USA : l’autre bug de l’an 2000

Par , le 29 novembre 2000 à 00h00

La situation ubuesque dans laquelle se trouve coincée l’Amérique, trois semaines après la clôture du scrutin, était prévisible et n’est que le juste retour d’un excès de volonté démocratique.

USA : l'autre bug de l'an 2000 © INTERNE

Les humoristes américains s’en étaient donnés à coeur joie tout au long de la campagne présidentielle, se moquant tour à tour de Bush ou de Gore, qui eux-mêmes se prêtaient volontiers au jeu en se rendant de talk-show en talk-show. Comment auraient-ils pu prévoir que la suite des élections prêterait encore plus à rire que ces simagrées ? Un rire d’extase au début. Enfin, il se passait quelque chose d’extraordinaire qui allait peut-être redonner le goût de la politique aux Américains, dont moins de la moitié daigne se déplacer jusqu’aux urnes à chaque élection. Un rire franc qui s’est progressivement mué en rire jaune. Car plus le temps passe, plus l’Amérique se dévoile, révélant un système institutionnel à bout de souffle, vicié au point d’être capable aujourd’hui d’accoucher d’un Président virtuel, faute de mieux.

Ces faiblesses, il est vrai, doivent être mesurées à leur juste hauteur : il n’est quand même pas question d’envoyer les forces armées ou les observateurs internationaux à la rescousse d’un pays en perdition. Mais il n’empêche. Le texte de la pièce qu’y est en train de se jouer sur la scène américaine était écrit depuis longtemps. Restait à trouver les acteurs. Aujourd’hui, ils sont presque tous réunis. Politiques et juges ont revêtu leurs costumes d’apparat. Ne manque plus que celui qui sonnera le dernier acte, le gendarme, qui viendra punir les excès d’une société où tout, justice et politique, sexe et mandats, stars et élus, s’emmêlent et, finalement, s’annulent.

A trop vouloir se démocratiser, l’Amérique est en train de se faire prendre à son propre piège, sur cette terre où les avocats sont devenus les maîtres. A force d’aller au tribunal pour un oui ou pour un non — une cigarette mal écrasée, une parole mal placée, un arbre mal coupé, un café trop chaud ? — la société américaine a fini par faire dérailler son système judiciaire. Les politiques, complices, viennent de s’y faire pincer les doigts à leur tour. Et la justice, faisant varier les décisions en faveur de Bush ou de Gore selon que les juges sont d’obédience républicaine ou démocrate, ont fini le travail de sape en ébranlant aux yeux de tous le principe séculaire de séparation stricte des pouvoirs qui est censé caractériser le régime présidentiel américain.

Espérons désormais que celui qui sortira vainqueur de cet imbroglio politico-judiciaire " au sommet " en tirera les leçons et tentera d’apporter des solutions.

Par Alexandra Guillet le 29 novembre 2000 à 00:00
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