© INTERNE"Face à l'agriculture industrielle, aux OGM et à la 'vache folle' : les limites du bio"
Cette semaine en couverture de COURRIER INTERNATIONAL
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Comme rien n’est jamais simple à Moscou, on sera tenté de répondre: ni l’un ni l’autre. Pour démêler les nombreux fils, retraçons cette histoire depuis l’éclatement du bloc eltsinien, après l’élection présidentielle de1996. A partir de ce moment, les différentes factions d’inspiration libérale — débarrassées, croient-elles, de la perspective d’un retour des communistes de Guennadi Ziouganov — se mettent au service de centres de pouvoir rivaux, chacun d’entre eux étant relié à un climat d’affaiblissement définitif du pouvoir d’Etat, en particulier de celui du Premier ministre Viktor Tchernomyrdine, au profit d’un noyau d'"oligarques" financiers dont les plus puissants sont Boris Berezovski, le nouveau patron des télécoms privatisées, Vladimir Potanine, et leur homme lige, le brillant architecte des privatisations, Anatoli Tchoubaïs. En Russie, un desserrement de l’Etat ne se fait jamais dans une seule dimension: les gouverneurs de province, à leur tour, s’affranchissent des derniers contrôles du "Centre". Leurs intérêts ne sont pas les mêmes que ceux des oligarques, pas plus que leurs origines sociales d’ailleurs. Etonnamment, nous retrouvons une polarité majeure de l’ère brejnévienne, entre les grands ministres verticaux d’autrefois (sidérurgie, pétrole, industries de la défense) et les pouvoirs horizontaux des secrétaires du Parti des grandes régions (Donbass, Oural, Leningrad). Et, comme hier les technocrates soviétiques, les oligarques aujourd’hui sont plutôt réformateurs et tournés vers l’Occident moderne; les secrétaires du Parti, transformés en gouverneurs, sont des conservateurs viscéraux tentés par l’autarcie.
Goussinski n’est autre que le président courageux de la communauté juive reconstituée et le défenseur, par son groupe de presse Media-Most, d’une certaine liberté nouvelle en Russie |
En face, le camp Eltsine, tenu à bout de bras par Boris Berezovski, autre flamboyant oligarque juif, s’embarque tout d’abord dans une opération de rajeunissement avec la promotion-éclair d’un tout jeune Premier ministre, Sergueï Kirienko, puis, après la dévaluation de l’automne1998, dans une bataille défensive désespérée. Primakov, devenu Premier ministre dans ces conditions, hésite: il ne peut faire destituer Eltsine tout de suite et préfère laisser passer l’hiver1999 — que tout le monde prévoit difficile — pour se retrouver seul aux commandes au moment le plus compliqué. Mais il prépare déjà l’acte d’accusation, avec l’aide du procureur général de Russie, Iouri Skouratov, et une nuée de petits agents du renseignement extérieur aux Etats-Unis. Très vite, on retrouve une entreprise "intéressante" pour l’accusation: la Mabetex de l’industriel ex-yougoslave Bexhet Pacolli, devenu suisse entre-temps. L’entreprise bien connue du secrétaire général du Kremlin, Pavel Borodine, a participé (comme 50autres!) à la rénovation des bâtiments et, bien sûr, a arrosé la famille Eltsine (sans méchanceté excessive: une simple carte de crédit utilisée par la fille du président). Mais pourquoi braquer ainsi le projecteur ? Parce que la Mabetex soutient la cause albanaise, Pacolli étant natif du Kosovo et sympathisant d’Ibrahim Rugova (chef de la Ligue démocratique du Kosovo). De même, le "grand scandale" de la circulation des fonds de la Banque centrale à l’Ouest, à travers la New York Bank, n’a pas abouti, comme le révélera l’enquête du Fonds monétaire international (FMI), à un détournement des aides internationales, mais, simplement, à des spéculations hasardeuses. Mais tout cela faisait partie d’un réquisitoire anti-Eltsine qui aurait dû survenir en pleine crise du Kosovo et durant des manifestations patriotiques de solidarité avec le "peuple serbe frère". L’inculpation de Borodine aujourd’hui par de sots procureurs suisses, manipulés comme l’était Carla Del Ponte (actuellement procureur du Tribunal pénal international) par le clan Primakov, est donc le premier coup de pied de l’opposition à Poutine et elle embarrasse le président, qui, ennemi juré de Loujkov, fut recruté au Kremlin par le même Borodine, après l’effondrement de la municipalité libérale de Sobtchak à Pétersbourg.
Assiste-t-on pour autant, à travers cette lutte politique complexe, à un début d’assainissement: sans conteste, oui. |
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