Pinochet, narcotrafiquant et réfractaire

Par Léonard VINCENT , le 09 janvier 2001 à 00h00

Alors que le juge Guzman a convoqué, lundi prochain, l’ancien dictateur Augusto Pinochet pour un premier interrogatoire, la rédaction du site de TF1 vous propose de revenir sur un autre aspect cocasse de la carrière du caudillo : le trafic de cocaïne. L’hebdomadaire britannique The Observer publiait en effet le mois dernier une enquête sur un réseau de financement de l’armée et de la police ...

Pinochet, narcotrafiquant et réfractaire © INTERNE


Des Chiliens cherchent à
le faire juger - DR
Rien n'aura fait dévier la justice chilienne pour que l'ancien tyran chilien Augusto Pinochet réponde, devant son juge, des crimes dont il est accusé. La Cour suprême du Chili a ainsi ratifié vendredi la décision du juge Guzman de soumettre le général en retraite à des examens médicaux et de le convoquer à un interrogatoire, ce mardi. Une décision entérinée lundi par la Cour d'appel de Santiago, mais repoussée à lundi prochain, semble-t-il après un accord à l'amiable entre le juge et les avocats du caudillo. L'ancien putschiste ayant refusé de se rendre à l'hôpital militaire ce week-end, il n'est reste pas moins tenu de se présenter devant Juan Guzman Tapia, conformément au Code de procédure pénale. Ajoutons que son article 255 prévoit rien moins que la mise en détention "lorsque l'enquête sur un délit exige la comparution d'une personne pour fournir une information ou une déclaration et que cette personne refuse de comparaître".

Un général "simple et patriote" au compte en banque débordant

Mais aux accusations graves de, entre autres, tortures, mauvais traitements, exécutions sommaires, persécutions, détention arbitraire, s'ajoute depuis le mois de décembre une autre, autrement plus cocasse : trafic de drogue. L'hebdomadaire britannique The Observer révélait en effet, dans son édition du 10 décembre, que l'armée et la police secrète chilienne se sont en effet enrichies pendant vingt ans grâce à des livraisons clandestines massives de cocaïne, vers l'Europe et les Etats-Unis. Un habile montage élaboré par un ancien US Marine, reconverti dans les missions troubles de la CIA en Amérique du sud, dont une partie des bénéfices aurait ainsi pu atterrir sur le compte de la Riggs Bank de Washington DC, ouvert au nom de M. Pinochet et de son épouse, Lucia. Un compte sur lequel Pinochet n'a pas jugé utile de faire de commentaires et qui, selon The Observer, présentait le 1er mars 1997, un solde créditeur de 1.169.308 dollars, pour un salaire de 16.000 dollars par mois. Un beau bas de laine pour celui qui aimait à se dire simple, austère, bon chrétien et spartiate.


Les disparus de la
dictature - DR
L'enquête de The Observer faisait suite à la publication de "La fine ligne blanche", un livre de Rodrigo de Castro et Juan Gasparini, un ancien haut fonctionnaire international et un journaliste argentin. Selon les informations obtenues, des stocks de cocaïne voyageaient jusqu'en Espagne dans des appareils officiels, également chargés d'armes de fabrication chilienne à destination de l'Iran et de l'Irak en guerre. La distribution des stocks de drogue étaient ensuite prise en charge par la DINA, les services secrets chiliens, attachés aux ambassades à Stockholm et Madrid. Le réseau aurait été mis en place et animé par un ancien militaire américain nommé Frankell Ivan Barambyka, aujourd'hui emprisonné en Californie pour "trafic de stupéfiants". Celui-ci a révélé que, employé par la CIA au début des années 80, il faisait partie de la "Pinochet connection", laquelle servait aussi à financer les "Contras" anti-révolutionnaires du Nicaragua, chers au président américain de l'époque, Ronald Reagan.

Au Chili, pas une feuille ne bouge sans son ordre

Si la justice chilienne parvenait à mettre l'ancien général félon en résidence surveillée, on pourrait dire que ce serait le moins que l'on puisse faire, alors que de telles accusations pèsent sur un homme. Pourtant, l'armée chilienne n'a cessé de menacer et de protester contre le "harcèlement" dont le vieil homme serait victime. Dans un pays où le seul militaire qui avait juré, main sur le cœur, fidélité au président socialiste Salvador Allende, quelque jours avant le putsch de septembre 1973, s'appelait précisément Augusto Pinochet, on est en droit de craindre une réaction brutale des forces armées. Et, s'il faut prendre celui-ci au mot, rappelons qu'il avait déclaré en octobre 1981 : "Pas une feuille ne bouge au Chili sans que j'aie ordonné qu'elle bouge — que ce soit clair".

Par Léonard VINCENT le 09 janvier 2001 à 00:00
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