Barak se risque à l'union

Par , le 16 février 2001 à 22h10 , mis à jour le 15 février 2001 à 22h32

Ehud Barak et Ariel Sharon se sont mis d'accord jeudi soir sur la création d’un gouvernement d'union nationale. Les travaillistes auront les deux "grands ministères" de la Défense et des Affaires étrangères. M. Barak devrait prendre la tête du premier, son rival M. Pérès du second.

barak sharon poignee de main © INTERNE

Depuis plusieurs jours Ariel Sharon et Ehud Barak travaillaient à un accord de gouvernement. Des progrès avaient notamment été réalisés dans la recherche d’un accord sur la paix. L’attentat palestinien au sud de Tel-Aviv, mercredi, qui a fait huit morts, a précipité les choses. A l’issue d’une rencontre au ministère de la Défense de Tel-Aviv, jeudi soir, les deux protagonistes ont en effet annoncé être parvenus à un accord sur la création d’un gouvernement d’union nationale. Dans le cadre de cette union, les travaillistes héritent de deux des trois "grands ministères" : la Défense et les Affaires étrangères (le troisième étant les Finances). Selon toute vraisemblance le premier devrait revenir à Ehud Barak,  le second à M. Peres, son grand rival.

Le ministre palestinien de l'Information Yasser Abed  Rabbo a déclaré vendredi qu'un gouvernement israélien d'union nationale entre le parti du Premier ministre élu Ariel Sharon et les travaillistes "fermerait la porte" au processus de paix. Les Palestiniens ont été informés, selon M. Abed Rabbo, que le parti travailliste du Premier ministre sortant Ehud Barak, avait approuvé la demande de M. Sharon de se contenter d'un accord intérimaire avec eux, à la place d'un  règlement final du conflit. "C'est ce que Sharon veut. Cela va tout geler, arrêter le processus politique et annuler tout ce qui a été convenu à Taba ou à Camp David", a indiqué le ministre palestinien, en référence aux négociations de paix tenues respectivement en janvier 2001 et juillet 2000. "Cette politique ferme la porte à tout", a-t-il ajouté. "Face à cette situation, il n'y a aucun chance de mener des pourparlers sérieux ou de continuer le processus de paix", a-t-il précisé.

Toutefois, "la création de ce cabinet dépendra de la mise au point d'un programme de gouvernement et des divergences qui restent à combler à ce sujet", a déclaré un responsable du bureau de M. Barak. "L’ex Premier ministre a exprimé l'espoir qu'au début de la semaine prochaine, il pourra soumettre cet accord aux instances du parti travailliste", a ajouté ce responsable sous couvert de l'anonymat.

Division des travaillistes sur cette participation

Cette décision a déjà provoqué des tensions au sein du parti Travailliste de M. Barak, celui-ci ayant annoncé sa démission de la tête du parti et de la Knesset (parlement) le soir même de sa déroute électorale, le 6 février. "M. Barak n'a pas reçu le mandat pour décider" de la formation d'un gouvernement d'union nationale, a réagi le ministre de l'Intérieur sortant Haim Ramon, un des principaux prétendants à la succession de M. Barak à la tête du parti. "Pendant un an et demi, il a réglé de cette manière les problèmes au sein du parti, et on a vu ce que ça a donné", a-t-il déclaré à la télévision israélienne, dans une allusion à la méthode de gouvernement de M. Barak, accusé par ses détracteurs de décider tout seul. Il a également vivement critiqué le fait que M. Barak ait l'intention de revenir sur sa démission annoncée. "Barak doit faire une pause après son échec", a-t-il estimé.

Par Alexandra Guillet le 16 février 2001 à 22:10
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