© INTERNEDeux ans après l’affaire Lewinsky, Bill Clinton se trouve une nouvelle fois en position d’accusé. Le procureur fédéral de Manhattan, Mary Jo White, et le FBI ont annoncé hier soir l’ouverture d’une enquête criminelle sur la grâce accordée au dernier jour de sa présidence par l'ex-président des Etats-Unis à un certain Marc Rich. Un financier en fuite depuis 18 ans pour cause de fraude fiscale. Les enquêteurs souhaitent savoir s’il y a eu transfert de fonds pour acheter la grâce du milliardaire ?
Mais qui est Marc Rich ? Homme d'affaires spécialisé dans le commerce des matières premières. Réfugié en Suisse en 1983 pour échapper à des poursuites pour une fraude fiscale atteignant 48 millions de dollars, un délit insuffisant selon la justice helvétique pour entraîner une extradition. Son ex-épouse, Denise Rich, a ces dernières années fait des contributions au parti démocrate ainsi qu'à la future bibliothèque présidentielle de M. Clinton, qui ont dépassé 1,3 million de dollars. Les services du procureur fédéral de Manhattan avaient déjà mené l'enquête, au début des années 80, contre le milliardaire.
Des sous, une bibliothèque, des cadeaux divers...
En effet, l’ex-femme de Marc Rich, Denise, aurait fait de nombreuses contributions au camp démocrate. L’objectif de l’enquête des fédéraux sera de déterminer si Mme Rich a servi ou pas d'intermédiaire illicite pour des dons financiers émanant de son ancien mari. Celui-ci ayant renoncé à sa nationalité américaine, il n'a pas le droit de faire des dons aux partis politiques américains. Au cours de leurs investigations, les enquêteurs devraient se pencher sur les fonds de campagne de Bill Clinton, les comptes de campagne d'Al Gore et de Lieberman, les donations en faveur de la bibliothèque présidentielle de Bill Clinton et les dons reçus par le Conseil national démocrate. S'ajouterait à la controverse une série de cadeaux somptueux que le couple Clinton a emportés en quittant la Maison Blanche.
Bush vole seul au secours de Clinton
Mercredi soir, Bill Clinton a démenti ces allégations : "Toute suggestion selon laquelle un élément inconvenant, comme des contributions en faveur du parti démocrate ou de ma bibliothèque (présidentielle) a pu jouer un rôle dans cette décision est absolument fausse". La Maison Blanche a pour sa part affirmé, jeudi, sa volonté de respecter l'indépendance de la justice dans son enquête, bien que le président Bush souhaite tourner la page sur cette affaire. Mais les républicains du Congrès ne l’entendent pas de la même oreille.
Au contraire, l’affaire vient à point nommé pour réveiller l'ire des parlementaires républicains. " Je pense qu'une explication complète sur cette affaire est dans l'intérêt du public", a ainsi déclaré le président de la Commission judiciaire du Sénat, le républicain Orrin Hatch. Le sénateur Arlen Specter, fer de lance de l'enquête sur les dernières actions de Bill Clinton et promoteur de l'idée de destitution "rétroactive" pour ce dernier, a estimé que M. Clinton pourrait avoir à s'expliquer devant la Commission judiciaire.
Un classique de fin de règne ?
Quoi qu’il en soit, le droit est ainsi fait que la grâce présidentielle est une prérogative des présidents américains que rien ne peut suspendre ou annuler. Marc Rich peut dormir tranquille. Et, si Clinton y perd un peu plus de crédibilité, il n'est pas le premier dans ce cas. Ainsi, en son temps, le président Ford a-t-il accordé une grâce historique au président Nixon, contraint de démissionner en raison de l'affaire du Watergate. Nixon avait lui-même accordé plusieurs grâces contestées, dont celle du syndicaliste Jimmy Hoffa. Reagan, autre républicain, a aussi gracié six participants présumés au scandale de l'Irangate. Enfin, ajoutons que si Franklin Roosevelt a gracié 2.721 personnes, Harry Truman 1.911 et John Kennedy 472, Clinton n'en aurait gracié que 396.
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