La déclaration d’Avigolfe

Par Franck LEFEBVRE , le 17 janvier 2001 à 18h32 , mis à jour le 17 janvier 2001 à 18h57

Nous reproduisons ci-dessous les extraits les plus significatifs de la déclaration lue mardi par Hervé Desplat, le président d'Avigolfe, devant les membres de la mission d’information parlementaire.

compteur geiger char syndrome balkans © INTERNE

AVIGOLFE

Paris, le 16 janvier 2001

DECLARATION A LA MISSION D’INFORMATION

 

 

"Madame, Messieurs les députés,

Tout d’abord je voudrais excuser l’absence de notre secrétaire générale, Christine Abdelkrim-Delanne qui, ayant été tardivement informée officiellement de cette audition, avait déjà accepté

"Une mission
d'information s'informe,
une commission
d'enquête enquête"
une invitation au Parlement européen ce même jour de la part du Groupe Gauche unie européenne. Je suis accompagné de Norbert Siméon, membre de notre conseil d’administration, qui représente aussi nos adhérents.

L’association Avigolfe a été créée en juin 2000 à l’initiative de Christine Abdelkrim-Delanne et moi-même en toute indépendance. Son but est de faire la vérité sur la guerre du Golfe et ses effets et faire reconnaître le droit à réparation et aux soins des personnes concernées. Depuis sa création, Avigolfe a, à plusieurs reprises, exprimé des demandes qui n’ont pas été entendues.

A savoir :

  • un recensement de la population présente dans le Golfe afin d’obtenir un bilan précis

  • la mise en place d’une cellule Golfe au sein du ministère de la Santé considérant qu’il s’agit aujourd’hui d’un problème de santé publique. Cette cellule étant chargée de centraliser les demandes et d’assurer la gestion médicale et administrative

  • la mise en place par l’assemblée nationale d’une commission d’enquête qui aurait été l’occasion d’un débat des députés dûment informés au préalable

  • la mise en place d’un groupe d’experts totalement indépendants

  • la mise en place d’un dispositif d’examens approfondis et de dépistage notamment des cancers dans le cadre hospitalier public avec une prise en charge gratuite.

Pourquoi dans le cadre hospitalier public ? C’est un fait que les personnes concernées n’ont plus

"Il a été fortement
déconseillé aux anciens
du Golfe et des Balkans
de prendre contact
avec l'association
Avigolfe"

aucune confiance en les autorités militaires quelles qu’elles soient. De nombreux témoignages auprès d’Avigolfe ou dans la presse ont montré les difficultés qu’elles rencontrent dans les hôpitaux militaires.

D’autre part, parmi elles, on compte de nombreux civils détachés auprès de l’armée, par la compagnie Thomson notamment, et des ex-militaires. Il faut savoir qu’il n’en reste plus que 3 000 au sein de l’armée parmi les 26 000 qui étaient présents dans le Golfe. Nous soulignons que seules 30 personnes ont répondu à l'invitation du ministère de la Défense de se faire connaître auprès des services de santé des Armées, ce qui confirme la méfiance dont nous faisons état.

  • enfin, nous demandons la reconnaissance du statut de guerre de cette opération multinationale, la plus importante depuis la seconde guerre mondiale.

Sept mois plus tard, où en sommes-nous ?

Alors que sans Avigolfe, ce problème grave serait encore tenu secret, aucune de nos demandes n’a été prise en considération.

Une mission d’information aux pouvoirs limités a été nommée dans la précipitation avant même la rentrée parlementaire, privant ainsi l’ensemble de nos élus des éléments leur permettant de se déterminer.

Une mission d’information s’informe, une commission d’enquête enquête.

La façon dont se déroulent les auditions, des généraux notamment, révèle des contradictions dans les déclarations, des non-dits, des mensonges par omission que les membres de la

"Des contradictions
dans les déclarations,
des non-dits,
des mensonges
par omission"
mission eux-mêmes, à en croire la presse, ont soulignés. Par exemple, toute la confusion autour de la pyridostigmine, des alertes chimiques, des pilules Virgyl ou les affirmations non fondées à propos de l’uranium appauvri et de ses dangers, dont tout nous montre aujourd’hui que les autorités militaires ne pouvaient les ignorer. (…)

Avigolfe, qui compte aujourd’hui plus de 180 adhérents dont des cas pathologiques très lourds en quantité significative, a déjà publié deux rapports dont vous avez certainement pris connaissance. (…) Il est clair qu’aujourd’hui, des personnes civiles et militaires en grande souffrance, des veuves, des invalides, des familles sont obligées de se battre pour faire reconnaître leurs droits. Depuis la révolution française, l’Etat a un devoir de prise en charge, de reconnaissance et de réparation de ses combattants. Ces civils et militaires étaient dans le Golfe dans le cadre d’une mission sous le drapeau français. Ils ont aujourd’hui le sentiment d’avoir été considérés pendant ces dix années avec un total mépris. Et cela continue.

Par ailleurs, nous avons appris que dans certaines unités de l’armée, il a été fortement déconseillé aux anciens du Golfe et des Balkans de prendre contact avec l’association Avigolfe ou les journalistes. Nous dénonçons violemment ces tentatives d’intimidation.

Enfin, depuis qu’a éclaté l’affaire des Balkans, Avigolfe a reçu plusieurs témoignages de cas de leucémies, lymphomes et autres pathologies. Nous considérons que le syndrome du Golfe et celui des Balkans (et sans doute plus tard le Kosovo) sont une seule et même affaire. (…)

Il faut maintenant des décisions politiques sérieuses et courageuses qui aillent dans le sens d’une reconnaissance de ce que l’on appelle communément syndrome du Golfe et syndrome des Balkans. D’une reconnaissance également des effets de ces guerres sur les populations locales qui ont droit elles aussi à réparation. Particulièrement, la population irakienne qui souffre depuis dix ans des effets cumulés de la sale guerre propre et de l’embargo total. (…)

Par Franck LEFEBVRE le 17 janvier 2001 à 18:32
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