L'avenir de la paix selon Ariel Sharon

Par Léonard VINCENT , le 05 février 2001 à 10h00 , mis à jour le 05 février 2001 à 10h17

Au fil des interviews, le chef de la droite israélienne Ariel Sharon a exposé sa conception de l’avenir des relations israélo-palestiniennes : une vision obstinée et ferme, célébrant l’arrêt de mort des accords d’Oslo.

sharon2 israel proche-orient asie-proche-orient monde © INTERNE

"Dès lors qu'il y a violence, cela signifie très clairement que les accords d'Oslo n'existent plus".

"Les accords d'Oslo sont morts. Point". Ainsi s'exprime l'homme qui "sait comment faire la paix", alias Ariel Sharon, candidat du Likoud au poste de Premier ministre israélien. C'est une interview retentissante qu'a fait paraître l'hebdomadaire religieux Kfar Habad le mois dernier, dans laquelle le chef de file de la droite israélienne enterre le processus de paix amorcé en 1993 par Shimon Peres, privilégiant à mots à peine voilés un bras de fer paternaliste avec les Palestiniens.

"L'idée de base de ces accords était que tous les litiges devaient être réglés à la table des négociations, précise Ariel Sharon, et non par la violence. Dès lors qu'il y a violence, cela signifie très clairement que les accords d'Oslo n'existent plus". Il convient de rappeler que le leader de la droite israélienne avait mis le feu à la poudrière, lorsque le 28 septembre dernier il avait visité, avec une lourde escorte policière, l'Esplanade des Mosquées de Jérusalem, troisième lieu saint de l'Islam et emplacement antique du Temple Juif, détruit par les Romains. Sharon fait ainsi un pas de plus qu'Ehud Barak, pour qui la cessation de l'Intafada est un préalable pour reprendre langue avec Yasser Arafat : pour Sharon, il s'agit purement et simplement de la fin du mécanisme diplomatique de règlement du conflit. "Point".

Les colonies juives ne seront pas évacuées

A l'en croire, le dossier des 150 colonies juives implantées en territoire palestinien n'avancera pas non plus sous son règne, si règne il y a. "Aucune implantation ne sera démantelée, assène-

"Toutes les implantations se trouvent dans des zones de sécurité qui doivent être contrôlées par Israël."

t-il, car toutes les implantations se trouvent dans des zones de sécurité qui doivent être contrôlées par Israël, et cela comprend la vallée du Jourdain", située à l'est de la Cisjordanie. Ariel Sharon se garde bien d'expliquer en quoi ces zones "doivent être contrôlées par Israël", insistant sur une conception quasi-ethnique de la répartition géopolitique du Proche-Orient. N'affirme-t-il pas que l'Etat hébreu n'allait pas "reconquérir les secteurs où la population arabe est majoritaire", réaffirmant le droit des Juifs à "s'y rendre pour prier sans entrave", lesquels secteurs représentent "45% de la Cisjordanie" ?

Seules parmi les "concessions douloureuses" auxquelles il s'était dit prêt le mois dernier pour rétablir la paix, Sharon précise que cela signifiait "que nous n'allons pas reconquérir Naplouse et Jéricho. Pour moi, réitère-t-il, il s'agit de concessions douloureuses, car ces lieux sont chers au peuple juif et je ne connais pas un peuple au monde qui soit prêt à renoncer à ses intérêts historiques et nationaux, à moins d'être vaincu dans la guerre. Or, nous avons gagné toutes nos guerres".

Jérusalem, capitale unifiée

Enumérant les cinq conditions qu'il estime nécessaires pour parvenir à la paix, M. Sharon affirmait la semaine dernière dans El Mundo : "Premièrement, Israël doit maintenir  sa souveraineté absolue sur toute la ville de Jérusalem, y compris le Mont du Temple. Deuxièmement, la vallée du Jourdain, y compris la Mer morte, constitue la zone de sécurité

"Israël doit maintenir sa souveraineté absolue sur toute la ville de Jérusalem, y compris le Mont du Temple."

orientale d'Israël", ajoute le candidat du Likoud. Sa troisième condition est qu'il n'y aura pas de "retour des réfugiés  palestiniens sur le territoire israélien". La quatrième est qu'Israël "ne rendra pas le plateau du Golan dans le cadre d'un accord de paix avec la Syrie". Enfin, M. Sharon rejette la proposition de céder aux Palestiniens une réserve naturelle située dans le désert israélien du Néguev pour compenser les zones qu'Israël conserverait dans les territoires palestiniens. Cela "placerait 15 de nos villages en première ligne" face "aux forces armées palestiniennes", assène-t-il.

Pour lui, l'erreur d'Ehud Barak a été de vouloir obtenir un règlement final du conflit réglant tous les problèmes, alors que certains de ceux-ci, à commencer par la question du statut de Jérusalem, lui paraissent insolubles à l'heure actuelle. Plutôt qu'un accord permanent, Ariel Sharon se contenterait de ce qu'il appelle "un accord de non-belligérance", en fait une série d'accords intérimaires à long terme, qu'il décrit comme "un plan en plusieurs étapes", en formant un gouvernement d'union nationale incluant, pourquoi pas, Ehud Barak au ministère de la Défense. S'il est élu, l'avenir dira quelles "étapes" choisiront, eux, les Palestiniens.

Par Léonard VINCENT le 05 février 2001 à 10:00
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