Fin de parcours pour Estrada

Par , le 05 janvier 2001 à 00h00

Après plusieurs mois de scandale, le président des Philippines a accepté de quitter le pouvoir. Lâché par l'armée, la police et la plupart de ses ministres, il a quitté, avec sa famille, le palais présidentiel. Il laisse la place à la vice-présidente Gloria Arroyo, qui a prété serment. Au plan judiciaire, Estrada risque la peine de mort.

Joseph Estrada lors de son départ avec sa femme (grande) © INTERNE
Estrada n'est plus président. Lui, le va-t-en guerre lançant ses troupes contre les preneurs d'otages d'Abu Sayyaf, l'ancien acteur de série B devenu magistrat suprême des Philippines, a abandonné. Ereinté par une affaire de corruption, lâché vendredi par son ministre de la Défense et tous les chefs militaires, conspué par des dizaines de milliers de citoyens en plein cœur de Manille, il a fini par renoncer à la tenue d'élections anticipées et a accepté la décision de la Cour suprême, qui a déclaré le pouvoir vacant.


Gloria Arroyo prête serment-
Aussitôt après l'annonce de sa démission, Gloria Arroyo, vice-présidente du pays, a prêté serment. Une cérémonie retransmise en directe à la télévision. La nouvelle présidente a promis d'être un modèle pour ses concitoyens et de venir à bout de la corruption et de la pauvreté aux Philippines. "J'ai le sentiment que Dieu m'a placé à ce tournant de notre histoire", a affirmé Mme Arroyo devant la presse. "Il y a beaucoup à faire et le travail du président est de ceux où il faut travailler dur", a-t-elle ajouté à l'issue de sa prestation de serment. Gloria Arroyo restera au pouvoir jusqu'en 2004, date à laquelle aurait normalement du prendre fin le mandat de Joseph Estrada.
L'épisode Estrada est donc bel et bien terminé, deux ans après une élection triomphale pour un mandat de six ans.

Estrada passible de la peine de mort

Joseph Estrada s'est toujours obstiné à nier les accusations selon lesquelles il aurait touché des millions de dollars des organisateurs de jeux illégaux et détourné de l'argent public. Aussi refusait-il de quitter le pouvoir en arguant qu'il le détenait en application de la Constitution. Maintenant qu'il n'est plus au pouvoir, des poursuites judiciaires vont pouvoir être lancées à son encontre. L'ex-président philippin sera notamment poursuivi pour "pillage économique", un crime puni de mort, a déclaré samedi un porte-parole de la nouvelle présidente Gloria Arroyo. "Il y a des affaires de pillage en cours" contre l'ancien chef de l'Etat devant le tribunal spécial anti-corruption, a précisé M. Alex Magno, porte-parole de l'équipe de transition de MMe Arroyo. "Nous félicitons l'ancien président Estrada pour sa décision de rester (au pays) et de répondre aux accusations contre lui. Nous espérons que la justice suivra son cours, dans la transparence et la crédibilité, dans les semaines et les mois à venir", a-t-il dit.

"Ce que je sais, c'est qu'il frappe les gens. Les hommes, les femmes. Il y a eu des incidents de ce genre dans le passé."

Et la tempête risque de souffler fort sur Joseph Estrada. Même certains de ses proches se sont retournés contre lui. C'est ainsi que l'ex-président, connu pour ses nombreux succès féminins — il a publiquement reconnu avoir 8 enfants illégitimes —, a été accusé jeudi par une de ses anciennes maîtresses de l'avoir battue. Ex-vedette de cinéma et de la chanson, Nora Aunor a donné une conférence de presse à charge contre Estrada, qui a fait jeudi la couverture de tous les journaux. "Ce que je sais, c'est qu'il frappe les gens. Les hommes, les femmes. Il y a eu des incidents de ce genre dans le passé", a déclaré la vedette, qui a affirmé avoir une fois été couverte de bleus en raison des coups que lui avait administrés son amant.

Par Alexandra Guillet le 05 janvier 2001 à 00:00
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