Pinochet rattrapé par un juge chilien

Par Léonard VINCENT , le 02 décembre 2000 à 00h00

Le juge Juan Guzman a inculpé vendredi l’ancien dictateur chilien Augusto Pinochet. L’ancien maître de Santiago a été aussitôt assigné à résidence. La justice voit en lui l’instigateur direct de la "Caravane de la Mort", une unité militaire coupable de l’exécution de 75 opposants, en 1973.

Pinochet rattrapé par un juge chilien © INTERNE


Le juge Guzman - DR
L'ancien despote chilien Augusto Pinochet a été officiellement inculpé vendredi par le juge Juan Guzman Tapia. La justice chilienne voit désormais en lui l'instigateur des "Caravanes de la Mort" de 1973, une unité militaire chargée de rafler et d'exécuter dans tout le pays au moins 75 prisonniers politiques. Le vieil homme, qui vient de fêter ses 85 ans, avait jusqu'à ce jour échappé aux centaines de procédures judiciaires initiées à son encontre, mais l'acharnement des défenseurs des droits de l'homme chiliens aura donc abouti, contre toute attente.

Pinochet assigné à résidence

L'avocat représentant l'accusation a fait cette annonce spectaculaire vendredi à Santiago, affirmant que le juge Guzman estimait que Pinochet était "l'auteur intellectuel" et le "co-auteur" des crimes de cette sinistre opération, quelques mois après avoir renversé dans le sang, avec quelques généraux rebelles, le régime légitime du président socialiste Salvador Allende. Le juge "pourrait maintenant ordonner l'arrestation" du général putschiste, a pour sa part estimé l'avocat représentant les proches des victimes de la "Caravane" militaire des premiers mois après le coup d'Etat. Pour l'heure, Augusto Pinochet est assigné à résidence.

"C'est une nouvelle assez surprenante", a déclaré le secrétaire général du gouvernement, Claudio Huepe, en apprenant cette décision de la Justice chilienne. La décision a également plongé dans l’étonnement les milieux politiques, qui attendaient que soient réalisés les examens mentaux de Pinochet ordonnés, avant tout interrogatoire, par le juge Guzman qui souhaite déterminer s'il se trouve en condition d'être jugé. Le juge espagnol Baltasar Garzon, qui avait ordonné l'arrestation le 16 octobre 1998 d'Augusto Pinochet en Grande-Bretagne, a par contre exprimé sa satisfaction et espère que Juan Guzman Tapia obtiendra le plus grand succès dans la procédure qu'il a engagée à l'encontre de l'ex-dictateur. Et Amnesty international a estimé que l'inculpation et l'assignation à résidence à Santiago de l'ex-dictateur chilien était un "début de justice pour les personnes tuées, torturées et 'disparues' et pour leurs proches".

Long chemin judiciaire pour un procès auquel personne ne croit

Le 8 août dernier, le Cour suprême du Chili s'était déclarée convaincue que le général Pinochet, chef incontesté de la junte du 11 septembre 1973 jusqu'à son retrait paisible du pouvoir en 1990, portait une responsabilité dans cette campagne d'assassinats politiques sommaires. Elle avait alors levé l'immunité parlementaire de celui qui s'était fait proclamer, en mai 1998, sénateur à vie, après avoir quitté son poste de commandant des armées.


Le palais présidentiel, le
jour du putsch de 1973 - DR
Accusé, en outre, de la disparition ou de la mort de plus de 3.000 opposants politiques sous son régime, le général Pinochet était rentré le 3 mars dernier dans la capitale chilienne, après 503 jours de détention à Londres, où il était retenu à la demande de la justice espagnole qui souhaitait le juger pour ses crimes. Il fait actuellement l'objet de 180 plaintes déposées au Chili par des proches des victimes, qui sont toutes examinées, envers et contre tout, par le juge Guzman, magistrat de la Cour d'appel de Santiago.

Par Léonard VINCENT le 02 décembre 2000 à 00:00
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