Lâché par son pays et son armée, Estrada quitte le pouvoir

Par Léonard VINCENT , le 19 janvier 2001 à 13h02 , mis à jour le 19 janvier 2001 à 13h16

Après plusieurs mois de scandale, le président des Philippines a accepté de quitter le pouvoir, comme le lui réclamaient la rue et son armée. Il a proposé de convoquer des élections anticipées auxquelles il ne serait pas candidat. Mais l'opposition s'entête à exiger sa démission pure, simple et immédiate.

estrada philippines asie-proche-orient monde © INTERNE

Le président Estrada a perdu de sa superbe, lui, le va-t-en guerre lançant ses troupes contre les preneurs d'otages d'Abu Sayyaf, l'ancien acteur de série B devenu magistrat suprême des Philippines. Ereinté par une affaire de corruption, lâché vendredi par son ministre de la Défense et tous les chefs militaires, conspué par des dizaines de milliers de citoyens en plein cœur de Manille, il a solennellement annoncé qu'il souhaitait provoquer des élections anticipées pour le mois de mai, auxquelles il ne se présenterait pas. L'opposition a aussitôt réagi en refusant l'offre du président, exigeant sa démission immédiate, pure et simple. Ce qu'Estrada s'échine à refuser, pour l'instant.

Quoiqu'il arrive, c'est la fin de l'épisode Estrada, deux ans après une élection triomphale pour un mandat de six ans.

"Ce que je sais, c'est qu'il frappe les gens. Les hommes, les femmes. Il y a eu des incidents de ce genre dans le passé."

L'annonce du président a été faite "pour le bien du pays", estimait vendredi son conseiller politique, Lito Banayo. Les appels à la démission et l'interruption sine die du procès en destitution intenté contre lui par le Sénat ont eu raison de son obstination. Sans doute, les leviers du pouvoir vont-ils passer entre les mains de sa vice-présidente, Gloria Arroyo.

Rumeurs, retournements, accusations

Des sources aéroportuaires affirment que deux Airbus 340 sont en stand-by sur le tarmac d'un aéroport de Manille, prêts à emmener Estrada et sa famille à San Francisco. Des rumeurs d'une intervention militaire, répandues par des messages envoyés à partir de téléphones portables, très populaires aux Philippines, ont agité la capitale toute la journée de jeudi. Le président Estrada s'obstinait à nier les accusations selon lesquelles il aurait touché des millions de dollars des organisateurs de jeux illégaux et détourné de l'argent public. Aussi refusait-il de quitter le pouvoir en arguant qu'il le détenait en application de la Constitution.

En dépit de la tempête autour de lui, le chef de l'Etat campait sur ses positions, même s'il voyait non seulement sa popularité fondre comme neige au soleil, mais des proches se retourner contre lui. C'est ainsi que le président, connu pour ses nombreux succès féminins — il a publiquement reconnu avoir 8 enfants illégitimes —, a été accusé jeudi par une de ses anciennes maîtresses de l'avoir battue. Ex-vedette de cinéma et de la chanson, Nora Aunor a donné une conférence de presse à charge contre Estrada, qui a fait jeudi la couverture de tous les journaux. "Ce que je sais, c'est qu'il frappe les gens. Les hommes, les femmes. Il y a eu des incidents de ce genre dans le passé", a déclaré la vedette, qui a affirmé avoir une fois été couverte de bleus en raison des coups que lui avait administrés son amant.

Par Léonard VINCENT le 19 janvier 2001 à 13:02
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