Jour d’élections en Bosnie-Herzégovine

Par Léonard VINCENT , le 11 novembre 2000 à 00h00

Des élections générales ont lieu aujourd’hui en Bosnie, où la normalisation s’avère difficile cinq ans après la signature des accords de Dayton, qui ont mis fin à une guerre d’une rare brutalité, qui a fait 200 000 morts.

Jour d'élections en Bosnie-Herzégovine © INTERNE


Le drapeau de la "BiH" - DR
Les Bosniaques, aujourd'hui, vivent dans un pays coupé en deux par une guerre civile d'une rare brutalité. Deux ans après que Slobodan Milosevic le Serbe, Franjo Tudjman le Croate et Alija Izetbegovic le Bosniaque se furent enfermés sur la base aérienne de Dayton, Ohio, sous le commandement de Bill Clinton pour s'efforcer de mettre fin au conflit, l'ex-république yougoslave s'empêtre dans la crise économique et a le don d'irriter les diplomates internationaux, d'ordinaire plutôt tièdes dans les Balkans. On estime qu'entre 40 et 50% de la population active est au chômage, que les salariés touchent leur paye avec des mois de retard, que 60% des civils vivent dans la pauvreté. Le PIB par habitant atteint péniblement 1.720 dollars par an et la corruption gangrène les services sociaux, les forces de sécurité et la sphère politique. D'inextricables haines infestent encore les relations entre les communautés, des charniers sont souvent découverts dans les champs ou les forêts et des criminels de guerre règnent encore en petits seigneurs ça et là, dans toute la Bosnie.

La crise économique et sociale, identique dans la Fédération croato-musulmane et en Republika Srpska, y a des conséquences différentes avant le scrutin général qui se tient ce samedi. Dans la Fédération croato-musulmane, le grand parti nationaliste musulman Parti d'action démocratique (SDA) de l'ex-président musulman Izetbegovic, déjà bousculé lors des municipales d'avril, devrait s'effacer derrière l'opposition sociale-démocrate qui fait campagne sur le redressement économique et la concorde multiethnique. Le Parti social-démocrate (SDP) est donné vainqueur, bien que sans la majorité absolue, dans les deux parlements de Sarajevo : celui de la Fédération croato-musulmane et celui de l'Etat central.


Karadzic est accusé de tirer
encore les ficelles du SDS - DR
Quant aux Croates, sans doute aujourd'hui pas plus de 10% de la population, leurs leaders nationalistes de la Communauté démocratique croate (HDZ) restent  dominants. Mais, menacés par de nouvelles règles électorales, ils ont appelé le  jour du scrutin à un "référendum" de leur communauté sur ses droits futurs en  Bosnie. Et dans l'entité serbe, c'est le pouvoir modéré du Premier ministre Milorad Dodik, en place depuis trois ans, qui est sanctionné  selon les sondages pour son échec économique et social. Les nationalistes du  Parti démocratique serbe (SDS) sont donnés vainqueurs, à la présidence de RS comme à son parlement. Le SDS, "une organisation de criminels", selon l'ambassadeur américain à l'ONU Richard Holbrooke, qui a réclamé en vain son interdiction, a tenté ces derniers mois de faire oublier qu'il a été créé par Radovan Karadzic, le psychiatre-poète et fou de guerre serbe, en fuite depuis trois ans pour échapper à la justice internationale.

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Par Léonard VINCENT le 11 novembre 2000 à 00:00
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