© INTERNE"Dehors, assassins de l'OTAN !", "Nous voulons la vérité" et "Dehors Carla !". |
Le TPI, l'OTAN et l'ONU ne sont pas aimés en Serbie. Les Nations unies seraient coupables d'avoir maintenu des sanctions injustes contre le peuple serbe, l'OTAN a lâché deux mois durant des bombes sur les civils, et le tribunal de La Haye est ce "monstre politique" dénoncé par le nouveau président, ces trois institutions étant unanimement sous la coupe de Washington. En se rendant à Belgrade, Carla Del Ponte savait qu'elle allait avancer en terrain hostile. Mais sa fonction l'obligeait à réclamer de la Yougoslavie, signataire de traités internationaux et membre de l'ONU, qu'elle respecte ses engagements. Et qu'elle "transfère" Slobodan Milosevic et sa garde rapprochée, inculpés par le TPI, vers les Pays-Bas, pour qu'ils rencontrent leurs juges dans l'enceinte d'une cour. Elle l'a répété avant de quitter la Yougoslavie, jeudi, réaffirmant une énième fois que l'ancien président "devra venir à la Haye pour y être jugé" pour les crimes traités par le TPI — crime de guerre, crime contre l'humanité, génocide. Il lui sera toutefois "possible" d'être jugé "à Belgrade" pour "d'autres crimes". Laconique.
Un procès peut-être, mais pas à l'étranger
Vojislav Kostunica et son gouvernement ne sont pas opposés, sur le principe, à ce que l'ancien maître de Belgrade passe sur la balance de la justice. Un procès, oui, mais par des Serbes, en Serbie. A l'issue de sa première rencontre avec le procureur de l'ONU, le ministre des Affaires étrangères yougoslave a déclaré avoir "dit que la position officielle du gouvernement est que les procès doivent avoir lieu sur le territoire de notre pays". "Notre peuple doit avoir confiance dans des gens responsables pour faire passer la justice", s'est-il justifié, avant d'appeler de ses vœux une "commission de la vérité", chargée d'aider l'opinion nationale à faire face à son passé. La crainte du nouveau régime est double : le refus de faire peser la responsabilité de quelques uns sur l'ensemble des Serbes et la coopération avec un "instrument" de la politique américaine.
"Si la question de La Haye devait à nouveau nous placer devant le choix entre le désert et l'Europe, je choisirai l'Europe." |
Mais, alors que la Yougoslavie vient d'obtenir le statut d'invité spécial auprès du Conseil de l'Europe, le secrétaire général de l'organisation de Strasbourg a conditionné mercredi l'adhésion de Belgrade à l'arrestation "immédiate" de Milosevic et ses "complices" et leur livraison au TPI. Peut-être le fin mot de l'histoire reviendra-t-il à Zoran Djindjic, qui sera officiellement nommé jeudi Premier ministre fédéral. Ce leader historique de l'opposition, tout en mettant en cause l'accusation de La Haye, — "ramassis de spéculations, de coupures de journaux et d'une série de ouï-dire" —, est lui aussi a priori favorable à la tenue d'un procès en Yougoslavie. Et il s'est également prononcé mercredi en faveur de "la mise en place d'une magistrature indépendante, la nomination d'un procureur et d'un juge d'instruction".
La position du nouveau pouvoir est simple : éducation du peuple d'abord, procédure judiciaire nationale ensuite. "Mais, a conclu Djindjic, si la question de La Haye devait à nouveau nous placer devant le choix entre le désert et l'Europe, je choisirai l'Europe". On ignore encore si son président partage son analyse.
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