L'Irak crie vengeance

Par Franck LEFEBVRE , le 17 février 2001 à 20h11 , mis à jour le 16 février 2001 à 20h45

Images de blessés montrées en boucle à la télévision irakienne, déclarations belliqueuses : sitôt après les attaques américano-britanniques sur Bagdad, le gouvernement de Saddam Hussein a lancé une opération de communication anti-américaine à destination de l'ensemble des pays arabes. George W. Bush parle d'une ''opération de routine''. Mais les pays européens eux-mêmes critiquent les raids.

bombardement bagdad saddam hussein © INTERNE

"Le président irakien Saddam Hussein a présidé une réunion conjointe du Conseil de commandement de la révolution et de la direction du parti Baas pour examiner les mesures militaires à adopter pour riposter aux Etats-Unis". Cette information, transmise samedi par l'agence officielle irakienne INA, tient plus de la gesticulation que de la menace réelle. Mais elle donne le ton de la situation qui règne en Irak après les frappes américano-britanniques. Elle marque surtout un renouveau des tentatives du gouvernement irakien pour monter l’ensemble des pays arabes contre les Etats-Unis. Participent de la même stratégie les images d’un Saddam Hussein accusateur diffusées par la télévision irakienne, ou celles des blessés sur leur lit d’hôpital, montrées et remontrées à chaque flash d’information. Après son père, voici donc le nouveau président américain George W. Bush directement confronté au "problème irakien".

La colère gronde dans les pays arabes


Une blessée sur son lit d'hôpital
Officiellement, l’opération lancée vendredi soir constituait "une réponse à l'activité irakienne accrue au cours du dernier mois et demi, visant à atteindre des appareils militaires américains et britanniques". De la part du président américain, il s’agissait de sa première décision de recours à la force contre l’Irak. George W. Bush a d’ailleurs aussitôt tenté de minimiser l’opération en parlant d'une "mission de routine". Pourtant, celle-ci a mobilisé plus de 50 avions et des personnalités du Pentagone ont reconnu, sous couvert d'anonymat, que "c'était le plus grand nombre d'avions utilisés dans une mission unique depuis l'opération 'Renard du désert' ", en 1998.

Ces premiers pas du président américain sur le terrain miné de la politique au Proche-Orient ont eu, c’est certain, un retentissement considérable. Mais leur impact sur l’image de l’Amérique dans la région est désastreux. A présent, l'Irak se dit déterminé à se venger de ces raids, qui ont fait selon Bagdad deux tués et plus de 20 blessés civils. Ces bombardements ont aussi suscité la colère dans le monde arabe qui y voit un signe de la détermination de la nouvelle administration américaine "à poursuivre son agression", tandis qu'en Europe, beaucoup ne cachent pas leur désapprobation.

Une "opération de routine"


Réunion du Conseil de Commandement

Le secrétaire général de la Ligue arabe, Esmat Abdel Meguid, a qualifié ces attaques aux portes de la capitale irakienne, les premières depuis deux ans, "d'injustifiées". Dans les territoires palestiniens, des manifestations de soutien au président irakien Saddam Hussein, qui offre de l'argent aux familles des "martyrs" de l'Intifada, ont éclaté dès vendredi soir et se sont poursuivies dans la journée de samedi. Dans un commentaire diffusé par Radio Téhéran, l'Iran, qui malgré ses différends avec Bagdad a toujours dénoncé l'ingérence des Etats-Unis dans la région, a fustigé ces raids comme "les signes de l'aventurisme" de la nouvelle administration américaine. Seules les monarchies pétrolières du Golfe, alliés traditionnels des Etats-Unis, ont gardé un silence embarrassé après ces bombardements.

En-dehors du monde arabe, l’action américaine est aussi vue avec, au mieux, une forte méfiance. A Moscou, le président russe Vladimir Poutine a estimé que "de pareilles actions non provoquées ne contribuent pas au règlement de la situation irakienne (qui) peut et doit être politique". La France a aussi critiqué les frappes, jugeant qu'elles rendaient plus difficile la recherche d'une solution au problème irakien. Le gouvernement des Etats-Unis, mis en position d’accusé, se défend avec maladresse. Et les cris de vengeance du gouvernement irakien pourraient bien réveiller dans l’ensemble du monde arabe tous les vieux démons anti-américains.

Par Franck LEFEBVRE le 17 février 2001 à 20:11
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