Que sont-ils allés faire en Angola ?

Par Léonard VINCENT , le 05 janvier 2001 à 00h00

L’affaire Falcone, un trafic d’armes présumé entre la France et l’Angola, secoue la classe politico-financière : au cœur de ce nouveau scandale se trouve un pays en guerre depuis plus de 35 ans, qui pourrait être l’un des plus riches d’Afrique. Le mirage du pétrole et des diamants a fait prospérer les trafics en tous genres et les appétits les plus aveugles.

Que sont-ils allés faire en Angola ? © INTERNE

Au cœur du XVè siècle, les Portugais sont les maîtres des mers au sud de l'Equateur. Les missions d'exploration sont entraînées dans le sillage des flottes lisboètes. Le roi Joao II envoie en 1482 le navigateur Diogo Cao trouver la jonction entre les océans Atlantique et Indien. Longeant les côtes de l'Afrique de l'ouest, l'escadre portugaise explore et baptise l'embouchure du fleuve Zaïre. Avant, un an plus tard, d'aborder au Cap du Loup, Luanda, capitale de l'actuelle Angola.


Le président angolais, J.E.
Dos Santos - AFP
La colonisation sera progressive. Des évêques noirs étant peu à peu ordonnés sur place, des missions assurant les bons offices de la papauté en "pays sauvage", la chair humaine et l'ivoire prédominant dans les registres des commerçants portugais. Ce n'est qu'en 1900 que Lisbonne étend ses prises territoriales avec une violence inouïe. La main est mise sur les ressources agricoles et les matières premières. Lorsque le tyran Salazar prend le pouvoir sur les rives du Tage dans les années trente, la crise mondiale l'autorise à absorber dans les colonies portugaises les ressources qui manquent en Europe. De nombreux colons s'installent en Angola et des nombreux métis naissent, qui n'occuperont pourtant que des emplois subalternes dans l'administration.

Une guerre coloniale et une guerre civile sans fin

La contestation anti-coloniale naît au début des années 60, sous la bannière de la revendication d'une souveraineté totale de la colonie. Peu à peu, les multiples mouvements indépendantistes parviennent à se structurer et trois grands pôles émergent : le MPLA (Mouvement populaire de libération de l'Angola) d'obédience marxiste, au recrutement non tribal, l'UNITA (Union nationale pour l'indépendance totale de l'Angola) de l'étrange maoïsto-luthérien Jonas Savimbi et le FNLA (Front national de l'indépendance de l'Angola). C'est à ces trois guérillas que s'affronte l'armée portugaise salazariste, jusqu'à ce que la Révolution des œillets en 1974 destitue le docteur fascisant de Lisbonne et ramène la démocratie au Portugal. Et l'indépendance en Angola.


Jonas Savimbi - AFP
Pourtant, pendant près de vingt ans, la guerre fait rage. Le MPLA, épaulé par des troupes cubaines et l'URSS, prend le pouvoir malgré les accords de paix et l'UNITA se retranche, avec le soutien de l'Afrique du sud, dans l'est du pays. Et le FNLA, échouant à prendre la capitale, mène des combats dans le nord. La guerre civile fait ainsi rage jusqu'en 1991, où le FNLA disparaît des zones de guerre, laissant Jonas Savimbi et le gouvernement marxiste de Luanda face à face. Depuis, malgré des accords de paix chaque fois violés et des tentatives de processus électoraux avortés, la mort règne toujours en Angola, sous la bannière des deux partis.

Pétrole et diamants, fonds de commerce des belligérants

Bien entendu, les ressources naturelles du pays sont largement exploitées par les belligérants. Au gouvernement du MPLA, le pétrole. A l'UNITA, les diamants. La guerre coûte cher, il faut mettre à jour son armement et le cadre des accords de l'ONU est contraignant pour les deux parties, en ce qui concerne l'achat d'armes. Les zones diamantifères de l'UNITA, dont le leader ambigü sera même reçu par Ronald Reagan, sont au huitième rang mondial en terme de production. Et c'est dans ce contexte que les compagnies pétrolières comme Elf Aquitaine, Agip ou Chevron se partagent un marché d'un peu moins d'un million de barils par jour. Et que quelques milliardaires africains, apparatchik léninistes reconvertis en fine fleur de l'ultra-capitalisme, pérorent dans une ville où la majorité des citoyens vont chercher de l'eau avec un sceau, faute d'alimentation collective.

Par Léonard VINCENT le 05 janvier 2001 à 00:00
Envoyer cette page à un ami
Les champs marqués par une étoile * sont obligatoires.
Les derniers articles Monde
  

Commentaires

Afficher : Les plus récents | Les plus appréciés

      logAudience