Assis en avion : 1 mort par mois ?

Par Ludovic BLECHER , le 12 janvier 2001 à 00h00

Une étude britannique relance la polémique sur le "syndrome de la classe éco" : près d’une personne mourrait chaque mois à sa descente d’avion à l’aéroport d’Heathrow d’une embolie pulmonaire provoquée par une position assise prolongée ; la rédaction du site de tf1 a mené l’enquête.

Assis en avion : 1 mort par mois ? © INTERNE

Les dangers cachés de l’avion

En avion la position assise peut se révéler mortelle. En moyenne près d’un passager d'un vol long-courrier décède chaque mois après son arrivée à l'aéroport londonien de Heathrow. La cause : un phénomène appelé le " syndrome de la classe économique ", provoquant une embolie pulmonaire suite à une position assise prolongée dans un endroit exigu . C’est en tous cas ce que révèle une étude de l'hôpital de Ashford, dont dépend le principal aéroport britannique, rendue publique mercredi.

En trois ans, trente personnes seraient décédées "à la descente de l'avion" à Heathrow, explique John Belstead, spécialiste des urgences à l'hôpital de Ashford. Loin de calmer les esprits, il précise : "Nous n'avons pas comptabilisé les personnes (décédées à Heathrow) dont nous savions qu'elles risquaient de faire une embolie", par exemple parce qu'elles avaient subi une opération chirurgicale peu avant le vol. Le spécialiste met cependant un bémol à la fiabilité de cette statistique en reconnaissant qu'on ne pouvait être "totalement sûr" que les trente décès soient uniquement dus aux effets du vol.

"Dans la mesure où Heathrow reçoit la plupart des vols longs-courriers, il y a probablement entre 15 et 20 morts par an dans tout le Royaume-Uni", des suites de tels accidents vasculaires, estime le médecin. Contrairement à une idée reçue, il souligne que si une "majorité" des victimes du syndrome voyageaient effectivement en classe économique, plusieurs d'entre elles avaient volé en classe affaires ou en première classe. Un constat confirmé à tf1.fr par Patrick Rodriguez, médecin chef du service médical d’Air France : " S’il y a plus de cas dans les classes économiques, c’est simplement parce qu’il y a plus de place donc plus de gens qui voyagent, ce n’est absolument pas une fatalité de la classe ‘éco’ ".

L’arbre qui cache la forêt

En France, il est plus difficile de faire parler les chiffres. " Contrairement aux britanniques nous ne disposons pas d’hôpitaux spécialement affectés aux aéroports, explique Jacques Reder, chef du service de presse d’Aéroports de Paris, à tf1.fr. Nous ne disposons donc pas de statistiques précises ". Des passagers peuvent débarquer puis subir une embolie dans les 48 heures sans que les services aéroportuaires en soient avertis. Seule une estimation est actuellement disponible : chaque année quatre à cinq personnes faisant appel au service médical d’aéroport de Paris souffrent d’une embolie qui ne se révèle pas forcément mortelle.

Patrick Rodriguez, ne semble pourtant pas surpris par le nombre de cas répertoriés en Angleterre. " Les chiffres français doivent globalement concorder avec les chiffres anglais ", assure-t-il avant de rappeler que l’origine de ces embolies " ce n’est pas l’avion mais l’immobilité ". En fait, ce fameux "syndrome de la classe éco" pourrait n’être que l’arbre qui cache la forêt : le risque de souffrir d'une thrombose étant lié à une position assise prolongée, il peut aussi exister "dans un bus ou dans une voiture". Les britanniques ont d’ailleurs renommé ce phénomène "Jet leg".

En outre, les trente morts en Grande Bretagne ne sont peut-être que "la partie émergée de l'iceberg", relève l’étude britanique. "Il y a un nombre bien plus élevé de personnes qui ne meurent pas mais souffrent de problèmes comme une insuffisance veineuse chronique ou d'autres maladies", souligne John Belstead. Face à l’ampleur du phénomène Air France comme British Airways, sous le coup d'un procès de la part de victimes, ont décidé de prodiguer des conseils à leurs passagers. Même si le risque de mourir de ce type d'accident vasculaire ne concerne que "un passager sur un million", ce chiffre peut-être réduit grâce à quelques gestes simples: bouger les jambes ou si possible se déplacer pendant le vol, prendre une aspirine ou encore porter des bas anti-varices pour les personnes à risque.

Par Ludovic BLECHER le 12 janvier 2001 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

       Chargement en cours...
      Alertez-nous
        alertez-nous

        Témoin d'un événement ?

        Alertez la rédaction !

        Envoyez une alerte

        A lire aussi
        logAudience