Proche-Orient : la paix suspendue aux cadavres de deux civils israéliens

Par Léonard VINCENT , le 23 janvier 2001 à 19h34 , mis à jour le 23 janvier 2001 à 19h56

Alors qu'on apprenait mardi soir que deux civils israéliens ont été retrouvés assassinés, mardi, en territoire palestinien, le Premier ministre Ehud Barak a décidé de suspendre les pourparlers qui ont lieu en Egypte jusqu'à nouvel ordre. Le point de passage de Rafah, entre la bande de Gaza et l'Egypte, a été fermé.

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Ehud Barak a rappelé sa délégation pour consultations et a suspendu les discussions jusqu'à nouvel ordre.

Les cadavres de deux civils israéliens ont été trouvés mardi, près de la localité de Bala, au nord-est de la ville autonome de Tulkarem, en Cisjordanie. Alors que, dans un premier temps, le gouverneur de la ville avait affirmé qu'il s'agissait de deux soldats de Tsahal qui s'étaient illégalement aventurés en zone A, contrôlée par l'Autorité palestinienne, on apprenait en fin de journée qu'il s'agissait de deux restaurateurs juifs. Moins d'une heure plus tard, la télévision israélienne annonçait ce que tout le monde redoutait : les négociations de paix de Taba sont suspendues au moins jusqu'aux funérailles des deux victimes de Tulkarem. Ehud Barak a rappelé sa délégation pour consultations et a suspendu les discussions jusqu'à nouvel ordre. Il a également reporté jusqu'à ce soir une réunion interministérielle prévue cet après-midi sur une éventuelle reprise des pourparlers de Taba. Autre signe de raidissement : un responsable égyptien des autorités frontalières a annoncé aujourd'hui que le point de passage de Rafah, entre la bande de Gaza et l'Egypte, avait été fermé vers 13H00 locales (soit 12H00, heure française).

Eprouvantes négociations à Taba

Ce nouveau drame montre une fois de plus à quel point le processus de paix reste otage de la violence. "Nous ne laisserons pas de misérables assassins saboter notre processus de paix", s'indignait mardi soir le ministre israélien de la Justice, Yossi Beilin, peu avant de repartir pour Israël. Le matin même, pourtant, Israéliens et Palestiniens s'efforçaient encore, en deux groupes séparés, de mener à bien des sessions de pourparlers marathons, dans un hôtel de luxe isolé, au sommet d'un pic rocheux de la côte est de l'Egypte. La deuxième soirée s'était déroulée de manière plutôt positive, la délégation israélienne ayant invité leurs homologues palestinien à dîner dans la ville d'Eilat, sur la mer Rouge. "Nous allons poursuivre les négociations jusqu'à vendredi pour explorer les possibilités de parvenir à un accord", avait pour sa part déclaré le chef de la délégation de Yasser Arafat, Ahmed Qoreï. "Les négociations sont sérieuses, avait de son côté déclaré le ministre israélien des Transports, Amnon Lipkin-Shahak, mais il n'y a eu aucune percée et aucun accord n'est intervenu sur aucun des sujets traités. Les divergences subsistent aussi bien sur les questions territoriales que sur les arrangements de sécurité et les autres sujets".

"Il faut trouver un moyen pour que la gestion effective de la vie à Jérusalem soit faite en commun." Ehud Barak

La question des lieux saints de Jérusalem et celle des réfugiés constituent les principales pierres d'achoppement. Dans la journée de mardi, le Premier ministre Ehud Barak s'est, de son côté, clairement exprimé sur son refus d'accorder une souveraineté palestinienne sur la Ville Sainte, afin de parvenir à une "gestion effective (...) en commun" avec les Palestiniens. "Pour qu'il n'y ait pas une ville morcelée et partagée et qu'il y ait une liberté d'accès pour tous — il y a là des lieux saints pour les trois religions — il faut trouver un moyen pour que la gestion effective de la vie quotidienne à Jérusalem soit faite en commun dans la Vieille ville", avait déclaré M. Barak, sans fournir plus de détails.

La violence enraye les négociations

Ces déclarations avaient déjà semé le trouble chez les responsables palestiniens, qui exhortaient aussitôt le Premier ministre israélien à ne pas envenimer les choses. Venant s'ajouter au pessimisme du négociateur palestinien Saëb Erakat, lequel pensait qu'un accord ne pouvait être trouvé dans les 10 jours, le double meurtre de Tulkarem est une nouvelle épreuve que devront surmonter les deux parties, si elles tiennent à un accord de paix.

Par Léonard VINCENT le 23 janvier 2001 à 19:34
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