Le fidèle intendant du Kremlin de Boris Eltsine arrêté à l'aéroport de New York

Par Léonard VINCENT , le 18 janvier 2001 à 11h23 , mis à jour le 18 janvier 2001 à 11h43

Homme d'influence sous le règne de Boris Eltsine, Pavel Borodine a été arrêté par la police américaine à sa descente d'avion, à New York. Cet ancien intendant du Kremlin était sous le coup d'un mandat d'amener international lancé par la justice suisse. La désormais fameuse affaire Mabetex prend un tour diplomatique.

pavel borodine intendant kremlin eltsine mabetex © INTERNE

Plusieurs millions de dollars de pots-de-vin seraient allés gonfler les poches de diverses personnalités influentes du régime, de Boris Eltsine en passant par ses filles Tatiana et Elena...

C'était en 1995 et Boris Eltsine officiait au sommet de la Fédération de Russie. Comme l'ensemble du Kremlin, le Palais de la comptabilité avait besoin d'un visage neuf. Absorbée par ses bonnes intentions, l'administration eltsinienne se met en quête d'une société capable de prendre en charge ce marché monstre. Le russe Mabetex a alors semblé le mieux disant et le pactole lui est revenu. Fort logiquement, dirait-on aujourd'hui, puisque plusieurs millions de dollars de pots-de-vin seraient allés gonfler les poches de diverses personnalités influentes du régime, de Boris Eltsine en passant par ses filles Tatiana et Elena. Et l'étrange monsieur Pavel Borodine, intendant du Kremlin et grand ordonnateur du chantier.

La nuit dernière, alors que son avion venait d'atterrir sur l'aéroport JFK de New York City, Pavel Borodine a été arrêté par la police 

FOUDRES

Sitôt annoncée l'arrestation de Pavel Borodine, le ministre russe des Affaires étrangères Igor Ivanov a exigé sa "libération immédiate et sans conditions". Les avocats de l'homme d'affaires comptent d'ailleurs jouer sur la tournure diplomatique que semble prendre l'affaire pour obtenir l'arrêt des poursuite contre leur client. L'un d'eux, Genrikh Padva, est allé jusqu'à affirmer jeudi soir que cette arrestation était "un crachat à la face de la Russie". Mais pour l'heure, le président russe Vladimir Poutine paraît plutôt soucieux de ne pas envenimer la situation. "Le président considère qu'il s'agit purement d'une procédure judiciaire et que des déclarations diplomatiques ne peuvent pas résoudre le problème", a déclaré jeudi la députée libérale Irina Khakamada à la télévision NTV.

américaine. La justice suisse avait lancé il y a un an un mandat d'amener pour "blanchiment d'argent" le concernant. Sans doute a-t-elle dû se retrouver comblée, alors que M. Borodine répondait simplement à une invitation pour assister à l'investiture de George W. Bush, samedi à Washington. De fait, quelques heures plus tard, la police fédérale helvète demandait officiellement son extradition aux Etats-Unis, afin que le "grand vizir" du Kremlin puisse venir répondre aux questions du juge Daniel Devaud, en charge du dossier Mabetex à Genève.

Une société suisse distribue les largesses

Si Pavel Borodine était déféré devant les juges de Genève, il devrait résoudre quelques énigmes. Car le rôle joué par Mercata Trading, une filiale genevoise de Mabetex, appartenant à un certain Viktor Stolpovkih, paraît obscur aux yeux de la justice. Cet homme d'affaires avait d'ailleurs été l'associé de Beghjet Pacolli, patron kosovar de Mabetex Project Engineering, au siège duquel des enquêteurs ont trouvé des extraits de comptes bancaires de la Banque du Gottard qui en ferait saliver plus d'un. Selon l'aveu du responsable juridique de la banque, le providentiel établissement avait garanti, sur ordre de Pacolli, la couverture intégrale de cartes de crédit aux noms de Tatiana Diatchenko, Elena Okulova et de leur papa, un certain Eltsine, Boris.

Le Parquet russe a définitivement enterré l'affaire en décembre dernier, pour "absence de délit".

Mais Mercata Trading effectuait aussi des opérations d'un autre ordre. Le procureur de Genève dit avoir "des documents" prouvant que le prix des contrats de rénovation du Kremlin ont été "gonflés". Et que le fidèle Pavel Borodine avait, sur les 60 millions de dollars de commission versés pour l'obtention du marché de 180 millions de dollars, personnellement touché "plusieurs dizaines de millions", via des banques suisses.

Moscou n'a rien à redire

Mais à tout cela, le Parquet de Moscou n'a vu aucun caractère délictueux. "Le dossier Mabetex est clos", a réaffirmé l'avocat de Pavel Borodine, jeudi, en estimant que l'arrestation de son client était "illégale". En effet, le Parquet russe a définitivement enterré l'affaire en décembre dernier, pour "absence de délit". La Russie de Vladimir Poutine a beau jeu aujourd'hui de réclamer la libération de celui que le président a chassé du Kremlin dès son arrivée au pouvoir, tout en le nommant au poste de secrétaire de l'Union Russie-Bélarus. Le ministre des Affaires étrangères Igor Ivanov peut à loisir, comme jeudi matin, convoquer l'ambassadeur américain au Kremlin pour le sermonner. Puisqu'il n'y a pas de délit, on vous dit.

Par Léonard VINCENT le 18 janvier 2001 à 11:23
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