La Chine ne sait plus comment éradiquer les tigres de papier du Falungong

Par Léonard VINCENT , le 24 janvier 2001 à 15h37 , mis à jour le 23 janvier 2001 à 16h11

Alors qu'a commencé cette nuit le Nouvel an chinois, le régime de Pékin ne sait plus comment traiter le problème de la secte Falungong, dont des adeptes viennent manifester régulièrement sur la place Tiananmen. Après la répression, une nouvelle campagne de dénonciation a été lancée. Sans espoir d'éradiquer les fidèles.

falungong politique chine asie-proche-orient monde © INTERNE


Le gourou est en exil à New York - DR
Le gouvernement chinois ne sait plus comment faire. Mardi à minuit commençait le Nouvel an chinois et la police de Pékin était en alerte à l'occasion de cette fête essentielle de l'Empire du Milieu, craignant, comme à chaque étape importante du calendrier, de nouvelles protestations du mouvement Falungong. Mais celles-ci se révèlent aussi pacifiques qu'incompréhensibles pour les tenants de la ligne maoïste du matérialisme historique au pouvoir en Chine. Face à l'impuissance de ses services de renseignements, la prolifération des adeptes de la secte et à la brutalité croissante de ses services de police, les autorités n'ont plus d'autre recours que de lancer une campagne de dénonciation dans les médias. Mais combien de temps leur faudra-t-il pour faire comprendre que l'interdiction du Falungong répond à une demande de la société et que la répression engagée est limité au cadre de la loi ?

Le 1er janvier dernier, un millier d'adeptes du Falungong avaient ainsi été brutalement interpellés sur la place 

Interdit en juillet 1999 par le gouvernement chinois, le Falungong a réalisé son premier coup d'éclat trois mois auparavant, quand une dizaine de milliers de fidèles s'était rassemblé devant le Zhongnanhai, résidence des leaders du Parti, pour protester contre une première vague calomniatrice. Le régime affirme que 1.600 Chinois sont morts par la faute de ce mouvement superstitieux, la plupart refusant de se soigner par croyance envers les pouvoirs de guérison de Li Hongzi. Le Parti communiste chinois ne reconnaît officiellement que cinq religions : le Bouddhisme, le Taoïsme, l'Islam, le Catholicisme et le Protestantisme. Falungong revendique 70 millions de fidèles. Le gouvernement estime qu'ils sont en réalité 2 millions. 104 adeptes seraient morts en détention dans les 18 derniers mois. 10.000 autres seraient en camp de travail. 242 responsables ont été condamnés à des peines allant jusqu'à 18 ans de prison.
Tiananmen. Une femme y avait été tuée, en étant jetée à terre par les policiers de Pékin. Mardi, cinq membres du mouvement s'y sont immolés par le feu, l'un d'entre eux ayant trouvé la mort sur place. Chaque jour, de nouveaux adeptes meurent sous la torture ou au fond de leur cellule, le Falungong maintenant la pression sur Pékin grâce à ses nombreux relais sur l'Internet. Le mouvement du gourou Li Hongzi, tenace, n'a de cesse de dénoncer la campagne meurtrière qui la vise, en toute impunité, sur le territoire chinois.

Un mouvement sectaire mais pacifique

Issu de la pratique du Qi Gong, une très ancienne nébuleuse de pratiques spirituelles et physiques issue du Bouddhisme, le Falungong ne reconnaît l'autorité que d'un homme, le Maître Li Hongzi. Lui seul, qui se définit comme un "extraterrestre" aux pouvoirs illimités, est en droit d'indiquer quels exercices doivent être pratiqués, les enseignements anciens devant désormais être oubliés. Li Hongzi affirme qu'en plus de la gymnastique Xiu Lian, ses adeptes se doivent de s'appliquer une discipline spirituelle, dite "culture du Xingxing". Un parcours moral doit être ainsi strictement observé, s'appuyant sur les valeurs fondamentales que sont le Zhen, le Shan et le Rhen : la sincérité, le don de soi et la persévérance. L'enseignement du Falungong ajoute à ces épreuves quotidiennes l'enseignement des lois de la "dette karmique" et de la réincarnation. Et la reconnaissance des forces démoniaques et divines qui régissent le monde.


Le président chinois Jiang Zemin - DR

Au-dessus de tout, le mouvement place une idée simple au centre de ses exercices physiques. Au bas de l'abdomen humain se trouverait le centre de l'énergie spirituelle et physique, nommé par l'ancien Qi Gong le "Falun". Ce noyau renfermerait les secrets de l'univers, l'objectif du Falungong étant de faire circuler cette énergie cruciale de manière harmonieuse dans l'ensemble du corps, l'ultime maîtrise consistant, grâce à une pratique rigourseuse, à acquérir des pouvoirs surnaturels. Depuis New York, où il s'est exilé en 1998, le gourou Li Hongzi continue inlassablement d'appeler ses adeptes à "prouver publiquement leur foi". Alors qu'à Pékin, le président Jiang Zemin ne sait plus comment mater ceux que l'agence Chine nouvelle appelle "les intoxiqués". "Jiang ne peut plus reculer, estime Frank Lu, directeur du Centre d'information sur les droits de l'homme et de la démocratie à Hong Kong. C'est une question de pouvoir. S'il lâche du lest, il apparaîtra affaibli vis-à-vis du Parti, c'est à dire pas assez ferme pour rester à la tête du régime".
 
Par Léonard VINCENT le 24 janvier 2001 à 15:37
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