La paix selon Sharon

Par Léonard VINCENT , le 10 janvier 2001 à 00h00

Dans une spectaculaire interview à un hebdomadaire religieux, le chef de la droite israélienne Ariel Sharon expose sa conception de l’avenir des relations israélo-palestiniennes : une vision belliqueuse et ferme, célébrant l’arrêt de mort des accords d’Oslo.

La paix selon Sharon © INTERNE


Rabin, Peres et Arafat :
Un Nobel pour Oslo - DR
"Les accords d'Oslo sont morts. Point". Ainsi s'exprime l'homme qui "sait comment faire la paix", alias Ariel Sharon, candidat du Likoud au poste de Premier ministre au scrutin du 6 février prochain en Israël. C'est une interview retentissante que va faire paraître l'hebdomadaire religieux Kfar Habad, dans laquelle le chef de file de la droite israélienne enterre le processus de paix amorcé en 1993 par Shimon Peres, privilégiant à mots à peine voilés le bras de fer belliqueux avec les Palestiniens.

"L'idée de base de ces accords était que tous les litiges devaient être réglés à la table des négociations, précise Ariel Sharon, et non par la violence. Dès lors qu'il y a violence, cela signifie très clairement que les accords d'Oslo n'existent plus". Il convient toutefois de rappeler que le leader de la droite israélienne avait mis le feu à la poudrière, lorsque le 28 septembre dernier il avait visité, avec une lourde escorte policière, l'Esplanade des Mosquées de Jérusalem, troisième lieu saint de l'Islam et emplacement antique du Temple Juif, détruit par les Romains. Sharon fait ainsi un pas de plus qu'Ehud Barak, pour qui la cessation de l'Intafada est un préalable pour reprendre langue avec Yasser Arafat : pour Sharon, il s'agit purement et simplement de la fin du mécanisme diplomatique de règlement du conflit. "Point".

Les colonies juives ne seront pas évacuées

A l'en croire, le dossier des 150 colonies juives implantées en territoire palestinien n'avancera pas non plus sous son règne, si règne il y a. "Aucune implantation ne sera démantelée, assène-t-il, car toutes les implantations se trouvent dans des zones de sécurité qui doivent être contrôlées par Israël, et cela comprend la vallée du Jourdain", située à l'est de la Cisjordanie. Ariel Sharon se garde bien d'expliquer en quoi ces zones "doivent être contrôlées par Israël", insistant sur une conception quasi-ethnique de la répartition géopolitique du Proche-Orient. N'affirme-t-il pas que l'Etat hébreu n'allait pas "reconquérir les secteurs où la population arabe est majoritaire", réaffirmant le droit des Juifs à "s'y rendre pour prier sans entrave", lesquels secteurs représentent "45% de la Cisjordanie" ?


Tsahal fait face à une insur-
rection permanente - DR
Seules parmi les "concessions douloureuses" auxquelles il s'était dit prêt le mois dernier pour rétablir la paix, Sharon précise que cela signifiait "que nous (Israël) n'allons pas reconquérir Naplouse et Jéricho. Pour moi, réitère-t-il, il s'agit de concessions douloureuses, car ces lieux sont chers au peuple juif et je ne connais pas un peuple au monde qui soit prêt à renoncer à ses intérêts historiques et nationaux, à moins d'être vaincu dans la guerre. Or, nous avons gagné toutes nos guerres". Sans doute le chef du Likoud, en avance de 20 points dans les derniers sondages par rapport au travailliste Ehud Barak, n'a-t-il pas oublié que les Palestiniens sont en droit de raisonner à l'identique.

La loi du plus fort pourrait se renverser

Selon des analystes militaires, la disproportion des forces armées sur le terrain — guerilla urbaine et terrorisme aveugle contre unités militaires — ne fait pas forcément pencher la balance du côté israélien. Selon le dernier hors-série du magazine Raids, il est possible que "les foules palestiniennes marchent contre les chars de Tsahal ou envahissent pacifiquement avec femmes et enfants les colonies", ce qui pourrait bien faire basculer l'opinion et les organisations internationales du côté palestinien. Et, à l'instar de la puissante armée française en Algérie ou l'armada russe en Tchétchénie, voir le plus fort des deux belligérants perdre la guerre.

Photo de une : Philippe Desmazes (AFP)

Par Léonard VINCENT le 10 janvier 2001 à 00:00
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