Le Cobra va faire face à ses juges

Par Léonard VINCENT , le 10 janvier 2001 à 00h00

L’héritière de Radovan Karadzic, Biljana Plavsic dite "Le Cobra", qui s’est rendu à ses juges, avait officiellement été inculpée de génocide, crimes de guerre et crimes contre l’humanité par le TPI. Elle a décidé mardi de se rendre, de son plein gré, à La Haye, siège du tribunal de l’ONU

Le Cobra va faire face à ses juges © INTERNE


Radovan Karadzic - DR
La femme qui a succédé au docteur Radovan Karadzic à la tête des Serbes de Bosnie a pris, mardi, un avion à destination des Pays-Bas depuis Banja Luka, centre névralgique de la Republika Srpska. Décidée à se livrer au Tribunal pénal international de l'ONU, alors qu'elle était sous le coup d'une inculpation tenue secrète, la pasionaria de l'épuration ethnique s'est livrée aux juges qui siègent à La Haye, de son plein gré, après une carrière marquée par des propos haineux, des positions définitives sur lesquelles elle reviendra avec beaucoup d'opportunisme.

Les charges retenues contre "Le Cobra" sont classiques, s'agissant d'une personne qui a été numéro 2 des bosno-serbes de Karadzic : "génocide, crimes de guerre et crimes contre l'humanité". "Madame Plavsic fait l'objet d'un acte d'accusation tenu secret et s'est rendue ce matin au TPI", a annoncé mercredi matin un porte-parole du TPI lors d'une conférence de presse en présence du procureur Carla del Ponte. Laquelle a aussitôt appelé Radovan Karadzic, Ratko Mladic "et toutes les personnes inculpées à faire de même". Son audition préliminaire aura lieu jeudi matin, a-t-elle précisé.

Une admiratrice reconvertie du milicien Arkan

La "Dame de fer" des Serbes bosniaques fut une figure de premier plan, lors de la guerre de 1992-1995. Certaine que le peuple serbe avait, sous le régime titiste qui avait pourtant favorisé sa brillante carrière de généticienne, "vécu cinquante ans d'esclavage", Biljana Plavsic n'a pas eu peur, en pleine guerre, d'affirmer : "Je ne dis pas que nous (les Serbes) ne voulons pas vivre avec les Croates, nous disons plutôt que nous ne devrions plus tolérer que les Croates vivent avec nous". Deux ans avant son revirement de l'après-guerre, où elle prendra la présidence de la Republika Srpska à la suite de Karadzic le banni, elle affirmait encore qu'une "bonne bataille" règlerait plus sûrement la guerre civile que des négociations politiques. Sinistre ironie du sort, l'interview dans laquelle elle avait tenu ces propos a été publiée un an jour pour jour avant le massacre de Srebrenica. L'histoire — ou les soldats de Mladic — auront entendu cette admiratrice du chien de guerre Arkan, ce "héros".


Ratko Mladic - DR
"Je préférerais que l'on nettoie complètement la Bosnie des musulmans", avait-elle ainsi affirmé en septembre 1993, signalant d'ailleurs qu'il s'agissait là d'un "phénomène naturel" qui n'avait pas lieu d'être pris pour un "crime de guerre". Les musulmans bosniaques n'étaient-ils pas du "matériel génétique déformé qui a embrassé l'Islam" ? Sans doute sentit-elle le vent tourner après les accords de Dayton, quand, en 1996, elle fut élue à la présidence serbe bosniaque. Miraculeusement transformée en leader modéré, elle avait ainsi pu être considérée comme une interlocutrice acceptable par la communauté internationale. De sorte que l'entité serbe de Bosnie puisse bénéficier des avantages financiers et logistiques des accords de paix.

Une fin de carrière plutôt pathétique

Battue par plus ultra nationaliste qu'elle aux élections générales de 1998, elle s'était peu à peu retirée de la vie politique, allant jusqu'à renoncer à son siège de parlementaire, le 14 décembre dernier. Si elle avait été secrètement inculpée par le TPI pour "génocide, crimes contre l'humanité et crimes de guerre", Biljana Plavsic aura donc choisi de faire face à ses juges, en compagnie de celui qui fut le président du parlement serbe bosniaque, Momcilo Krajisnik, et du numéro 2 des forces armées des Serbes de Bosnie, Miroslav Krstic. Manquent encore à l'appel le chef des soldats bosno-serbes, Ratko Mladic, qui paradait il y a encore quelques semaines dans les stades de football de Belgrade. Et le psychiatre Radovan Karadzic, toujours en cavale quelque part à la frontière de la Bosnie et du Monténégro.

Par Léonard VINCENT le 10 janvier 2001 à 00:00
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