Le juge ordonne le décompte manuel

Par Christophe ABRIC & Alexandra GUILLET , le 11 novembre 2000 à 00h00

ELECTIONS US - Les juges de la commission électorale de Palm Beach ont ordonné, samedi soir, le décompte manuel des bulletins de quatre bureaux de vote dans ce comté ; une décision qui intervient alors que Bush a déjà déposé un recours en vue d’empêcher ce nouveau décompte en Floride. Dès hier soir, Bush faisait comme s’il était élu tandis que Gore jouait la sérénité en famille. Mais ...

Le juge ordonne le décompte manuel © INTERNE

Au terme d'une réunion publique de la Commission électorale du comtéde Palm Beac, en Floride, le président de la Commission, Charles Burton, a annoncé le début du recomptage manuel d'environ 4300 bulletins de votes, ruciaux pour le sort final de l'élection présidentielle. Lors d'une conférencede presse, ce dernier a indiqué que le décompte manuel des bulletins de quatre bureaux de vote dans ce comté très contesté pourrait prendre au minimum une douzaine d'heures.

Les membres de la commission électorale, qui sont assistés à chaque table de comptage par un représentant du parti démocrate et un du parti républicain, vont concentrer leur attention sur les bulletins qui n'ayant pas été poinçonnés mardi par l'électeur utilisant une machine à voter portent toutefois une marque visible indiquant la volonté de l'électeur. Plus de 10.000 voix, sur les quelque 41.000 que compte le comté de Palm  Beach, ont en effet été considérées comme nulles dans le scrutin présidentiel après un décompte automatisé.

Bush passe à l'attaque

L'annonce du lancement de ce décompte manuel a pour le moins surpris. En effet, l'équipe de campagne de George Bush avait fait savoir, un peu plus tôt qu'elle avait déposé une demande en justice en vue d'obtenir une injonction fédérale obligeant à bloquer ce décompte. Une copie de cette action judiciaire est arrivée à la mi-journée à West Palm Beach, mais la commission électorale a estimé qu'elle ne l'empêchait pas de commencer le décompte à la main. Néanmomins, si sa demande était validée, le litige de Palm Beach serait ignoré, et seuls les voix en provenance de l'étranger pourraient éventuellement changer la donne.


Bush avec un pansement -
Ce recours en justice porté par Bush n'est en revanche par surprenant. Dès vendredi soir, on sentait qu'il n'en pouvait plus d'attendre, et qu'il n'envisageait même plus que le suspense puisse se prolonger après le 17 novembre, hypothèse de plus plus en plus probable au vu de la confusion qui règne autour du scrutin de Palm Beach. Assis très "présidentiellement" dans un salon cossu, le candidat républicain se comportait face aux caméras de télévision comme si son élection ne dépendait plus que de quelques formalités. Quelques scrutins à officialiser, et ce sera chose faite. D'ailleurs, avait-t-il sereinement expliqué aux journalistes, "je suis en train de préparer une administration de manière pleinement responsable. (…) Lorsque le processus sera confirmé, nous serons prêts". Lors d'une rencontre avec la presse sur son ranch du Texas, Etat dont il est le gouverneur, il a par ailleurs déclaré : "Nous sommes tous dans les limbes (...) mais les Américains comprennent  qu'il y a une bonne chance que nous soyons, Dick Cheney et moi, élus".

Les démocrates ne lâchent pas

Mais les démocrates n'entendent pas se laisser intimider. Ils ne lâcheront pas car c'est encore en Floride que tout devra se jouer. On estime que les votes en provenance de l'étranger pourraient représenter environ 2.000 voix, suffisantes pour bouleverser les résultats. Pour les démocrates, "il semble très clair que le résultat en Floride laisse encore la place au doute et que cela sera encore le cas pour plusieurs jours". Les partisans d'Al Gore estiment que la légalité des fameux bulletins de Palm Beach fait encore question, malgré l'initiative de Bush. Hier, la secrétaire d'Etat de Floride, la républicaine Katherine Harris, affirmait déjà que ces bulletins (dont 19.000 ont dus être annulés, car cochés deux fois) était tout à fait légaux. Mais les démocrates ont immédiatement répliqué en notant que "des experts juridiques ont dit qu'ils considéraient le bulletin de vote comme illégal". Le camp démocrate n'a pas pour autant intenté une action en justice. Il se contente pour l'instant de soutenir les plaintes de deux candidats, qui estiment que les bulletins les ont amenés malgré eux à voter pour Par Buchanan plutôt que pour Gore. Un juge de Floride a d'ailleurs ordonné le gel des recomptes à Palm Beach en attendant l'audience qui doit suivre cette plainte. L'intervention de la justice dans l'affaire de Palm Beach pourrait donc encore rallonger l'attente.


Gore en famille -
Malgré ces péripéties, Gore s'est mis en week-end. Hier, en jogging, il a consacré sa fin d'après-midi à une partie de football américain en famille. Il apparaissait lui aussi très détendu. Pourtant, plus les heures avancent, plus l'écheveau de complications semble touffu. Car la Floride n'est pas le seul Etat à réserver ses surprises.

 

Le Nouveau-Mexique en équilibre instable

Le Nouveau-Mexique, par exemple, pourrait changer de camp. Gore était donné victorieux dans cet Etat jusqu'à hier soir, où, après un nouveau décompte, l'agence AP apprenait que Bush menait finalement, avec 17 voix seulement de plus que son adversaire démocrate. Mais le décompte n'est pas totalement terminé, et l'Etat ne comptant que pour 5 grands électeurs, ce nouveau résultat n'a qu'une influence minime sur le résultat final. Il en est de même pour l'Oregon, qui fournit 7 électeurs, et qui est désormais acquis à Gore.

La Californie, un Etat capital (54 grands électeurs) gagné par Gore, a hier soir ajouté à la confusion. Les autorités ont annoncé que 1.016.246 votes faits par correspondance restaient à dépouiller. Mais point d'inquiétude pour Gore : il a remporté cet Etat avec plus de 1.200.000 voix d'avance.

Clinton demande aux Américains d'être patients

Le président actuel s'est quant à lui fendu d'un discours optimiste et rassurant. Samedi, il a demandé aux Américains d'être patients : "la chose importante qu'il faut se rappeler maintenant est qu'un processus pour résoudre les désaccords et les remises en cause de l'élection est en cours. (...) Je tiens à féliciter le vice-président Gore et le gouverneur Bush pour leur campagne vigoureuse et combattive. (...) Ce qui se passe en Floride n'est pas un signe de division de notre pays, mais de la vitalité de notre débat, qui sera résolu par la pertinence de notre Constitution et de nos lois".

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Par Christophe ABRIC & Alexandra GUILLET le 11 novembre 2000 à 00:00
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