Kabila fils prend le pouvoir

Par Léonard VINCENT , le 18 janvier 2001 à 09h14 , mis à jour le 17 janvier 2001 à 09h38

Joseph Kabila, fils du président Laurent-Désiré, a pris la responsabilité du pouvoir en République démocratique du Congo. Officiellement, il n'est là que pour assurer l'intérim alors que Kinshasa continue de démentir les informations nombreuses et concordantes faisant état de la mort du président.

joseph kabila fils rdc république du congo armée © INTERNE

Visage d'enfant, uniforme strict et béret sur l'épaule, le général-major Joseph Kabila, fils fidèle du président Laurent-Désiré Kabila – dont on ne sait toujours pas s'il est mort ou grièvement blessé – a pris la responsabilité du pouvoir en République démocratique du Congo. Officiellement, il n'est là que pour assurer l'intérim, alors que les autorités à Kinshasa continuent de démentir les informations nombreuses et concordantes qui font état de la mort du chef charismatique de Kinshasa, tombeur de Mobutu.

Selon le ministre belge de Affaires étrangères, il aurait été "abattu par un de ses gardes du corps". Une information confirmée mercredi en début d'après-midi par le gouvernement zimbabwéen, qui a

 

POINT D'HISTOIRE

Propriété personnelle du roi des Belges Léopold II en 1885, puis colonie belge sous le nom de Congo en 1908. Après l'indépendance, en 1960, le pouvoir est partagé entre Joseph Kasavubu, président, et Patrice Lumumba, Premier ministre. Guerre civile au début des années soixante après la sécession de plusieurs provinces, dont celle du Katanga (sud-est). En 1961, Patrice Lumumba est assassiné, et en 1963, cette province revient au gouvernement central. En 1965, le général Mobutu Sese Seko accède au pouvoir à la suite d'un coup d'Etat contre Joseph Kasavubu. Il fait face à deux guerres du Shaba (ex-Katanga), en 1977 et 1978. Le multipartisme est instauré en 1990. Le 17 mai 1997, au lendemain du départ du maréchal Mobutu après 32 ans de règne, Laurent-Désiré Kabila s'est proclamé chef de l'Etat congolais, après huit mois d'une rébellion partie de l'est du pays. Il s'est attribué pratiquement tous les pouvoirs, exécutif, législatif et militaire. En août 2000, une Assemblée constituante et législative, Parlement de transition a été installée par le président Kabila à Lubumbashi (Katanga, sud-est). La guerre, commencée le 2 août 1998 par une rébellion de combattants tutsis, a aussitôt dégénéré en un conflit régional. Un accord de cessez-le feu, signé en juillet-août 1999 à Lusaka, n'est jamais entré en vigueur.

précisé que le président congolais est décédé dans l'avion qui le transportait d'urgence vers Harare pour y être soigné. Une information aussitôt démentie par le régime de Kinshasa : Kabila est toujours vivant bien que dans un état critique, assurait mercredi soir l'ambassadeur de la République démocratique du Congo au Zimbabwe.

Depuis plus de 24 heures, les rumeurs les plus contradictoires circulent sur le sort du despote rebelle, devenu chef de l'ex-Zaïre, après avoir fait tomber le régime du "léopard" Mobutu. Mardi soir, c'est après avoir limogé des généraux des Forces armées congolaises, et "en présence" de ceux-ci, qu'un garde du corps du président aurait tiré "deux balles" sur lui. Plusieurs sources ont ensuite annoncé que l'aide de camp de Kabila, Eddy Kapend, assurerait, l'intérim. Une information visiblement erronée…

Laurent-Désiré Kabila avait fondé son pouvoir sur l'idée d'unité nationale

Une première insurrection armée contre Kabila, en août 1998, avait dégénéré en guerre régionale. Le Rwanda et l'Ouganda intervenant parfois directement en territoire congolais, dans le Kivu. Se faisant parfois directement face, alors que les Forces armées congolaises s'efforçaient de "libérer" les zones diamantifères de "l'occupation étrangère". C'est en ce sens que Michel Rocard a déploré mercredi matin sur France 2 "le drame" qui se déroule en RDC, et que Kabila, tout dictateur qu'il fut, "avait réussi à créer une espèce de conscience nationale". Lui seul en effet, aux yeux de beaucoup de congolais, garantissait l'unité du pays contre l'avidité brutale de ses voisins, pillant à loisirs l'un des plus riches sols d'Afrique, sous couvert de rébellions disparates.

Aussitôt connue la pseudo-mort de Kabila — d'ailleurs en premier lieu annoncée par les services de renseignement ougandais —, les divers mouvements rebelles soutenus par l'Ouganda ont annoncé la fusion de leurs armées, le partage de leur direction et la création d'institutions homogènes. De son côté, les rebelles du RCD, lourdement aidés par le Rwanda du président Paul Kagamé, ont ostensiblement fait la fête, dans leur fief de Goma. Un porte-parole du mouvement a tout de même déploré "ce qui se passe à Kinshasa à ce stade".

En ville, en revanche, les civils attendent. "C'est triste pour le Congo, la guerre, la mort du président, les souffrances. Quand ça va s'arrêter ?", se demande Sephirin, jardinier, visiblement soucieux.

  • RD Congo : Kabila favori pour des élections "apaisées" ?

    32 millions de Congolais sont appelés aux urnes pour élire le futur président et 500 députés. Le président sortant Joseph Kabila est favori, alors que la Commission électorale a assuré que les élections seraient transparentes et apaisées, après des violences entre partisans de l'opposition et de la majorité.

    Publié le 28/11/2011 RD Congo : Kabila favori pour des élections "apaisées" ?
Plus d'infos
Par Léonard VINCENT le 18 janvier 2001 à 09:14
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience