Le gouvernement salvadorien taxé de négligence

Par Christophe ABRIC , le 21 janvier 2001 à 07h00 , mis à jour le 20 janvier 2001 à 16h58

Au Salvador, beaucoup estiment que si l'Etat avait fait ce qu'il fallait, on aurait pu diminuer les effets du tremblement de terre qui a frappé le pays la semaine dernière.

[Expiré] [Expiré] Séisme Salvador : personnes cherchant sous les décombres © AFP

Une semaine après le séisme qui a fait 697 morts et quelque 2.000 disparus, le gouvernement salvadorien de Francisco Florès est confronté à une volée de critiques pour avoir négligé les risques de catastrophes naturelles dans un pays exposé aux ouragans et aux tremblements de terre.

Alors que la population rurale, la plus touchée par le séisme qui a détruit ou sérieusement

"le pays n'était absolument pas préparé à affronter une situation d'urgence et il se trouve dans l'incapacité de faire face aux dommages subis par la population"

endommagé plus de 140.000 habitations, a entamé un exode vers la capitale et les centres d'approvisionnement, éditorialistes et analystes ont dénoncé samedi les négligences de l'Etat. "L'absence d'un plan de prévention des désastres au niveau national, et plus spécialement dans les régions les plus vulnérables, est une aberration", dénonce l'hebdomadaire d'analyses conjoncturelles "Realidad nacional" de l'Université Centro-américaine de San Salvador. Malgré le séisme de 1986 (1.400 morts) ou encore le passage de l'ouragan Mitch il y a peine plus de deux ans, "le pays n'était absolument pas préparé à affronter une situation d'urgence et il se trouve dans l'incapacité de faire face aux dommages subis par la population", ajoute la revue indépendante.

Les outils avaient minimisé le tremblement de terre

"Le Salvador est secoué régulièrement par les tremblements de terre et personne dans le monde ne peut prendre en charge cette réalité à notre place", poursuit-il. Le gouvernement qui défend son bilan économique et maintient le plan de dollarisation lancé depuis le 1er janvier, rejette toute responsabilité dans l'étendue du désastre qui, selon les organismes de secours, a fait au moins 500.000 sans abris. "Il ne faut pas politiser ce drame qui frappe le pays", a déclaré vendredi le président Florès. Privé d'un institut fiable de mesures sismologiques -l'équipement obsolète du centre géotechnique salvadorien avait estimé le séisme à une magnitude de 5,2 sur l'échelle ouverte de Richter, des données immédiatement corrigées à 7,6 et 7,9 par les instituts français et américain-, le Salvador n'a jamais tenté non plus de maîtriser la déforestation excessive ou l'extension anarchique des zones urbaines. "La construction des habitations, des bâtiments publics, des routes, des aéroports, des stades, doit tenir compte des risques de catastrophe, en effectuant des études topographiques et géologiques précises. Les matériaux pour la construction doivent être adaptés à cette réalité et réglementés", ont réclamé les mouvements écologistes durant la semaine.

Corruption

"Les autorités veulent cacher les insuffisances de l'Etat et protéger les réseaux de corruption"

"Mais il revient à la justice d'établir les responsabilités de l'Etat et du secteur privé dans les dommages subis par la population. Les autorités évoquent le coup du sort, affirmant que le séisme n'a pas touché que les zones urbanisées. Elles veulent cacher en fait les insuffisances de l'Etat et protéger les réseaux de corruption", accusent encore les analystes de "realidad nacional". La tragédie du quartier de Las Colinas à Santa Tecla, où plus de 300 habitations d'un lotissement pour les classes sociales moyennes ont été ensevelies, est l'exemple le plus souvent évoqué par la presse nationale pour condamner l'absence de réglementation. Une semaine après le séisme, les secouristes continuaient samedi à dégager des cadavres impossibles à identifier de ces maisons englouties sous des dizaines de milliers de tonnes de terre.

"Nos prédécesseurs avaient bien tenté d'empêcher la construction de ce lotissement en raison des risques connus d'effondrements", se lamente le maire de la commune, Oscar Ortiz. "Mais la Cour suprême de justice avait décidé de valider le projet des promoteurs et en prime, de condamner la municipalité à une forte amende pour avoir retardé les travaux", s'exclame-t-il, jurant que cette fois "la justice devra aller au bout de ses investigations".

Par Christophe ABRIC le 21 janvier 2001 à 07:00
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