait ses souvenirs avec les princes Charles III et Louis II. Nous sommes très peu nombreux (quelque 8000 Monégasques à l'heure actuelle), ce qui a permis à nos souverains de connaître pratiquement tous leurs sujets. C'est le cas du prince Albert II, même si c'est parfois difficile. On peut, par exemple, le rencontrer dans les rues de Monaco, le saluer et il vous rendra votre salut. On peut lui écrire et lui-même envoie des petits mots pour les événements marquant l'existence de ses sujets. Le prince est proche d'eux et inversement. Bref, les Monégasques ont toujours vécu avec leur souverain, tant pour les événements heureux, comme un mariage, que malheureux, comme le décès de la princesse Grace qui a plongé la principauté dans un deuil épouvantable.
TF1 News : Que saviez-vous de Grace Kelly avant son mariage, en 1956?
R. C. : On la connaissait par ses films et ce que nous en disait la presse. Les fiançailles ont été annoncées à Noël et nous avons été surpris. Leur histoire était secrète, dans un contexte où les médias étaient plus discrets que maintenant. Nous savions que le prince était parti, en décembre, avec son chapelain rencontrer la famille de Grace Kelly mais nous n'avions pas les moyens d'en découvrir plus. Nous nous sommes mis à suivre les préparatifs du mariage qui a eu lieu le 19 avril.
| Je me souviens d'une femme d'une beauté exceptionnelle." |
TF1 News : Etiez-vous présent, à Monaco, lors de l'arrivée de Grace Kelly en bateau, le 12 avril?
R. C. : Tout à fait. La foule s'est massée sur la jetée pour voir le paquebot, en provenance de New York. J'ai vu le yacht du prince Rainier, le Deo Juvante, aller à la rencontre de l'énorme bateau, le Constitution. Ensuite, nous avons vite couru sur le quai pour voir Grace Kelly débarquer, tandis que des enfants lui remettaient des bouquets de fleurs. Je me souviens d'elle, de son grand chapeau blanc et de son petit chien, prénommé Oliver qui a longtemps vécu au palais. Les gens étaient un peu déçus, parce qu'avec ce grand chapeau, on n'a pas vu son visage.
TF1 News : Quelle fut la suite des célébrations?
R. C. : J'ai eu la chance d'être invité à la garden party, sur la terrasse du jardin du palais, à l'issue du mariage civil, la veille de l'union religieuse. Elle était habillée d'une robe de dentelles et portait un petit bibi. C'était la première fois que je l'ai rencontré. J'avais 18 ans. Face à la foule enthousiaste, elle avait l'air un peu timide, un peu fatiguée aussi. Elle s'apprêtait à vivre des jours magnifiques mais aussi éprouvants, comme toutes les mariées. Je me souviens d'une femme d'une beauté exceptionnelle.
TF1 News : Une véritable star?
R. C. : Certes. Elle est arrivée en star à Monaco mais au bout d'un an, elle était devenue notre princesse. Elle est très vite tombée dans le chaudron monégasque, en s'impliquant immédiatement dans la vie de la Principauté. Par la suite de ma carrière, j'ai découvert une femme épanouie, d'une gentillesse constante, d'une grande empathie vis-à-vis des gens. Elle aimait les artistes qui le lui rendaient bien, à l'instar de son époux Rainier, doué pour prévoir l'évolution de notre société. Il avait des idées sur tout et il voyait juste. C'est à lui que l'on doit le développement des sports, des arts et de toutes les facettes qui font l'attractivité de Monaco. C'est pour cela que nous l'appelions "le patron".
TF1 News : Quel souvenir gardez-vous du jour du mariage religieux?
R. C. : Un souvenir inoubliable. Avec une bande de copains, nous nous sommes massés sur le parcours du cortège, pour voir le couple arriver à la cathédrale, puis en sortir, uni par les liens du mariage. Ensuite, alors que le cortège se mettait en route vers l'église Sainte Dévote pour y déposer le bouquet de la mariée, nous avons foncé vers la place d'Armes pour les voir passer, à l'aller et au retour. Quelle course pour les apercevoir! Mais quelle vision féerique que celle de la Rolls décapotée et de Grace Kelly dans sa somptueuse robe de mariée.
TF1 News : Qu'avez-vous fait après?
R. C. : Vers midi et demi, je suis rentré à la maison, où ma grand-mère qui avait près de 90 ans avait regardé l'événement à la télévision. C'était les balbutiements du petit écran. Certains ont acheté les premiers gros postes, à l'occasion du mariage. Chez nous, c'était la première télévision. Après avoir échangé des commentaires avec ma famille, je suis ressorti dans l'après-midi car de nombreuses manifestations populaires, spectacles et feux d'artifice étaient organisés un peu partout. Et même le beau temps s'était mis de la partie.
| Avec Charlene, nous ne sommes pas soucieux!" |
TF1 News : Pensez-vous que le mariage du prince Albert vous prodiguera autant de joie?
R. C. : Oui. Je suis certain que nous allons revivre quelque chose d'aussi fort qu'avec l'union de ses parents. Les Monégasques sont très attachés au fils du prince Rainier qui possède de nombreuses qualités héritées de sa mère. Gentil et affable, le souverain est en phase avec une société au protocole moins lourd que celle de ses parents. Doté d'une grande capacité d'écoute, il complète bien la personnalité de Charlene Wittskock qui semble douce et adorable.
TF1 News : Que savez d'elle?
R. C. : Charlene est finalement une personne assez discrète que l'on connaît peu. Mais elle a l'air bien dans sa tête, notamment en raison de sa formation de sportive qui doit aussi l'aider à résister à la pression médiatique.
TF1 News : La promise est souvent comparée à la princesse Grace. Pensez-vous qu'elle saura se montrer à la hauteur de son rôle, comme le fit l'épouse de Rainier?
R. C. : On peut toujours en filigrane, faire la comparaison entre les deux femmes, d'un point de vue de la grâce, de l'élégance ou encore de la silhouette. Mais les Monégasques savent très bien qu'il s'agit de deux générations, de deux époques différentes. Ils n'ont pas envie de faire de "copier-coller". Lors de la dernière fête nationale, tout le monde attendait de voir comment la fiancée du prince se comporterait. Elle a été parfaite. Pas le moindre faux pas. Alors, franchement, nous ne sommes pas soucieux!

















