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Aux termes de la Constitution tunisienne, Ben Ali ne peut plus se présenter à l’élection présidentielle de 2004 ; il aura effectué les deux mandats de cinq ans que celle-ci prévoit.
Déjà, sa réélection en 1999 n’avait été possible que par une lecture complaisante du texte fondamental: la période 1987-1994 n’avait pas été prise en compte. Il lui reste à trouver et à faire accepter par les Tunisiens et par l’opinion internationale un nouvel artifice pour demeurer à la tête de l’Etat.
Ben Ali a les moyens de rester en place
Ben Ali y est et y restera parce qu’il en a les moyens : une police paramilitaire loyale, un parti mobilisé et dévoué, un clan fortuné, les alliances qu’il faut, tant à l’intérieur qu’à l’extérieur, un impressionnant appareil de propagande… et une politique basée sur l’autosurveillance et l’autodénonciation.
Ben Ali y est et y restera parce qu’il y va de son salut. Il est allé loin. Il ne peut plus rebrousser chemin. Il est condamné à demeurer président à vie.
Il a chosifié le pays, criminalisé l’Etat, assujetti les hommes, fragmenté la société, piétiné les valeurs, brisé les âmes, mutilé les langues… Dévasté le pays. En préambule de son premier rapport, le Conseil national pour les libertés en Tunisie dénonce : "Jamais, dans son histoire contemporaine, la Tunisie n’a connu un tel acharnement contre les libertés. Jamais en Tunisie nous n’avons connu un tel sentiment d’insécurité face à l’omniprésence policière, au délabrement de la justice et à l’extension de la corruption."
La rue dit : "Nous, on ne veut plus changer de président. Et ça nous regarde ! Aujourd’hui, on ne veut plus de ce pays." |
Ben Ali y est et y restera parce que en face il a une rue pacifiée, une piètre opposition émiettée en de multiples groupuscules sans troupes, sans projet, dont les leaders sont d’anciens collabos, et une intelligentsia qui n’est pas de qualité… "parce que la Nation n’est pas de qualité", sommes-nous tentés d’ajouter. Comme le colonisateur, le régime (depuis son ascension en 1987) a utilisé la technique de la terre brûlée, emportant toute une culture de contestation et d’affrontement et ramenant ainsi le pays à l’âge de pierre du politique : plus de relais dans la société, plus de contre-pouvoirs, plus de syndicats et plus de partis bien sûr. Une nokta (blague) qui court dans la rue traduit à merveille la situation: A une question sur l’état de grâce qui s’éternise, Ben Ali répond : "Un Etat qui ne connaît pas de soubresauts n’est pas un Etat. La Tunisie, grâce à Allah, en est épargnée!" (Sic).
Quelle chance de faire basculer le régime Ben Ali ?
Dans ces conditions, considérer "le scénario yougoslave" et espérer pour Ben Ali une grosse avanie, comme celle qu’a essuyée récemment Slobodan Milosevic est pure élucubration. Car le politique, le désir d’alternance n’ont jamais déserté Belgrade. On pourrait penser qu’en 17 ans de règne sans partage, Ben Ali et sa famille se sont assurés un avenir radieux et à l’abri du besoin; que la fortune colossale, acquise en mettant le pays en coupe réglée, lui permettrait une retraite dorée et sans soucis ; que les Trabelsi (ses beaux-frères) et autre chiboub (son gendre) ont bâti des empires commerciaux et financiers assurant la prospérité de plusieurs générations; mais tout cela est devenu superflu depuis que le juge Garzon s’en est pris à Pinochet.
Désormais, les dictateurs savent que l’époque des exils à l’abri des poursuites est révolue et qu’il suffit, quelque part dans le monde, qu’un petit juge soit convaincu de l’universalité des droits de l’homme pour que le passé les rattrape. Serait-il lassé de 17 années à surveiller en permanence la société tunisienne, Ben Ali n’aurait, de toute façon, pas de havre plus sûr que le palais de Carthage, ou celui qu’il vient de bâtir, de Sidi Bou Saïd. Ben Ali y est et y restera.
Il est hors de question qu'ils puissent envisager une alternance
Kamel Jendoubi, président du Comité pour le respect des libertés et des droits de l’homme en Tunisie (CRLDHT), a écrit, à ce propos, dans Le Monde, une tribune qui fera date: "M. Ben Ali et les siens, sa famille et ses proches, sont tellement impliqués dans une corruption endémique, immorale et à grande échelle qu’il est hors de question qu’ils puissent envisager un seul instant une alternance douce et négociée."
A quelle alternative pourrait-on s’attendre ? Il n’y en a pas. Tout est verrouillé. |
C’est par une bordée de blagues que les Tunisiens accueilleront sans doute la prochaine réélection de Ben Ali, saluant la performance des "zéro…et quelques poussières" dont le palais aura suscité la candidature. Seul le sarcasme rend acceptable le poids d’une inébranlable dictature, comme l’humour rend superflue l’indignation, comme l’ironie autorise et habille la compassion.
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