Retour au calme à Abidjan

Par , le 06 décembre 2000 à 00h00

Après deux jours d’affrontements, l’accalmie est revenue en Côte d’Ivoire, mais le couvre-feu et l’Etat d’urgence sont maintenus.

Retour au calme à Abidjan © INTERNE

Le calme est revenu, ce matin, à Abidjan où l'activité semblait reprendre après une nuit marquée dans les quartiers populaires par des coups de feu, des tirs de gaz lacrymogènes et des rafles des forces de l'ordre contre des partisans présumés de Alassane Ouattara.

La casse (automobile) d'Adjamé a été brûlée dans la nuit. Sur place un journaliste de l'AFP a vu un mort et constaté une forte présence des forces de l'ordre qui tenait la population en joug. Des habitants ont fait état de nombreuses arrestations.

Selon un correspondant du Mouvement ivoirien des droits de l'Homme, des boutiques ont égalment été brûlées par les forces de l'ordre à Adjamé et Abobo tandis que les militaires ont interpellé "des familles entières" avant de les emmener "vers une destination inconnue". Des témoignages concordants parlent de tirs de gaz lacrymogènes et de coups de feu entendus toute la nuit notamment à Adjamé et Abobo (nord).

Depuis lundi, de violent affrontements opposent des partisans de l'ancien Premier ministre Ouattara, qui protestent contre l'invalidation de leur leader aux législatives du 10 décembre, à des unités de la police, de la gendarmerie et de l'armée et à des civils soutenant le pouvoir. Ces affrontements ont fait en deux jours au moins 13 morts, selon un bilan officiel ne prenant pas en compte les manifestants tués mardi, et au moins 30, selon un bilan mardi à la mi-journée du Rassemblement des Républicains (RDR), le parti de M. Ouattara.

Le président Laurent Gbagbo avait décrété des mesures d'urgence lundi soir et réquisitionné l'armée, à l’issue d’une journée marquée par d’importantes violences dans la capitale ivoirienne. Le couvre-feu et l'état d'urgence ont été décrétés. Le président Laurent Gbagbo avait alors annoncé dans une déclaration radio-télévisée que ces dispositions seraient maintenues jusqu’au 12 décembre. Il a également annoncé la réquisition des forces armées pour appuyer la police et la gendarmerie pour le maintien de l'ordre avant les élections législatives du 10 décembre.

Ces violences qui font suite à l'exclusion de l'ancien premier ministre du scrutin législatif de dimanche prochain en vertu d'une décision de la Cour suprême de ce pays. Selon le RDR, parti de Ouattara, ces violences sont inévitables, étant donné la provocation que constitue cette décision. "Avec un message tel que celui envoyé par le régime de M. Gbagbo, les gens ne peuvent agir que dans la violence", a affirmé la n°2 du parti, ajoutant que "les jeunes gens (du RDR) ont été poussés à bout par le pouvoir, ils sont prêts à mourir".


Les opposants dans la rue -
Le président ivoirien, Laurent Gbagbo a dénoncé "une escalade de la violence inacceptable", dont il a imputé l'entière responsabilité aux militants du Rassemblement des Républicains (RDR) de Ouattara. "Le pouvoir s'acquiert dans les urnes", a-t-il poursuivi en dénonçant la "mentalité de putschistes que développent certains de nos compatriotes".  "La Cour suprême a parlé (...) Cette décision s'impose à tout le monde y compris à moi-même", a-t-il déclaré en référence à l'invalidation le 30 novembre de la candidature de M. Ouattara. "J'ai reçu des pressions énormes de toutes parts, tant à l'intérieur qu'à l'extérieur, pour faire pression (sur la cour) pour qu'il soit autorisé à compétir. J'ai refusé de céder à ces pressions", a déclaré M. Gbagbo. "J'ai combattu pendant trente ans pour que le pouvoir judiciaire soit indépendant de l'exécutif. J'ai trop souffert de décisions de justice arbitraires. On ne me verra jamais tripatouiller une décision de justice", a déclaré M. Gbagbo, plusieurs fois emprisonné par le passé en raison de son militantisme politique.

Une ivoirité impossible à déterminer

Une nouvelle fois, en effet, la nationalité d'Alassane Ouattara avait été remise en cause vendredi, empêchant un homme contesté d'accéder aux cercles du pouvoir. Dès l'annonce de l'arrêt de la cour, deux Alphajets de l'armée ivoirienne ont survolé les quartiers d'Abidjan, comme pour signifier que les services de sécurité du président Gbagbo étaient vigilants, si des affrontements avaient lieu de nouveau avec les partisans de M. Ouattara, comme après l'élection présidentielle, où un véritable massacre avait eu lieu, souvent avec la bénédiction des forces de l'ordre.


Ouattara -
La question de la nationalité de M. Ouattara avait en sont temps fait chanceler le régime d'Henri Konan Bédié et la junte du général Robert Gueï. Et, vendredi encore, le numéro deux du RDR avait dénoncé une "mascarade". Dans l'après-midi, le parti avait demandé à tous ses candidats de se retirer du scrutin du 10 décembre. Ce nouveau rejet de M. Ouattara par les instances officielles ivoiriennes faisait aussitôt craindre de nouvelles violences. D'autant que la Cour suprême est composé de membres nommés par le général Gueï, déchu par le candidat civil Laurent Gbagbo le mois dernier et que sa légitimité est largement contestée dans l'opposition

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Par Alexandra Guillet le 06 décembre 2000 à 00:00
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