Uranium appauvri : le débat empoisonné

Par , le 17 janvier 2001 à 19h25 , mis à jour le 29 mai 2010 à 10h11

En pleine controverse sur l'utilisation des armes à l'uranium appauvri, Hervé Desplat, président d'Avigolfe, a refusé de collaborer avec la mission parlementaire chargée de ce dossier. Les députés européens réclament un moratoire sur l'utilisation de ces armes.

char brule desert storm syndrome golfe © INTERNE

 

Hervé Desplat est ancien caporal. Il a participé à l’intervention française contre l’Irak lors de la guerre du Golfe. Et depuis son retour, ses ennuis de santé se multiplient. Atteint de tuberculose et d'insuffisance respiratoire, conséquences directes, selon lui, de son passage sur le champ de bataille de l’opération "Tempête du Désert", il a réclamé une pension d'invalidité. L’ex-caporal est allé plus loin. Avec la journaliste Christine Abdelkrim-Delanne, il a fondé l'association des victimes civiles et militaires de la Guerre du Golfe, qui milite pour que le "syndrome du Golfe" soit reconnu et ses victimes indemnisées.

Faut-il un moratoire sur les armes à l'uranium appauvri ?

Aujourd’hui, au-delà des conséquences de la guerre du Golfe, Avigolfe milite pour la reconnaissance des effets de l’uranium appauvri sur les soldats ayant été engagés en Irak comme au Kosovo. Officiellement, les éléments d'information dont disposent les forces de l'Otan ne révèlent actuellement aucun lien de cause à effet entre les munitions à uranium appauvri utilisées en ex-Yougoslavie et l'apparition de cancers, ni même aucune maladie spécifique pouvant justifier à l'appellation de syndrome des Balkans. Ce qui n’a pas empêché les députés européens, à la suite du gouvernement italien, de demander à l'OTAN un moratoire sur les armes à l'uranium appauvri. Le Parlement a également souhaité "la mise en place d'un groupe de travail

"Une mission
mise en place
dans la précipitation
pour éviter
un vrai débat"

médical européen indépendant", afin que soient évalués les effets directs et indirects des bombardements aux armes à l'uranium appauvri sur les populations civiles et l'environnement.

L’heure est donc à la méfiance vis-à-vis des armes à l’uranium appauvri. Et, le 16 janvier dernier, Hervé Desplat avait une occasion unique de plaider sa cause devant la mission parlementaire d’information sur le syndrome du Golfe ; pourtant, il a choisi la voie de la confrontation. Lorsqu’il s’est présenté à l’Assemblée, devant les membres de la mission, le président de l'association Avigolfe a annoncé d’emblée son refus de répondre à la moindre question. Après avoir lu une déclaration très critique pour la mission qui, a-t-il notamment affirmé, "a été mise en place dans la précipitation pour éviter un vrai débat", Hervé Desplat a quitté la salle de l'Assemblée nationale où se déroulait la session devant laquelle il avait été convoqué.

"Des invectives à la place de la recherche de la vérité"

La raison de cette véritable fin de non-recevoir aux questions de la mission parlementaire : le "mépris" manifesté, selon Hervé Desplat, vis-à-vis d’Avigolfe ; les moyens trop limités accordés à la mission, dont il réclame le remplacement par une commission d’enquête ; les pressions dont il affirme avoir été victime, avec les autres membres de son association.

Une déclaration qui ne pouvait que susciter l’indignation des membres de la mission parlementaire. Bernard Cazeneuve, son président, a immédiatement protesté contre la teneur "indigne" de la déclaration d’Hervé Desplat. L'ensemble des membres de la mission - où majorité et opposition sont représentées - a très vivement critiqué le refus du président d'Avigolfe d'être auditionné. Michèle Rivasi, co-rapporteur de la mission, a rappelé le rôle que des députés comme elle avaient joué dans la création d'Avigolfe, pour déplorer que l'association ait choisi "des invectives à la place de la recherche de la vérité". Et la députée de la Drôme, connue pour ses prises de positions en faveur de la défense de l'écologie, de déplorer : "nous avions soif d'écouter Avigolfe, je ne trouve pas responsable ce qui s'est passé".

Par Franck Lefebvre-Billiez le 17 janvier 2001 à 19:25
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