''Il faut dès à présent penser reconstruction''

Par Ludovic BLECHER , le 19 janvier 2001 à 17h08 , mis à jour le 18 janvier 2001 à 18h21

Administratrice de la mission de Médecins du monde au Salvador, Sibylle Gumuccio était déjà sur le terrain lors du séisme qui a ravagé le pays samedi dernier. Elle dresse un état des lieux de l'aide humanitaire apportée à un pays ravagé et parle de la reconstruction comme la priorité des priorités.

séisme Salvador © INTERNE

tf1.fr Six jours après le terrible séisme au Salvador, pouvez-vous dresser un état des lieux de la situation ?

Sibylle Gumucio : Les premiers jours, les dégâts qu'il y a eu tout autour de San Salvador sont apparus de manière la plus flagrante principalement dans la banlieue proche de la capitale. Au fur et à mesure que l'aide humanitaire pénètre à l'intérieur du pays, on se rend compte que la situation dans les villages n'est pas meilleure. On recense entre 10 et 20 villages détruits à 90 %. Dans les zones reculées, la situation est encore plus grave que dans les villes : 2000 à 10.000 personnes sont touchées par les conséquences du séisme.

tf1.fr : Y a-t-il des risques sanitaires particuliers ?

Sibylle Gumucio : Bien sûr, pour toutes les popu

Pour suivre au quotidien l'évolution de la situation, lisez la chronique de Sibylle Gumuccio sur le site Internet de Médecins du monde

lations qui dorment dehors, il y a une multiplication des risques mais ce n'est pas une cause directe du tremblement de terre. Il y a depuis mi-décembre une épidémie de diarrhées virales qui est toujours sous surveillance. Au niveau médical, les structures locales so nt très bien organisées, le personnel très compétent, donc l'urgence ne se situe pas à ce niveau.

tf1.fr : Quelles sont les priorités ?

Sibylle Gumucio : Il faut commencer à penser reconstruction et même relocalisation des habitants. Il y a des gros problèmes qui vont se poser dans les zones très fragilisées quand va arriver la saison des pluies ( NDLR : au mois d'avril ) car il y a des montagnes qui tiennent debout par miracle. Il y a aussi un gros travail à faire sur l'eau, surtout dans les zones rurales. Toutes les canalisations sont endommagées, les latrines ont été inondées, l'eau est coupée. Il faut rétablir ça au plus vite.

tf1.fr : Des initiatives en ce sens se mettent-elles déjà en place ?

Sibylle Gumucio : Il y a eu un afflux d'aide post-catastrophe énorme. La question est maintenant de savoir qui va rester. Tous les gouvernements ont envoyé des équipes mais plutôt pour un appui ponctuel. On n'a pas encore le sentiment que ça va durer or il faut dès à présent penser reconstruction. Mais nous sommes encore dans une phase d'urgence. Tous les cadavres n'ont pas encore été déterrés, il faut construire des abris provisoires pour les populations, distribuer de la nourriture. Nous y verrons plus clair d'ici une semaine.

tf1.fr : Quel est l'état d'esprit de la population ?

Sibylle Gumucio : Nous avons été frappé par la capacité d'organisation des habitants. En deux jours, les gens se sont mobilisés, c'est vraiment très impressionnant. On pense que ce réflexe vient des leçons tirées de l'Ouragan Mitch. Mais, sur le fond, il sont traumatisés car ça fait beaucoup de malheurs qui s'abattent sur le pays en très peu de temps.

En chiffres :

Un bilan toujours provisoire fait état de près de 700 morts, 2000 disparus, 20 000 maisons détruites et près de 15 000 sans abris.

 

Pour aider le Salvador :

Médecins du monde, Urgence Salvador, BP 100 - 75018 Paris

Croix-Rouge française, Urgence Salvador, BP 100 - 75008 Paris

Secours catholique, Séisme Salvador 106, rue du Bac - 75341 Paris Cedex 7

Par Ludovic BLECHER le 19 janvier 2001 à 17:08
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