L'ordre règne à Sao Paulo

Par Ludovic BLECHER et Franck LEFEBVRE , le 20 février 2001 à 12h04 , mis à jour le 19 février 2001 à 08h18

Au Brésil, les forces de l'ordre ont réussi, lundi, à reprendre le contrôle de toutes les prisons du pays, qui étaient aux mains de mutins depuis dimanche. 15.000 détenus avaient pris jusqu'à 6.000 otages dans 23 établissements pénitentiaires de l'Etat brésilien de Sao Paulo.

prison carandiru sao paulo bresil © INTERNE

Tout le monde à Sao Paulo craignait le bain de sang – comme en 1992, lorsque 111 prisonniers avaient été tués en une demi-heure par les troupes anti-émeutes de la police après une bagarre entre détenus. Tout au long de l'après-midi de lundi, des hélicoptères ont survolé les principales prisons de l'Etat ; ils ont filmé des pavillons en feu, des draps blancs agités aux fenêtres par des détenus, des barricades dressées pour freiner la progression de la police militaire anti-émeute. Dans une des cours de la prison de Carandiru, la plus importante du Brésil, on pouvait voir des traces de sang. En grandes lettres blanches, tracées sur le terrain de football de la prison, les mutins avaient écrit : "Paix, Justice, Liberté".

Finalement, la révolte des prisonniers brésiliens aura fait seize morts – seize morts seulement, pourrait-on dire, et surtout, uniquement parmi les détenus, dont sept dans la seule prison de Carandiru. Les otages, quant à eux, sont sains et saufs, et ont tous été libérés. C’est ce qu’a annoncé dans la journée le Secrétaire à la Sécurité de l'Etat de Sao Paulo, Marco Vinicio Petreluzzi, peu après que la police militaire ait indiqué qu'elle avait repris le "contrôle" complet de toutes les prisons.

Une mutinerie sans précédent


Les mutins rassemblés dans la cour de
la prison de Carandiru

Ce mouvement sans précédent dans l'histoire du Brésil avait débuté dimanche et affecté au total 29 établissements pénitentiaires dans l'Etat brésilien de Sao Paulo. Les mutins avaient mis à profit le jour de visite hebdomadaire pour déclencher le mouvement, à la mi-journée, retenant en otages près de 6.000 parents de détenus, dont de nombreuses femmes et leurs enfants. Beaucoup devaient ensuite choisir de rester volontairement. Cette rébellion très organisée avait été lancée par le Premier Comando de la Capitale (PCC), une faction de prisonniers qui fait la loi dans les prisons, en riposte au transfert de dix leaders du PCC de Carandiru vers d'autres prisons du pays. Et pour calmer cette révolte, la police a dû négocier. La situation n’a en fait commencé à se stabiliser que lorsqu’un accord prévoyant la libération des otages a pu être conclu entre les autorités et les détenus du pénitencier de Carandiru, qui abrite près de 10.000 détenus, et était considéré comme le "noyau dur" de la mutinerie.

Première cause des révoltes : la surpopulation carcérale

Cette révolte historique a surtout mis à nu les failles du système pénitentiaire brésilien : surpopulation, trafics en tous genres et mainmise croissante de bandes organisées sur le fonctionnement interne des établissements. "Comment les milliers de détenus de 29 prisons différentes ont-ils pu se mettre d'accord pour déclencher de manière simultanée la plus grande mutinerie jamais organisée au Brésil ?" La question que se posent désormais tous les Brésiliens a une réponse simple : les téléphones cellulaires. Quelques jours après une fouille générale des établissements la semaine dernière, les appareils ont refait surface très rapidement. Le trafic de téléphones cellulaires est extrêmement courant dans les prisons de l'Etat de Sao Paulo, qui abrite près de la moitié des 196.000 détenus du Brésil. Tout comme le trafic d’armes ou de drogues diverses. Et de plus en plus, les prisons échappent au contrôle des autorités pénitentiaires. La mutinerie a également révélé la parfaite organisation des bandes qui imposent leur loi à l'intérieur des prisons comme le Primeiro Comando da Capital (PCC) qui ont la haute main sur les trafics et le racket dans la majorité des établissements.

Si l'on ajoute à cela la surpopulation, on peut facilement imaginer que les énormes pénitenciers de Sao Paulo sont de véritables barils de poudre que la moindre étincelle peut faire exploser. La surpopulation carcérale – 2,5 prisonniers occupent, en moyenne, l'espace d'un seul, selon des statistiques officielles – reste la cause principale des mutineries au Brésil, environ une toutes les 36 heures. Le manque de personnel de surveillance qualifié et la lenteur des procédures judiciaires – une bonne partie des prisonniers sont en fait des prévenus en attente de jugement – ne font qu'aggraver la situation.

Par Ludovic BLECHER et Franck LEFEBVRE le 20 février 2001 à 12:04
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