6 février 2001 : Israël choisit

Par Léonard VINCENT , le 05 février 2001 à 14h50 , mis à jour le 05 février 2001 à 15h11

Les 4 millions d'électeurs israéliens sont appelés aux urnes pour élire leur Premier ministre. Beaucoup d'observateurs craignent le triomphe attendu du très droitier Ariel Sharon, mais à terme le dialogue avec les Palestiniens demeure l'avenir incontournable de la classe politique.

drapeau israel proche-orient asie-proche-orient monde © INTERNE

Tout se passe comme si les vainqueurs et les vaincus du scrutin historique du 6 février n'étaient pas ceux que l'on croit.

Ceux qui observent de l'extérieur la vie politique au Proche-Orient croient que l'alternative est simple. D'un côté, les travaillistes du Premier ministre sortant Ehud Barak, maladroits et inconstants, seront les perdants. De l'autre, la droite du grand favori Ariel Sharon, intransigeante et entêtée, raflera la victoire. Pourtant, tout se passe comme si les vainqueurs et les vaincus du scrutin historique du 6 février n'étaient pas ceux que l'on croit. A quelques conditions, la paix pourrait tout de même triompher, malgré les ardeurs guerrières des frères ennemis de la Méditerrannée de l'est.

En Israël même, une grande majorité croit que, le Likoud à la tête de l'Etat, la paix en sortira renforcée, alors que les propos belliqueux de son champion tendraient à faire plutôt pencher la balance du côté de la violence. Le probable triomphe de "Arik" s'appuie sur une volonté de faire payer aux Arabes la violence quotidienne, les embuscades, les tirades anti-juives, les bombes dans les autobus de Tel-Aviv et d'ailleurs. Un Sharon au pouvoir saura faire face, aux yeux des Israéliens, à l'attitude ambiguë de Yasser Arafat et de ses affidées, suant sang et eau un jour pour établir un accord de paix, appelant le lendemain à l'escalade de l'Intifada, traumatisme dernier pour un pays qui se targue d'être la seule démocratie proche-orientale.

Côté palestinien en revanche, la répression, les brimades, les humiliations répétées subies par civils et politiques, les populations exilées, la vie quotidienne dans les bantoustans de la bande de Gaza, ont fini par faire resurgir le vieux démon de la guérilla. Seul levier politique efficace, l'Intifada version 2000 — et les morts qui tombent chaque jour, ou quasiment — est, aux yeux de beaucoup, la marque de l'impossibilité de parvenir à quoi que ce soit avec un Etat hébreu qui n'a toujours pas accepté l'existence d'une nation palestinienne. A terme, bien sûr, l'objectif reste l'instauration d'un Etat dont la pérennité ne sera garantie que par la paix avec son voisin.

Il n'y aura d'autre solution que le dialogue.

Sans doute, à cette impasse apparente, la réalité viendra-t-elle rappeler ses prérogatives. Car même si Ehud Barak a d'ores et déjà exclu de faire partie du gouvernement d'union nationale d'un Premier ministre nommé Sharon, ce dernier devra faire avec une Knesset éclatée, sans majorité stable, où les travaillistes conservent une importance certaine. Les alliances qu'il nouera avec les ultras du Shass ou les nouveaux nationalistes russophones pourraient ne durer qu'un temps, étant donné les manies convulsives de leurs partisans. Le camp de la paix n'est pas mort, malgré son ostentatoire agonie. Les pressions internationales seront pour beaucoup dans le règlement des conflits. Il n'y aura d'autre solution que le dialogue. La question est : en enjambant combien de cadavres ?

Par Léonard VINCENT le 05 février 2001 à 14:50
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