Carnage ethnique dans la partie indonésienne de l'île de Bornéo

Par Léonard VINCENT , le 23 février 2001 à 15h34 , mis à jour le 23 février 2001 à 15h55

Depuis dimanche dernier, une flambée de violence ensanglante la partie indonésienne de l'île de Bornéo. Des villageois chrétiens dayaks se sont acharnés sur les migrants musulmans madurais, massacrant environ 200 d'entre eux. La situation est totalement anarchique, vendredi encore.

indonésie bornéo massacre ethnique dayaks madurais © INTERNE

Décapités, carbonisés, lacérés à coups de machettes, transpercés par des épieux : les quelque 200 cadavres que l'hôpital de Sampit, dans la partie indonésienne de Bornéo, a recensé sont tous des musulmans madurais. Depuis six jours, les chrétiens dayaks mènent une campagne de razzia ethnique contre hommes, femmes et enfants ayant migré dans cette région de l'île, les accusant, comme de bien entendu, d'avoir accaparé toutes les richesses.

L'île de Bornéo, largement couverte de jungles, est divisée entre l'Indonésie, la Malaisie et Brunei. Des heurts interethniques sont régulièrement signalés dans la partie indonésienne de Kalimantan, occupant les 2/3 de l'île, dans le sud et l'est. Les migrants de Madura sont venus pour la plupart dans le cadre du programme de "transmigration" des autorités de Jakarta destiné à transférer des populations des îles les plus peuplées, notamment Java. Cette politique de "transmigration" sous le régime de Suharto — désormais abandonnée — est largement accusée d'avoir favorisé des affrontements meurtriers entre populations locales et migrants venus s'implanter dans des régions faiblement peuplées, comme Kalimantan ou l'Irian Jaya.
La situation est "effrayante", raconte un fonctionnaire local. De petits groupes de quatre ou cinq miliciens improvisés rodent encore dans la ville de Sampit et ses alentours, armés de machettes et de flèches, le front ceint d'un bandeau rouge. Les émeutiers paradent dans les rues, exhibant fièrement les têtes coupées de leurs victimes, tandis que les "Madurais, femmes, enfants et personnes âgées se sont réfugiés dans les bâtiments publics" et que "les jeunes hommes tentent de garder leurs maisons", raconte un caporal de l'armée indonésienne. Des corps décapités ou brûlés vifs gisent encore dans les rues ou dans les ruines des maisons, rasés par les "ninjas" Dayaks.

L'armée observe

Seuls 600 militaires se contentent de patrouiller dans la ville, plus soucieux d'observer que de protéger les proies terrorisées des Dayaks. On estime qu'entre 10 et 15.000 migrants sont aujourd'hui réfugiés dans les bâtiments publics, alors qu'un navire militaire était toujours attendu à Sampit pour commencer à évacuer une centaine d'entre eux.

Un médecin local a raconté que les tueries, qui semblaient s'être stoppés vendredi dans la journée, s'étaient étendues à plusieurs autres zones formant un "triangle de violence" — Kuala Kuayan, Cempaga, Parenggean, Kasongan. Les rares journalistes encore présents vendredi dans la ville de Sampit décrivent le chaos qui règne dans les villes, les nombreux barrages routiers, sur lesquels sont exposés les trophées sanglants des émeutiers.

Par Léonard VINCENT le 23 février 2001 à 15:34
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