Le petit monde des "recompteurs"

Par Christophe ABRIC , le 20 novembre 2000 à 00h00

On ne sait toujours pas si le recompte manuel des votes dans trois comtés de Floride sera pris en compte ou pas dans la bataille présidentielle américaine ; mais une majorité d’Américains considère qu’il vaut mieux prendre le temps de recompter, et le processus long et minutieux passionne.

Le petit monde des "recompteurs" © INTERNE

Autour de Palm Beach, on trouve déjà des T-shirts et autres gadgets évoquant le feuilleton des bulletins qui tient les Etats-Unis en haleine depuis plus de dix jours. Les Américains viennent de loin pour assister à ce "moment historique". Comme Jan Smiley, 50 ans, qui a parcouru plus de 300 kms pour voir de ses yeux les dizaines de personnes qui s'affairent autour des bulletins litigieux du comté : "Cela me semble bien plus fiable que le système des machines" explique-t-elle après avoir observé les "recompteurs".

Ambiance solenelle


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Ils sont une centaine à observer les bulletins des électeurs de Palm Beach, un à un, sous les yeux d'une foule nombreuse massée contre les vitres du bâtiment dans lequel ils s'activent. Dans la grande salle, l'ambiance est solennelle, on n'entend quasiment pas un bruit. Pas un téléphone qui sonne, pas une blague. Tout juste quelques accrochages chuchotés entre "recompteurs" et observateurs des deux partis, toujours enclins à contester une décision sur un bulletin ou à accuser certains de ne pas être assez précautionneux. Car ces bulletins sont à manier comme des parchemins : interdiction de les tordre, de les plier ou de les froisser, interdiction de passer le doigt sur la liste, de les tenir autrement que par les bords. On les saisit délicatement, on les observe rigoureusement, puis on les pose sur l'une des douze piles (une par candidat) ou sur la treizième, réservée aux bulletins insolubles.

Les "recompteurs" peuvent passer dix heures à examiner les bulletins, plusieurs jours de suite, parce que c'est un "devoir de patriote". Et ils essayent tant bien que mal de garder leur calme, malgré l'ampleur de la tâche, malgré les observateurs respirant derrière leur nuque, multipliant les objections. Au deuxième jour du recomptage, une personne de l'encadrement a rappelé aux volontaires qu'il fallait éviter les "braillements", éviter de s'énerver, jouer le fair-play et "ne pas faire de commentaires ni de grimaces". Les volontaires y arrivent tant bien que mal. Et ils continuent de compter, sans savoir si les nouveaux résultats seront validés ou non.

Bush conteste le recompte manuel


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Car si les Américains se prononcent –d'après un sondage Newsweek- en majorité pour le recompte, les républicains n'en démordent pas : pour eux, cette procédure n'a aucune raison d'être. Les partisans de Bush multiplient les déclarations et les recours pour invalider ce travail de fourmi, qui ne sert pas, selon eux, la démocratie. Certains témoins ont parlé de quelques bulletins grossièrement truqués (à peine une dizaine), de votes pour Bush mis dans la pile Al Gore et autres tricheries qui les confortent dans l'idée qu'un recompte manuel ne peut être impartial.

Il faudra attendre lundi pour savoir une fois pour toutes si les "recompteurs" ont servi à quelque chose. La Cour suprême de Floride (cf. notre article "Une cour va décider de l'avenir des USA") entendra les arguments des deux parties avant de statuer. Bush a d'ores et déjà demandé officiellement dimanche à la Cour de ne pas en tenir compte. Et de publier ses arguments sur Internet. Par ailleurs, la responsable des opérations électorales en Floride, la républicaine Katherine Harris, a demandé dimanche à la Cour suprême de cet Etat de lui accorder à elle aussi une audience lundi pour présenter ses arguments sur la prise en compte des décomptes manuels dans les résultats de l'élection présidentielle.

Si jamais la Cour approuve le recompte manuel, le feuilleton sera prolongé d'au moins une semaine : trois comtés de Floride réexaminent leurs bulletins. Un travail de titan qui pourrait changer la donne. Pour l'instant, Bush mène de 930 voix, grâce aux votes des expatriés, qui font eux aussi l'objet d'une plainte des républicains. Selon eux, de nombreux bulletins d'expatriés auraient été indûment éliminés parce qu'ils ne portaient pas le cachet de la poste. Et ces bulletins auraient profité à Bush… Pourquoi faire simple quand on peut chipoter ?

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Par Christophe ABRIC le 20 novembre 2000 à 00:00
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