Barak, ce soldat qui a perdu la bataille de la paix

Par Ludovic BLECHER , le 02 février 2001 à 16h40 , mis à jour le 02 février 2001 à 17h05

Le seul échec d'Ehud Barak, l'homme le plus décoré de l'histoire d'Israël, aura été sa tentative de faire la paix avec des Palestiniens qu'il a combattu durant toute sa carrière militaire. Portrait d'un soldat devenu Premier ministre d'un Etat qui s'enfonce dans la guerre.

barak jeune militaire © INTERNE

Premiers faits d'arme, premiers succès. 1973, le jeune commando débarque au Liban.

Avant qu'il ne devienne Premier ministre de l'Etat hébreu, un qualificatif collait à la peau du chef d'état-major Ehud Barak : mission accomplie. Il faut dire que jusqu'à son accession au pouvoir politique, le soldat n'a jamais failli. Premiers faits d'arme, premiers succès. 1973, le jeune commando débarque au Liban. Travesti en femme blonde dans les rues de Beyrouth, il s'affranchit d'une mission extrêmement délicate : l'exécution de trois responsables de l'OLP. Un an plus tôt, le colonel Barak, âgé de 33 ans seulement, s'était déguisé en mécanicien pour mettre fin à un détournement d'avion de la Sabena par un groupe palestinien.

Lorsqu'il prend sa retraite en 95, Ehud Barak est l'homme le plus décoré de l'histoire d'Israël. Fin stratège, maître en mécanisme d'horlogerie – et de fusils-mitrailleurs – pianiste émérite, on le dit "anormalement intelligent". Surtout, il est crédité d'une "vision stratégique à long terme". C'est donc naturellement qu'il entre en politique.

Peu à peu le faucon fait son nid et devient colombe

L'homme à tout pour plaire. Patriote, il l'est et l'a déjà prouvé. Homme d'Etat, il ne l'est pas encore et s'attache maintenant à le devenir. Physiquement, Ehud Barak n'est pas franchement rassurant : bonhomme, court sur patte, visage juvénile, il arbore un éternel sourire énigmatique. Un brin timide 

"Si j'avais été Palestinien, j'aurais été terroriste."

celui qui ambitionne de devenir un leader doit s'étoffer. En accédant au poste de ministre de l'intérieur – dans le gouvernement Rabin, son père en politique – puis en héritant du portefeuille des Affaires étrangères sous Pérès, il commet quelques bourdes. Comme ce dérapage verbal où le guerrier qu'il était transparaît : "Si j'avais été Palestinien, j'aurais été terroriste". En Israël, tout le monde s'en souvient.

Bien que ses débuts au parti travailliste ont été difficiles, peu à peu le faucon fait son nid et devient colombe. C'est sur la base des accords d'Oslo et du dialogue avec les Palestiniens qu'il fera campagne contre l'ancien chef du Likoud Benjamin Netanyahou; ce sont les partisans de la paix et les arabes israéliens qui feront de lui un chef d'Etat triomphalement élu dès le premier tour.

Sitôt paré de son habit de Premier ministre, le "caméléon" semble pourtant mal dans sa peau et perd de sa superbe. La suite sera une série de maladresses avec sa coalition, de mésententes avec un Parlement qui menace de le lâcher à tout moment – et qui a fini par le faire – de blessures personnelles lorsque son impossible dialogue avec Arafat après l'échec du sommet de Camp David II s'étale au grand jour.

Confronté à la gronde des Territoires, le militaire reprend le dessus.

Confronté à la gronde des Territoires, le militaire reprend le dessus mais l'homme de paix continue de travailler en sous-main. Tandis que les soldats de Tsahal répliquent au coup par coup, il dépêche maintes et maintes fois son chef de la diplomatie Shlomo Ben Ami – négociateur acharné et infatigable soldat de la paix – pour arracher un accord aux Palestiniens. Jamais, les Israéliens n'auront été aussi loin dans leurs propositions, "jamais, n'avons nous été aussi proches de la paix", dira à plusieurs reprises Shlomo Ben Ami. Mais au Proche-orient, la violence a "ses raisons que la Raison ne comprend pas".

Par Ludovic BLECHER le 02 février 2001 à 16:40
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