''C'est une situation sauvage, connue nulle part ailleurs''

Par Franck LEFEBVRE , le 27 février 2001 à 20h48 , mis à jour le 27 février 2001 à 21h09

La situation dans la partie indonésienne de Bornéo tourne au cauchemar. 118 nouveaux Madurais ont été taillés en pièces par des Dayaks armés de haches ; des milliers de réfugiés terrorisés se cachent dans les forêts. En visite en Egypte, le président indonésien Abdurrahman Wahid affirme que "la situation est sous contrôle".

indonésie bornéo massacre ethnique dayaks madurais © INTERNE

Jour après jour, Bornéo s’enfonce dans l’horreur. Entre dimanche et lundi, cent dix-huit nouveaux réfugiés ont été mutilés et décapités lors d'une embuscade menée par 600 Dayaks ivres de rage, armés de sabres et de haches. L’assaut a eu lieu en pleine nuit. 300 réfugiés Madurais étaient escortés par la police depuis des villages reculés vers la ville de Sampit lorsqu'ils ont été attaqués. "Les Dayaks sont devenus ‘amok’, la panique a été totale", raconte le porte-parole de la police Dede Widayadi. Les 10 à 15 policiers présents ont été complètement débordés, ils ont fui vers Sampit pour demander de l'aide. Près de 200 réfugiés ont pu s'échapper. Les autres ont été taillés en pièces.

"Les Dayaks
sont devenus
‘amok’,
la panique
a été totale".

"Amok", "folie meurtrière" : c’est bien le terme qui rend compte le mieux de la furie sanglante dans laquelle est désormais plongée la partie indonésienne de Bornéo. Cette dernière tuerie est le plus terrible massacre qu’ait connu Bornéo depuis le début des affrontements inter-ethniques. Elle porte à près de 400 le nombre de morts confirmés, pour la plupart des Madurais, depuis que les violences ont éclaté le 18 février. Devant l’ampleur des troubles, pour la première fois, la police a annoncé avoir commencé à désarmer les Dayaks dans la capitale provinciale Palangkaraya, où les pillages se poursuivent, et à tirer à vue contre des émeutiers, faisant un mort et quatre blessés. A Sampit, les policiers, débordés par les violences, sont allés jusqu’à organiser avec les chefs dayaks une séance d'exorcisme pour libérer les esprits qui "possèdent" les membres de ces tribus…

"Nous chasserons les Madurais en trois mois"

Le nombre des réfugiés atteint 30.000. 5.000 ont été évacués par bateau mardi. Signe de l’anarchie qui règne, lors de l'embarquement, une fusillade a opposé policiers et militaires, faisant au moins six blessés. A Sampit, des Madurais terrorisés qui se sont cachés dans les forêts pendant des jours continuent d'arriver. Un réfugié désespéré s'est suicidé. "C'est une situation sauvage, connue nulle part ailleurs dans le monde" affirme, sur place, le Dr Qomaruddin Sukhami. Et les Dayaks n’ont pas l’intention de s’arrêter… du moins, pas avant qu’ils aient chassé ou tué tous les Madurais. "Si le gouvernement provincial n'appuie pas notre campagne en expulsant les Madurais pacifiquement, nous les chasserons, par la force, en trois mois". Cette parole d’un émeutier décrit bien l’état d’esprit des Dayaks

Pendant que les Dayaks massacrent, le président indonésien Abdurrahman Wahid est toujours en déplacement à l’étranger. Depuis l’Egypte, il a rejeté les appels à un retour anticipé. Il doit poursuivre sa tournée au Nigeria et accomplir ensuite le pèlerinage à la Mecque, avant de rentrer à Jakarta le 7 mars. Le président indonésien, dans des propos rapportés par les médias locaux, a expliqué avoir été informé par le gouvernement que la situation à Sampit "était complètement sous contrôle". Il a estimé exagéré certaines informations sur l'ampleur des tueries.

Par Franck LEFEBVRE le 27 février 2001 à 20:48
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