Carla Del Ponte à Belgrade : voyage en terrain hostile

Par Léonard VINCENT , le 23 janvier 2001 à 16h46 , mis à jour le 22 janvier 2001 à 17h13

Le procureur général du Tribunal pénal international Carla Del Ponte entame mardi une visite de trois jours à Belgrade. Un voyage en terrain hostile, aux résultats imprévisibles. Seule certitude : Vojislav Kostunica et l'accusateur numéro 1 de l'ONU ne sont d'accord sur rien, ou presque rien.

delponte rfy-kosovo europe monde © INTERNE


Vojislav Kostunica - DR
"La Yougoslavie est membre de l'ONU et doit donc se soumettre à ses lois". Le procureur du TPI a les idées claires, s'agissant de sa fonction. "La coopération avec le TPI n'est pas une priorité" et la Yougoslavie limitera dans un premier temps sa coopération à la réouverture du bureau du tribunal de La Haye à Belgrade. Le président Vojislav Kostunica, lui, a les idées claires, s'agissant de sa fonction de garant des institutions yougoslaves. La première entame aujourd'hui un voyage de trois jours dans la capitale serbe, alors que le second a fini par accepter de la recevoir, après plusieurs jours de refus, sous la pression de ses alliés de la coalition démocratique au pouvoir.

La visite de Carla Del Ponte est pourtant historique, près de cinq mois après la chute du régime Milosevic. Le procureur de l'ONU remettra au président Kostunica "certains mandats d'arrêts, si

TROIS INCULPES ENCOMBRANTS

Slobodan Milosevic vit aujourd'hui reclus dans un quartier résidentiel de Belgrade. C'est dans sa villa de Dedinje que Vojislav Kostunica était allé le rencontrer, tout à fait officiellement et publiquement, le 13 janvier, comme le chef du principal parti de l'opposition, une initiative vivement critiquée en RFY. Mais au-delà du cas symbolique et médiatique de M. Milosevic, c'est l'arrestation de tous les fugitifs qui se trouvent en RFY que réclame le Tribunal, dont celle de l'ancien chef militaire des Serbes de Bosnie Ratko Mladic, qui serait à Belgrade, et celle de leur ancien chef politique Radovan Karadzic, qui s'y rendrait souvent, selon des sources du TPI.

cela s'avère nécessaire, c'est à dire pour ceux qui se trouvent aujourd'hui sur le territoire yougoslave", a-t-elle annoncé lundi dans Le Figaro. Si Belgrade refusait de coopérer pleinement avec l'institution qu'elle dirige, elle a affirmé son intention d'entreprendre le tour des capitales et de faire son possible pour soumettre l'insolence de la Yougoslavie à l'égard des traités qu'elle a signé.

Monstre politique ou légitimité internationale

Kostunica répond à toute juridiction extraterritoriale — a fortiori le "monstre politique" de l'ONU, qui est, comme chacun sait, un "instrument de la domination américaine" — que sa constitution interdit l'extradition de citoyens yougoslaves vers un pays étranger. Et que, quoi qu'il arrive, il ne livrerait pas Slobodan Milosevic à La Haye, alors que l'ancien maître de Belgrade est sous le coup d'une liste considérable d'actes d'accusation tels que "génocide" ou "crime contre l'humanité". Plusieurs fois, le président yougoslave a fait dire à ses seconds que Milosevic pourrait être jugé, mais à Belgrade, par des Serbes. Mais qu'auparavant, il entendait redresser l'économie de son pays, assurer la cohésion avec le Monténégro et stabiliser la classe politique autour de l'idée démocratique.


Slobodan Milosevic - DR
Ce qui blesse par dessus tout Vojislav Kostunica, c'est le refus de Carla Del Ponte d'ouvrir une enquête sur les bombardements de l'OTAN de mars-juin 1999. "La révélation de l'infamie sur l'utilisation de munitions à l'uranium appauvri est une affaire grave et un test pour le tribunal de La Haye", a-t-il ainsi récemment martelé. Car, aux yeux de beaucoup de Serbes, l'OTAN, l'ONU et le TPI restent les ennemis, les cerveaux ayant guidé les bombardiers meurtriers de la guerre du Kosovo. Pour le quotidien indépendant Danas, qui fut à la pointe du combat contre l'ancien régime, les choses sont également claires : "La politique du nouveau régime commence à ressembler à celle de l'ancien". C'est peut-être ce que redoutent aussi les alliés plus modérés de Vojislav Kostunica.

Par Léonard VINCENT le 23 janvier 2001 à 16:46
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