Ouattara, décidément pas assez ivoirien

Par Léonard VINCENT , le 01 décembre 2000 à 00h00

Une fois de plus, la candidature d’Alassane Ouattara à des élections en Côte d’Ivoire a été rejetée par les autorités, faisant craindre une nouvelle saignée dans un pays décidément instable, depuis l’irruption du concept "d’ivoirité".

Ouattara, décidément pas assez ivoirien © INTERNE


Après les massacres
d'octobre - DR
La Cour suprême de Côte d'Ivoire a siégé dans la nuit, pour finalement annoncer vendredi matin que la candidature aux élections législatives du 10 décembre d'Alassane Ouattara était purement et simplement invalidée. Une nouvelle fois la nationalité de l'ancien Premier ministre de Felix Houphouët-Boigny a été remise en cause, empêchant un homme contesté, pourtant largement soutenu par de nombreux ivoiriens, d'accéder aux cercles du pouvoir. Dès l'annonce de l'arrêt de la cour, deux Alphajets de l'armée ivoirienne ont survolé les quartiers d'Abidjan, comme pour signifier que les services de sécurité du président Gbagbo étaient vigilants, si des affrontements avaient lieu de nouveau avec les partisans de M. Ouattara, comme après l'élection présidentielle, où un véritable massacre avait eu lieu, souvent avec la bénédiction des forces de l'ordre.

Pour l'heure, Alassane Ouattara, dont la question de la nationalité avait en sont temps fait chanceler le régime d'Henri Konan Bédié et la junte du général Robert Gueï, n'a pas personnellement souhaité s'exprimer sur le sujet. Seul le numéro deux de son parti, le RDR, a dénoncé une "mascarade". Et, dans l'après-midi, le parti a demandé à tous ses candidats de se retirer du scrutin, avant d'appeler à des manifestations, lundi. Ce nouveau rejet de M. Ouattara par les instances officielles ivoiriennes fait craindre de nouvelles violences. D'autant que la Cour suprême est composé de membres nommés par le général Gueï, déchu par le candidat civil Laurent Gbagbo le mois dernier.

Le débat délétère sur l'ivoirité

Alassane Ouattara reconnaît lui-même avoir représenté le Burkina-Faso à plusieurs reprises dans des organisations internationales où il était haut fonctionnaire, mais avait été nommé Premier ministre en 1990 par Houphouët-Boigny et s'était présenté dans la circonscription de Kong, dans le nord du pays, dont sa famille est originaire. Sa candidature avait été validée une première fois le 22 novembre, avant d'être rejetée vendredi matin, sur plainte de nombreux électeurs. Malgré son certificat de nationalité en bonne et due forme, la cour a estimé que celui-ci ne saurait "valablement lui conférer la nationalité ivoirienne".


Laurent Gbagbo - DR
Le ministre français de la Coopération Charles Josselin avait, le jour de l'annonce de la candidature de M. Ouattara, conditionné le retour de l'aide internationale à la tenue d'élections législatives "démocratiques", où "toutes les sensibilités" seraient représentées. "Nous déplorons qu'une candidature, celle d'Alassane Ouattara, ait été écartée, a déclaré dans l'après-midi le Quai d'Orsay, ne permettant pas aux électeurs concernés de se prononcer en toute liberté. Il est clair que l'invalidation (...) ne peut qu'entacher le processus de préparation de ces élections".

La campagne aux relents xénophobes lancée en 1993 par l'ancien président Bédié, sous le slogan fabriqué de toutes pièces "d'ivoirité", ne visait précisément qu'à exclure M. Ouattara de la succession d'Houphouët-Boigny. Et, depuis le retour du leader du RDR en Côte d'Ivoire en 1999, la vie politique ivoirienne est quasiment tout entière centrée autour des prétentions de l'ancien Premier ministre musulman, dans un pays majoritairement chrétien.

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Par Léonard VINCENT le 01 décembre 2000 à 00:00
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