Un témoin oculaire raconte l'assassinat du président congolais Laurent-Désiré Kabila

Par Léonard VINCENT , le 22 janvier 2001 à 09h42 , mis à jour le 22 janvier 2001 à 10h00

Dans un entretien avec l'hebdomadaire britannique The Independent, le conseiller économique de Laurent-Désiré Kabila a raconté minute par minute le meurtre du président de la République démocratique du Congo. Il confirme qu'un jeune garde du corps du chef de l'Etat a tiré plusieurs balles à bout portant, avant d'être abattu par les forces de sécurité présidentielles.

kabila1 rdcongo afrique monde © INTERNE

Le meurtrier n'a éveillé aucun soupçon, lorsqu'il est entré dans le bureau du Palais de Marbre

"Le président était habillé d'un costume safari vert à manches courtes comme d'habitude". Ainsi pourrait débuter le récit d'un épisode de l'histoire de l'ex-Zaïre, qui suscite encore autant d'interrogations que de rumeurs, moins d'une semaine après avoir eu lieu. Le conseiller économique de Laurent-Désiré Kabila, Emile Mota, a raconté au correspondant à Kinshasa de l'hebdomadaire britannique The Independent l'assassinat, mardi dernier, du président de la République démocratique du Congo. L'homme était présent dans le bureau présidentiel, lorsque son leader a été tué par un de ses gardes du corps.

Identifié par la presse locale et le gouvernement comme étant Rashidi Kasereka, âge de 25 ou 26 ans, le meurtrier n'a éveillé aucun soupçon, lorsqu'il est entré dans le bureau du Palais de Marbre. "D'ordinaire, il glissait à l'oreille du président le nom du prochain visiteur", raconte M. Mota. "Il était 13 heures 45 et nous terminions nos travaux du matin", continue le seul témoin oculaire du meurtre. Le président Kabila venait de recevoir le chargé d'affaires nord-coréen, venu l'informer de l'arrivée d'un bateau chargé de nourriture, cadeau de son pays à la RDC en guerre. Les diplomates coréens ont quitté le palais présidentiel "aux alentours de 12 heures 30", laissant le chef de l'Etat et le conseiller seuls, discutant du sommet franco-africain de Yaoundé qui s'ouvrait le lendemain.

"Nous avons établi une liste de 27 personnes qui devaient s'y rendre", Laurent-Désiré Kabila s'étant dit résolu à favoriser la paix au Burundi voisin, impatient de rencontrer Jacques Chirac et Kofi Annan et ses confrères africains. Il était également question de fixer les modalités de la construction d'un ligne de TGV Kinshasa-Lumumbashi, d'ici 2003.

Deux balles dans le cou à bout portant

"Le président était assis sur un fauteuil à accoudoir près de la porte et j'étais moi-même sur un canapé, devant une longue table basse. Le garde du corps est entré. Plutôt que de murmurer à l'oreille de Kabila, il a rapidement tiré son revolver de son holster et a tiré sur lui, dans le côté gauche du cou, à bout portant. Le président est tombé en arrière. En s'échappant vers la porte, le tueur a tiré deux nouvelles balles dans l'estomac de Kabila. L'une d'elles l'a traversé de part en part et l'autre est venue se loger dans le canapé où j'étais assis".

"Plutôt que de murmurer à l'oreille de Kabila, il a rapidement tiré son revolver de son holster et a tiré sur lui".

"Le garde du corps s'est enfui en courant, continue Emila Mota, et je l'ai suivi en appelant à l'aide. Il a bien vite été blessé au pied ou à la jambe, avant d'être abattu, non sans avoir encore tiré deux balles de son revolver". Revenu dans le bureau présidentiel où le chef de l'Etat était inconscient, Emile Mota s'est efforcé d'aider les médecins à transporter Kabila à l'hôpital, où, dit-on, il est décédé quelques heures plus tard.

Le témoin nie que plusieurs généraux aient été limogés le jour même, motif peu vraisemblable selon lui, pour un acte aussi radical. De fait, un groupe de "jeunes résistants" du Conseil national pour la résistance et la démocratie a revendiqué l'assassinat, dimanche. Dirigé par l'un des fondateurs du mouvement rebelle ayant marché sur Kinshasa pour renverser le tyran Mobutu Sese Seko en mai 1997, portant le turbulent Kabila au pouvoir à la surprise générale, le CNRD entendait mettre fin à la carrière d'un "monstre sanguinaire". Kisase Ngandu, un de ses frères d'armes, avait mystérieusement disparu avant d'arriver à Kinshasa. Avant que son fantôme ne revienne guider le bras armé d'un jeune homme, qui a troué de plusieurs balles le président de la République.

Par Léonard VINCENT le 22 janvier 2001 à 09:42
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1 Commentaires

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  • Scipion, le 26/05/2009 à 19h49

    Je suis étonné que vous vous posiez encore la question, sur l'assassinat de Kabila, c'est ceux-la même qui l'ont mit au pouvoir et supporté qui ont commandités sa mort, et qui ont bien sur tenté de manipuler Jo.Kabila, Pour trouver les acteurs, il suffit de voir qui est dans le girond de Jo, et avec qui celui-ci préfère avoir des échanges. C'est inutile d'aller chercher Scherlock Holmes.

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