"Nous devons transformer nos bonnes relations personnelles en bonnes relations nationales." Yossi Sarid |
S'il y a une image à retenir de la semaine passée, sans doute est-ce celle de la connivence entre le ministre israélien des Affaires étrangères et le chef négociateur palestinien, samedi soir à l'hôtel Hilton de Taba. Souriants, visiblement optimistes, se cherchant l'un l'autre du regard pour chercher un appui, Shlomo Ben Ami et Ahmed Qoreï ont tenu, malgré l'interruption des pourparlers à la demande d'Ehud Barak, à réaffirmer qu'Israël et l'Autorité palestinienne n'ont "jamais été aussi proches d'un accord final". Seul obstacle à la conclusion tant attendue : le "calendrier politique", les élections générales en Israël se tenant le 6 février prochain. La paix devra attendre l'impulsion des électeurs israéliens, dans un sens ou dans l'autre."Etant donné les circonstances et le temps restreint, a ainsi déclaré à la presse Shlomo Ben Ami en se tournant vers Ahmed Qoreï, il s'est avéré impossible d'arriver à une entente sur toutes les questions en dépit des progrès substantiels enregistrés sur chacun des dossiers". Un autre membre de la délégation israélienne qui, pendant six jours, a "rapproché" sont point de vue de celui de la délégation palestinienne, dans le huis clos d'un hôtel de luxe dominant la mer Rouge, a parfaitement résumé le résultat des rencontres de Taba : "Nous devons transformer nos bonnes relations personnelles en bonnes relations nationales, a confié Yossi Sarid, chef du parti laïc de gauche Meretz. C'est le seul problème".
Beaucoup, mais presque rien
Mais il reste que cette semaine formellement infructueuse et diplomatiquement féconde, aussitôt dénoncée comme une "manœuvre électoraliste" par le Likoud, n'a rien donné. Une éventuelle rencontre à Stockholm entre Ehud Barak et Yasser Arafat a été repoussée, le Premier ministre israélien ne voulant prendre le risque d'un sommet pour rien, à une semaine des élections. Les deux parties se sont simplement engagés "à retourner à la normale et à une situation sécuritaire stable sur le terrain, en respectant les engagements pris". Il reste pourtant que, pendant que des responsables politiques palestiniens appellent tous les jours à la poursuite de l'Intifada et qu'Israël vit dans la hantise du terrorisme aveugle, des unités de Tsahal continuent d'infliger des sévices à des Palestiniens, comme des infirmiers du Croissant rouge, humiliés et menacés le 25 janvier dernier sur une route au nord de Ramallah.
L'élection de Sharon serait "une catastrophe", selon Yasser Arafat |
Tous, Israéliens et Palestiniens, se préparent à un départ des travaillistes du pouvoir à Jérusalem et à une arrivée — redoutée — d'Ariel Sharon aux commandes de l'Etat hébreu. "S'il veut continuer à négocier, nous sommes prêts", a fait savoir Ahmed Qoreï. Mais Yasser Arafat avait donné le ton, la semaine dernière en affirmant que l'élection de Sharon serait "une catastrophe", alors que les autres responsables palestiniens sont allés encore plus loin, le ministre de l'Information, Yasser Abed Rabbo, évoquant même un risque de "guerre". Et Ahmed Qoreï, non plus, n'a pas voulu paraître trop en demande, menaçant même Israël en cas de blocage de la part de la droite : si le Likoud n'était pas prêt à accepter les bases jetées à Taba, "nous avons nos propres moyens pour continuer notre lutte politique et diplomatique". Sous-entendant à son tour que l'avenir des pourparlers était désormais entre les mains des électeurs de l'Etat hébreu. Et confirmant enfin le théorème posé par Ehud Barak, soucieux de rassembler sous son emblème les partisans de la paix, les nombreux abstentionnistes et les Arabes israéliens : la paix avec moi ou l'affrontement avec la droite.