''Les membres d’Avigolfe ne sont pas crédibles''

Par Franck LEFEBVRE , le 17 janvier 2001 à 19h15 , mis à jour le 17 janvier 2001 à 19h32

Bernard Cazeneuve, président de la mission parlementaire d'information sur la guerre du Golfe, juge irresponsable l’attitude d’Hervé Desplat ; selon lui, les arguments avancés mardi par le président d’Avigolfe sont sans fondement.

bernard cazeneuve © INTERNE

tf1.fr : Hervé Desplat, le président de l'association des victimes civiles et militaires de la Guerre du Golfe, a affiché aujourd’hui son refus de collaborer avec la mission parlementaire d'information que vous présidez. Que s’est-il passé exactement lors de son audition ?

Bernard Cazeneuve : Hervé Desplat s’est présenté devant nous. Il a indiqué qu’il ne répondrait à aucune question. Il a lu une déclaration extrêmement agressive à l’égard de la mission d’information parlementaire sur la guerre du Golfe, mettant en cause sa volonté de faire la lumière sur ce dossier – alors même que la mission mène ses auditions tambour battant, et qu’elle a fait procéder à la déclassification de nombreux documents – avant de repartir.

tf1.fr : Pourquoi une telle attitude, selon vous ?

Bernard Cazeneuve : L’association Avigolfe affirme depuis plusieurs semaines des choses définitives sur des sujets compliqués. Elle se trouvait aujourd’hui en situation de devoir apporter

"Il n'y a aucune
différence en terme
de pouvoir entre une
commission d'enquête
et une mission
d'information
parlementaire"
des explications et des preuves devant la mission d’information, ce qu’elle n’est visiblement pas en mesure de faire. Plutôt que d’affronter cette épreuve de vérité, elle a préféré fuir les débats.

tf1.fr : Quelle a été votre réaction ? Envisagez-vous des poursuites ?

Bernard Cazeneuve : J’ai fait une mise au point cet après-midi avec le président [de la commission de la Défense] Quilès pour indiquer que nous prenions acte de cette décision. A aucun moment nous n’avons envisagé de poursuite. Nous avions juste demandé à l’association de venir s’expliquer devant nous. Avant même de nous avoir répondu par écrit, elle a déclaré en assemblée générale qu’elle n’accepterait pas de venir devant la mission. Nous avons simplement envoyé par huissier une lettre lui demandant de bien vouloir venir répondre à nos questions, en lui expliquant quelles étaient les peines encourues normalement en cas de refus.

tf1.fr : Quelles ont été les revendications mises en avant par le président d’Avigolfe ?

Bernard Cazeneuve : Il a demandé la création d’une commission au sein du ministère de la Défense pour s’occuper des victimes, d’une commission d’enquête plutôt que d’une mission d’information parlementaire, et la création d’une comité d’experts totalement indépendant – considérant sans doute que celui mis en place ne l’est pas. Je vous ferais cependant remarquer que sur la totalité des experts, les militaires sont assez peu représentés. Par ailleurs, il n’y a aucune différence en terme de pouvoir entre une commission d’enquête et une mission d’information parlementaire, si ce n’est que devant une commission d’enquête, on prête serment ; mais une commission d’enquête n’a que six mois pour réaliser sa tâche, alors qu’une mission d’information dispose de tout le temps qui lui est nécessaire.

Quand on conduit des investigations sur un sujet aussi complexe, qui peut impliquer qu’on pousse le gouvernement dans ses retranchements dans le cadre du contrôle de l’exécutif, et qu’on effectue un certain nombre de déplacements à l’étranger, six mois, cela peut représenter un véritable carcan difficile à surmonter. Cette formule nous donne donc plus de temps pour aller plus loin. Mais nous avons eu beau expliquer cela aux membres d’Avigolfe, leur montrer le règlement de l’Assemblée nationale, ils ne l’ont toujours pas compris. Nous devons donc prendre acte que nous avons affaire à des interlocuteurs peu crédibles, qui ont peu de choses à dire, encore moins de les prouver, et qui ne sont pas en mesure d’assumer une confrontation avec des parlementaires qui travaillent de manière rigoureuse.

(Photo d'ouverture : Bernard Cazeneuve - AFP)

Par Franck LEFEBVRE le 17 janvier 2001 à 19:15
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