© INTERNEDécapités, carbonisés, lacérés à coups de machettes, transpercés par des épieux : les quelque 200 cadavres que l'hôpital de Sampit, dans la partie indonésienne de Bornéo, a recensé sont tous des musulmans madurais. Depuis six jours, les chrétiens dayaks mènent une campagne de razzia ethnique contre hommes, femmes et enfants ayant migré dans cette région de l'île, les accusant, comme de bien entendu, d'avoir accaparé toutes les richesses.
| L'île de Bornéo, largement couverte de jungles, est divisée entre l'Indonésie, la Malaisie et Brunei. Des heurts interethniques sont régulièrement signalés dans la partie indonésienne de Kalimantan, occupant les 2/3 de l'île, dans le sud et l'est. Les migrants de Madura sont venus pour la plupart dans le cadre du programme de "transmigration" des autorités de Jakarta destiné à transférer des populations des îles les plus peuplées, notamment Java. Cette politique de "transmigration" sous le régime de Suharto — désormais abandonnée — est largement accusée d'avoir favorisé des affrontements meurtriers entre populations locales et migrants venus s'implanter dans des régions faiblement peuplées, comme Kalimantan ou l'Irian Jaya. |
L'armée observe
Seuls 600 militaires se contentent de patrouiller dans la ville, plus soucieux d'observer que de protéger les proies terrorisées des Dayaks. On estime qu'entre 10 et 15.000 migrants sont aujourd'hui réfugiés dans les bâtiments publics, alors qu'un navire militaire était toujours attendu à Sampit pour commencer à évacuer une centaine d'entre eux.
Un médecin local a raconté que les tueries, qui semblaient s'être stoppés vendredi dans la journée, s'étaient étendues à plusieurs autres zones formant un "triangle de violence" — Kuala Kuayan, Cempaga, Parenggean, Kasongan. Les rares journalistes encore présents vendredi dans la ville de Sampit décrivent le chaos qui règne dans les villes, les nombreux barrages routiers, sur lesquels sont exposés les trophées sanglants des émeutiers.
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